Dans l'actu

Les contre-vérités de Netanyahou à la tribune de l’A.G. des Nations-Unies

Au cours de son plus récent discours devant l’Assemblée générale des Nations Unies, le premier ministre israélien a émis un certain nombre d’affirmations péremptoires, qui méritent d’être examinées à la lumière des faits. C’est ce qu’a fait l’IMEU (Institute for Middle East Understanding). Voici une traduction de cet exercice de vérification des faits, augmentée par nos soins de quelques éléments.

Affirmation : «Israël est la seule démocratie véritable aux Moyen-Orient»

Les faits :

  • Au cours des 67 années écoulées depuis la proclamation de son indépendance, il n’y a eu qu’une période d’environ UN AN (1966-1967) durant laquelle Israël n’a pas tenu sous son contrôle un grand nombre de Palestiniens à qui aucun droit politique n’était reconnu pour l’unique raison qu’ils n’étaient pas Juifs.
    Avant 1967, et le début de l’occupation militaire de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza, les Palestiniens résidant à l’intérieur du territoire devenu Israël en 1948, étaient soumis à la loi martiale, pendant toute la période sauf un an, tout comme les Palestiniens des territoires occupés l’ont été au cours des 48 dernières années.
  • Il a y actuellement plus de 50 lois israéliennes qui créent des discriminations au détriment des Palestiniens et des autres citoyens d’Israël qui ne sont pas Juifs, dans des domaines aussi variés que l’accès à la propriété foncière, le logement et le droit au regroupement familial.
  • Non moins de trois Premiers ministres israéliens ont mis en garde contre le fait que la prolongation du régime non démocratique imposé aux Palestiniens dans les territoires occupés ferait d’Israël un « État d’apartheid ». Le premier à utiliser le terme fut l’ancien Premier ministre David Ben Gurion, peu de temps après le début de l’occupation, voilà presque 50 ans. Ehud Barak répéta cet avertissement en 1999 et en 2010, comme Ehud Olmert en 2007.

Affirmation : « Nous sommes prêts à retourner immédiatement à des négociations directes de paix avec les Palestiniens, sans conditions préalables »

Les faits :

  • Netanyahou, tout comme le parti Likoud auquel il appartient, est férocement opposé à la création d’un État palestinien indépendant, de même que la grande majorité des membres de son gouvernement d’extrême-droite. En mars 2015, il a réaffirmé cette opposition dans une interview, assurant qu’un État palestinien ne verrait jamais le jour aussi longtemps qu’il sera Premier ministre.
  • Netanyahou a posé toute une série de conditions préalables à la conclusion de tout accord qui serait atteint au cours de négociations :
    • il n’est pas question qu’Israël renonce à Jérusalem-Est
    • il n’est pas question que les réfugiés palestiniens puissent regagner, comme le droit international leur en reconnaît le droit, les terres dont ils ont été expulsés lors des hostilités ayant conduit à la création d’Israël
    • les Palestiniens ne doivent pas seulement reconnaître Israël, ils doivent reconnaître qu’il s’agit d’un « Etat juif », ce qui reviendrait à accepter formellement et définitivement le statut de citoyens de seconde zone des 20% de citoyens israéliens qui sont d’origine palestinienne
    • le futur État palestinien devra être démilitarisé
    • il n’est pas question d’évacuer les principaux « blocs d’implantations » (colonies) de Cisjordanie
    • il n’est pas question qu’Israël abandonne le contrôle de la vallée du Jourdain
  • Déclaration de la nouvelle ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Hotovely, citée par Ynet news, en mai 2015  : «Cette terre est la nôtre, dans son entièreté. Nous ne sommes pas venus ici pour nous en excuser». C’était son message de bienvenue à Federica Mogherini, haute représentants de l’Union Européenne pour les Affaires étrangères, en visite en Israël et dans les territoires palestiniens occupés.
  • la soi-disant « absence de conditions préalables » est destinée à présenter Israël comme le partenaire de bonne volonté, perpétuellement confronté à des interlocuteurs arabes qui refusent de discuter.Plantu_aout2013
    Mais concrètement, cette « absence de conditions préalables » signifie que pendant les prétendues « négociations de paix« , qu’Israël peut prolonger indéfiniment grâce à la complicité du « médiateur » Étatsunien qui est son principal (et presque unique) allié, Netanyahou ne s’interdirait nullement de continuer à multiplier et à étendre les colonies juives en Cisjordanie, comme il l’a fait dans le passé. Ainsi, pendant qu’on négocierait à propos de ce territoire, l’objet même de la négociation disparaîtrait progressivement, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à négocier. C’est la technique utilisée depuis plus de vingt ans tandis que les Etats-Unis et l’Union Européenne feignent de ne pas s’en rendre compte.

