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Israël : un corrompu remplace un violeur au ministère de l’Intérieur

C’est le site du Centre Communautaire Laïc Juif de Bruxelles, sous la signature de Stéphane Meyer, qui attire l’attention sur ce nouveau signe de pourrissement complet du régime politique en Israël : Arié Deri, le chef de file du Shass (parti religieux orthodoxe sépharade) ayant été incarcéré près de deux ans pour corruption, a repris son poste de ministre de l’Intérieur en Israël après la démission de Silvan Shalom (Likoud) suite à des accusations graves d’harcèlement sexuel.

Le gouvernement [Netanyahou] a entériné la nomination d’Arié Deri, leader du Shass et ministre du Développement de la Galilée et du Néguev, en remplacement de Sylvan Shalom qui a quitté ses fonctions le 20 décembre 2015.

Agé de 56 ans, Arié Deri avait déjà occupé le poste de ministre de l’Intérieur de 1988 à 1993. Il avait été ensuite condamné en 2000 à trois ans de prison pour avoir touché un pot-de-vin de 155.000 dollars, ainsi que pour fraude et abus de confiance. Sa peine avait été réduite pour bonne conduite.

Après une traversée du désert, Arié Deri avait réussi à se faire élire en 2013 comme député puis à reprendre la direction du Shass. Il a été réélu à la Knesset lors des dernières élections générales de 2015.

L’appui du Shass, qui compte sept députés, est déterminant pour le Premier ministre Benjamin Netanyahou, dont la coalition ne dispose que d’une seule voix de majorité au Parlement.

Le retour d’Arié Deri au ministère de l’Intérieur ne fait pas l’unanimité en Israël. Des journalistes et des observateurs de la vie politique israélienne ont dénoncé le retour d’un « corrompu » à l’Intérieur tandis que d’autres soulignaient qu’il avait « payer sa dette » à la société.

Au-delà de l’éternelle question de la rédemption d’un délinquant ou d’un criminel, on ne peut s’empêcher de songer au rapport très problématique qu’entretient le monde religieux israélien avec la justice et l’éthique en démocratie. Et à cet égard, le cas d’Arié Deri illustre ce problème jusqu’à la caricature.

Lorsqu’il a été arrêté, jugé et condamné, la popularité d’Arié Deri n’a pas du tout été entamée par ce scandale politique. Bien au contraire, l’électorat du Shass et le monde religieux dans son ensemble y ont vu l’expression de l’arrogance d’une justice aux mains de magistrats laïques arrogants et méprisants envers le petit peuple attaché à la tradition religieuse. Et dans le cas précis de Déri, Juif d’origine marocaine, il s’agit d’une preuve supplémentaire de l’humiliation qu’inflige l’élite ashkénaze aux Juifs orientaux.

Et le mépris que le monde religieux orthodoxe et ultra-orthodoxe nourrit envers la démocratie et ses institutions ne contribue pas à arranger les choses. Car pour eux, les institutions démocratiques et l’État de droit seront toujours inférieurs à la loi divine qui l’emporte sur celle des hommes.

Dans ce contexte, une condamnation pénale et une peine d’emprisonnement ne trahissent jamais un comportement politique ou moral inacceptable. Pire, dans certains cas, c’est même bien vu de piquer dans les caisses de l’État car cela permet de mieux financer les nombreuses institutions religieuses liées à ces partis et à ces hommes politiques corrompus. Comme si l’éthique religieuse avait d’autres critères.

Arié Deri n’est d’ailleurs pas le premier responsable du Shass à avoir effectué un séjour derrière les barreaux. On ne compte plus les maires, les conseillers municipaux ou les fonctionnaires liés à ce parti ayant déjà été condamnés par la justice israélienne.

Aujourd’hui, Arié Deri retrouve un ministère de l’Intérieur qu’il était contraint de quitter suite à ses ennuis judiciaires. Comme ce ministère n’a pas la main sur la police, les apparences sont sauvées et le premier flic d’Israël ne sera pas un ancien repris de justice ! Il n’empêche, la « seule démocratie du Proche-Orient » ne montre guère l’exemple de la probité ni de la rigueur morale. 

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