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Comment Orange (télécoms) a soutenu les massacres de Gaza par Israël

La filiale israélienne d’Orange, la multinationale française de télécommunications, a fourni une aide matérielle directe aux militaires israéliens qui ont participé à l’agression mortelle contre Gaza, l’été dernier.

Orange assurant sans restriction et gratuitement ses services aux militaires israéliens déployés à proximité de Gaza lors de l'agression de l'été dernier qui a tué plus de 2 200 Palestiniens. La filiale israélienne de la société française de télécommunications a « adopté » une unité militaire en opération dans des endroits où des centaines de civils ont été tués. (via Frumline)

Orange assurant sans restriction et gratuitement ses services aux militaires israéliens déployés à proximité de Gaza lors de l’agression de l’été dernier qui a tué plus de 2 200 Palestiniens. La filiale israélienne de la société française de télécommunications a « adopté » une unité militaire en opération dans des endroits où des centaines de civils ont été tués. (via Frumline)

La firme soutient également deux unités de l’armée israélienne depuis plusieurs années, et c’est une preuve de son étroite complicité dans l’occupation militaire et les violations des droits de l’homme par Israël.

L’une de ces unités, la compagnie de chars « Ezuz », a pris part à l’attaque contre Gaza l’été dernier et a été active dans des endroits spécifiques où des centaines de civils palestiniens ont été tués.

Orange, naguère connu sous l’appellation de France Telecom, est un très important fournisseur de téléphones mobiles, de lignes de terre et de services d’internet en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient, y compris en Jordanie et en Égypte (via sa filiale Mobinil). En Grande-Bretagne, Orange opère en tant que partenaire d’une joint-venture appelée EE et, en Belgique, il détient des parts importantes dans Mobistar.

En Israël, Orange réalise ses bénéfices en accordant une licence pour sa marque à une société indépendante israélienne appelée Partner Communications Ltd. et à qui elle vend des équipements et d’autres services.

L’aide à l’agression contre Gaza

Les avions de combat et l’artillerie d’Israël ont largué sur Gaza l’équivalent d’une bombe atomique durant 51 jours, en juillet et août derniers, tuant plus de 2 200 Palestiniens, dont plus de 500 enfants, et détruisant de vastes zones habitées.

Selon Amnesty International, les forces israéliennes ont opéré avec une « indifférence totale aux carnages provoqués » par leurs attaques.

Des familles entières ont été anéanties du fait que les forces israéliennes ont systématiquement visé des habitations civiles.

Tout au long de cette horreur, qu’ Israël a surnommée « Opération Bordure protectrice », Orange a été aux tout premiers postes pour fournir une aide matérielle et pour stimuler le moral des troupes à l’offensive.

Orange a renoncé à faire payer ses services aux militaires « en position dans la zone entourant Gaza »  durant l’attaque, a rapporté Israel Hayom.

Chaque jour de l’offensive, Orange a délégué « trois unités mobiles auprès des points de rassemblement des militaires autour de Gaza », a rapporté le site internet Frumline dans un article daté du 22 juillet 2014 et intitulé « Orange à l’action à la frontière dans le cadre de l’Opération Bordure protectrice ».

« Les unités mobiles sont équipées de génératrices, de chargeurs pour tous types d’appareils, de centaines de batteries entièrement chargées et d’appareils cellulaires, afin de permettre aux militaires d’être en contact avec leurs familles », a déclaré Frumline.

À Gaza, les Palestiniens qui ont survécu à l’attaque ont fait état de soldats israéliens exécutant de sang froid les proches de ces mêmes Palestiniens.

Pendant ce temps, en Israël, des dizaines d’employés d’Orange sillonnaient le pays, rendant visite à des militaires israéliens et « leur distribuant des PC tablettes, pour agrémenter le temps qu’ils passaient à l’hôpital ».

« Adoptez un soldat »

Le soutien apporté par Orange à l’armée israélienne est bien antérieur à l’agression de l’été dernier contre Gaza.

« Notre association actuelle avec la population militaire a commencé avec le lancement du projet ‘Adoptez un soldat’ par l’Association pour le bien-être des militaires d’Israël », explique Orange sur la page « responsabilité sociale de l’entreprise » de son site internet en Israël.

En tant que participante à ce projet, la société a « adopté » deux unités : la compagnie de blindés « Ezuz », depuis 2005, et, depuis 2008, l’unité de recherche et de sauvetage « Shachar ».

Des dizaines de firmes, pour la plupart israéliennes, participent au projet ‘Adoptez un soldat’ – « Ametz Lohem » en hébreu. Parmi les sociétés les plus connues au niveau international figurent la compagnie aérienne israélienne El Al et Strauss, le fabricant du houmous de la marque Sabra.