Affirmation : Israël veut la paix, mais « les Palestiniens ont toujours refusé de mettre fin au conflit et de conclure un accord de paix final avec Israël »

Les faits :

  • Les gouvernements israéliens successifs ont systématiquement réduit à néant toute possibilité d’aboutir à la « solution à deux États » en poursuivant la construction de colonies juives dans les territoires palestiniens occupés, c’est-à-dire là où l’État palestinien est supposé voir le jour. Il y a actuellement approximativement 650.000 colons israéliens qui vivent illégalement [1] en territoire palestinien occupé, à savoir à Jérusalem-Est et en Cisjordanie.
  • Benjamin Netanyahou porte personnellement une très grande responsabilité dans l’échec du « processus d’Oslo » et dans la destruction de toute perspective d’une « solution à deux États ». En 2001, après son premier mandat de Premier ministre (1996-1999), durant lequel il fit traîner en longueur des pourparlers qui avaient été entamés par son prédécesseur et refusa de mettre en application les accords déjà signés, Netanyahou fut filmé en vidéo alors qu’il expliquait à un groupe de colons qu’il avait saboté les Accords d’Oslo. Il leur déclara: « J’ai de facto mis fin aux Accords d’Oslo » (voir la vidéo à la fin de l’article).
  • Le gouvernement de coalition israélien actuel est le plus à l’extrême-droite et le plus raciste qu’Israël ait connu au cours de l’histoire. La majorité de ses membres, sinon tous, sont opposé à toute forme d’auto-détermination des Palestiniens, et à plus forte raison à toute forme d’État palestinien, dans les limites de la Palestine historique (le territoire du mandat britannique sur la Palestine avant 1948).
  • L’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) a par deux fois reconnu le « droit à l’existence » d’Israël : une première fois en 1988 (les pays occidentaux ont fait semblant de ne pas entendre, pour pouvoir continuer à prétendre dans leur propagande que le but ultime de l’OLP était de « jeter les Juifs à la mer« ) et en 1993.
    Elle a de ce fait renoncé à 78% du territoire de la Palestine historique, et accepté de créer un État sur les 22% restants.
    Ce compromis historique majeur n’a jamais été pleinement reconnu par Israël, qui n’a par conséquent jamais accepté aucune réciprocité. Les cartes parlent d’elles-mêmes (cliquez sur « Afficher ») :

 

Affirmation : « Israël respecte la liberté de culte pour tous, y compris les Palestiniens, dans les lieux saints de Jérusalem »

Les faits :

  • Israël viole régulièrement les droits et les libertés des Palestiniens de Jérusalem-Est et du reste des territoires occupés. Les autorités israéliennes empêchent fréquemment l’accès des résidents palestiniens de Jérusalem au Haram al Sharif (le « Noble Sanctuaire ») en mettant en place des barrages qui interdisent le passage sur base de critères d’âge ou de sexe. Par exemple, l’accès aux lieux de culte est interdit aux hommes de moins de 40 ans.
  • Le gouvernement israélien interdit aussi l’accès de millions de Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza à leurs lieux saints. Des millions d’autres Palestiniens vivant en Jordanie, au Liban et ailleurs en diaspora sont pareillement privés du droit de pratiquer librement leur culte dans leurs lieux saints de Jérusalem, de Bethléem et d’autres endroits en Israël et dans les territoires occupés.

Affirmation : « Les Palestiniens incitent à la violence à Jérusalem-Est »

Les faits :

  • La cause immédiate des troubles récents à Jérusalem-Est est la multiplication des provocations de Juifs messianiques fondamentalistes, qui veulent construire un temple dans le complexe des mosquées du Haram al Sharif (« Noble Sanctuaire »), connu chez les Juifs sous le nom de « Mont du Temple », et qui est un des lieux saints les plus sensibles au monde. Au cours des dix dernières années, ces extrémistes ont considérablement gagné en nombre et en influence, et actuellement ils ont des membres jusqu’au sein du gouvernement Netanyahou.
    Afin de poser un jalon en direction de leur objectif ultime qui est le remplacement du Haram al Sharif (« Noble Sanctuaire ») par un temple, ils ont mené de l’agitation afin d’obtenir de plus larges possibilité d’accès pour les Juifs au « Mont du Temple », et pour que ceux-ci aient le droit d’y prier, ce qui est interdit par la loi israélienne, et – jusque très récemment – par la majorité des rabbins.
  • Ces provocations autour du Haram al Sharif se situent dans le contexte d’une occupation militaire israélienne de Jérusalem-Est qui se prolonge depuis 48 ans et des traitements discriminatoires qu’elle fait subir aux Palestiniens qui vivent là, en l’absence de tout progrès en direction de la fin d’un régime d’oppression militaire, et de la multiplication des incursions des extrémistes israéliens qui préparent la construction d’un temple en lieu et place du Haram al Sharif. Il est inévitable que les frustrations accumulées par de jeunes Palestiniens qui ont vécu toute leur vie dans le climat suffoquant de la loi martiale de l’occupant finissent par déborder sous forme de troubles civils.

Article d’origine [en] : http://imeu.org/article/fact-check-netanyahus-2015-unga-address

Traduction et adaptation : Luc Delval


Netanyahou expliquant à des colons qu’il manipule aisément les Etats-Unis
et qu’il a de facto mis fin aux accords d’Oslo


[1]  l’art. 49 de la quatrième Convention de Genève interdit à la puissance occupante de transférer une partie de sa propre population dans le territoire qu’elle occupe, et la Convention de La Haye sur le droit de la guerre lui interdit d’apporter au territoire en question des modifications permanentes, hormis pour répondre à une nécessité militaire. Il est clair qu’aucun des rédacteur de la dite convention n’avait envisagé qu’une occupation puisse encore être considérée comme une situation provisoire cinquante ans après la cessation des hostilité…

Print Friendly, PDF & Email