La participation d’une multinationale comme Orange détonne – la seule autre firme internationale aisément reconnaissable étant la société de services commerciaux Ernst & Young, qui sponsorise une unité de drones.

D’après le site internet d’Orange, l’« adoption » consiste en « activités communes entre les militaires et les employés de la société, parmi lesquelles : sports, utilisation des bâtiments et équipements de la société pour des formations et des conférences, soutien aux militaires isolés, accompagnement des militaires démobilisés lors de leur retour à la société civile et financement d’activités de distraction et d’amusement à l’échelle des bataillons : randonnées, journées d’athlétisme, remises de citations et décorations pour les soldats qui se sont distingués, et plus encore. »

« Ezuz » lors de l’agression contre Gaza

Un article dans Shiryon (Armor = les blindés) glorifie le rôle d'« Ezuz » (sponsorisé par Orange), une brigade blindée, dans l'agression de l'été 2014 contre Gaza.

Un article dans Shiryon (Armor = les blindés) glorifie le rôle d’« Ezuz » (sponsorisé par Orange), une brigade blindée, dans l’agression de l’été 2014 contre Gaza.

Un article dans l’édition de novembre 2014 du magazine militaire israélien Shiryon (hébreu pour « Armor » = les blindés) révèle que l’unité « Ezuz » a participé directement à l’agression contre Gaza et qu’elle était présente à des moments et à des endroits où des centaines de civils ont été tués et des milliers d’habitations détruites.

Le commandant de l’unité, le lieutenant-colonel Aryeh Berger dit dans Shiryon qu’Ezuz faisait partie d’une force qui a envahi Deir al-Balah, au centre de Gaza. Sur place, explique-t-il, ses hommes « ont attaqué des maisons d’activistes du Hamas » et ont « purifié » des immeubles.

Human Rights Watch a condamné le ciblage délibéré d’habitations par Israël, tout simplement sous le prétexte qu’on supposait qu’elles appartenaient aux familles des personnes associées au Hamas ou à d’autres organisations de résistance armée et, partant, « illégales ».

Berger révèle également que son unité a été active dans la zone de Khan Younis, dans la partie sud de Gaza au même moment où l’on faisait état de la capture, près de la ville de Rafah, d’un soldat israélien, Hadar Goldin, de la brigade Givati. La capture a eu lieu le 1er août 2014.

Cela situe l’unité Ezuz dans deux endroits spécifiques où d’importants massacres ont eu lieu.

Dans la zone de Khan Younis, Berger dit que ses forces avaient pour tâche d’« isoler » un village – dont il ne cite pas le nom. Une fois que la nouvelle de la capture de Goldin a été connue, Berger déclare que « nous avons dû abandonner notre tâche de toute urgence et renforcer la brigade Givati, et nous sommes arrivés sur place dans les trois heures qui ont suivi ».

Des Palestiniens fouillent dans les décombres de leurs habitations détruites par les frappes israéliennes à Khuzaa, à l'est de Khan Younis, dans la bande de Gaza, le 5 août 2014. (Yasser Qudih / APA images)

Des Palestiniens fouillent dans les décombres de leurs habitations détruites par les frappes israéliennes à Khuzaa, à l’est de Khan Younis, dans la bande de Gaza, le 5 août 2014. (Yasser Qudih / APA images)

Le Centre palestinien des droits de l’homme a rapporté que des douzaines de civils avaient été tués à Khan Younis et dans les environs par les frappes aériennes et les tirs d’obus des chars et des canonnières.

Le 1er août, au cours d’un très bref « cessez-le-feu humanitaire », des équipes médicales, des journalistes et des résidents sont entrés dans le village de Khuzaa, à l’est de Khan Younis, qui avait été assiégé par les forces israéliennes. Ils y ont trouvé les corps de douzaines de victimes civiles.

Certaines avaient été tuées en tentant de s’en aller, alors qu’elles agitaient des drapeaux blancs. D’autres avaient péri au moment où leur habitation avait été détruite au-dessus d’elles.

Channel 4, une chaîne anglaise, a montré des scènes de destruction et de carnage au moment où des gens entraient dans le village le 1er août :

Les effets poignants du cessez-le-feu interrompu à Gaza | Channel 4 New

À Rafah – où, sans doute, Ezuz s’était redéployé en vue de renforcer la brigade Givati suite à la capture annoncée de Goldin – les forces israéliennes ont appliqué ce qu’on a appelé la « Directive Hannibal » : elles ont pilonné la ville depuis la terre, les airs et la mer, tuant plus de deux cents civils et détruisant plus de 2 500 habitations.

Il y a eu tant de morts que les hôpitaux locaux ont été obligés de stocker les cadavres et les débris humains dans des réfrigérateurs à crème glacée.

Alors qu’il se trouvait à Gaza, le commandant Berger de l’unité Ezuz déclare qu’il a ordonné à ses hommes de ne pas rouler sur les routes ni de franchir des carrefours. Quand les commandants de char lui ont demandé où ils allaient devoir rouler, Berger a alors répondu : « N’importe où ailleurs ! »

Il percevait l’agression contre Gaza comme une rare opportunité d’entraînement : « J’ai assigné à l’un de mes commandants de compagnie la tâche de filmer certaines choses en vidéo, pour que cela serve d’illustration lors d’entraînements, en montrant aux hommes, par exemple, comment un char se déplace à travers un bouquet d’arbres, parce qu’ils ne croient pas la chose possible, ou encore comment le char tire dans diverses situations. Car, à l’entraînement, nous n’avons pas de zones arborées à travers lesquelles nous pouvons foncer, ni toute une série de maisons ‘réelles’ sur lesquelles nous pouvons tirer. »

Voilà donc l’unité qu’Orange sponsorise depuis une décennie.

« Responsabilité sociale d’entreprise »

Orange affirme qu’il dispose d’un programme général complet sur la « responsabilité sociale de l’entreprise ».
La firme prétend que « notre engagement dans la citoyenneté de l’entreprise signifie que tout ce que nous faisons a un seul et unique but : utiliser les technologies digitales afin d’accélérer le progrès au profit de la société. »

Mais, en sponsorisant l’armée israélienne par le biais de sa filiale israélienne, Orange a contribué à accélérer la destruction de la société palestinienne et à tuer et blesser des milliers de personnes.

Bien qu’Orange ne soit pas propriétaire de Partner Communications Ltd., il reste responsable et susceptible de devoir rendre des comptes aussi à propos des activités de Partner menées en son nom et sous sa marque. Orange tire directement des bénéfices des activités de Partner par le biais d’un accord portant sur les royalties, il fournit du matériel à Partner et il est responsable du profil et de la réputation de la marque Orange partout dans le monde.

La marque « Israël »

La maison mère, en outre, apparaît entièrement complice dans l’aide qu’elle apporte à Israël pour blanchir sa réputation. En mai 2014, sa commission de penseurs de l’Orange Institute a sponsorisé une conférence présentée à Tel-Aviv et à Jérusalem sous l’intitulé « Comment Israël est devenu un laboratoire de technologie au service du monde ».

Le matériel de promotion dit qu’en 2014, « la marque d »Israël en tant que nation de lancement’ resplendit de façon plus étincelante encore que lorsque l’Orange Institute s’y était rendu la première fois en 2011 ».
« De ce petit pays de huit millions d’habitants », s’attendrit l’Orange Institute, « nous continuons à voir des returns énormes. »

La conférence faisait la promotion de sujets comme « l’utilisation civile des drones » et « les innovations cyber-sécuritaires au sein du cyber-écosystème israélien ».

Orange entend revendiquer du crédit pour des initiatives « soutenant l’alphabétisation digitale » et pour la promotion de « solutions respectueuses de l’écologie ».

Il devrait également être tenu pour responsable de complicité dans les crimes de guerre d’Israël à Gaza. Les consommateurs pourraient le faire en refusant d’être les clients d’Orange.

Orange a déjà été mis sous pression par la société civile française à propos de la complicité de sa filiale israélienne dans la colonisation par Israël de la Cisjordanie occupée et des Hauteurs du Golan en Syrie. Une déclaration signée par des dizaines de groupes français demande instamment à Orange de mettre un terme à son accord avec Partner Communications Ltd. à propos des opérations de cette dernière société dans les territoires occupés.

L’an dernier, le gouvernement français a mis en garde le monde français des entreprises contre les risques de faire des affaires dans les colonies israéliennes des territoires occupés, lesquelles sont illégales, selon les lois internationales.

Mais il existe également la possibilité que des Palestiniens à titre individuel ou des groupements de droits de l’homme cherchent à rendre Orange responsable d’avoir fourni un soutien matériel à des crimes de guerre – y compris sous la forme des équipements qu’il fournit à Partner. Cela pourrait se faire en s’appuyant sur la doctrine émergente de la responsabilité des entreprises dans les violations flagrantes des droits de l’homme.

L’agence de presse d’Orange, au quartier général parisien de la société, n’a pas donné suite à des demandes répétées d’explications.


Publié le 8 avril 2015 sur The Electronic Intifadah . Traduction : JM Flémal.

abunimahAli Abunimah, journaliste palestino-américain est le cofondateur de ’The Electronic Intifadaet auteur du livre « One Country : A bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impasse »
De nombreux articles d4ali Abunimah sont disponibles en français sur ce site.
On peut suivre Ali Abunimah sur Twitter : @AliAbunimah


Pour info :
MOBISTAR, un des principaux acteurs du monde des télécommunications en Belgique et au Luxembourg fait partie du groupe Orange, qui en est le principal actionnaire.

 

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