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Comment Netanyahou veut «restaurer la confiance»…

Luc Delval

Obama et Netanyahou se rencontrent ce lundi à Washington.

Quelques jours avant cette rencontre, l’entourage du premier ministre israélien avait  laissé filtrer des éléments de communication – avidement reproduits par la presse de son pays – sur ce qu’il a l’intention de dire au Président des États-Unis. En particulier, il avait fait savoir qu’il avait l’intention d’annoncer «une série de mesures concernant tant la Cisjordanie [1] que la Bande de Gaza» qui viseront à «bâtir un climat de confiance avec les Palestiniens».

Histoire sans doute de calmer Obama, toujours accroché à la chimérique «solution à deux États», et qui – sans se faire aucune illusion – ne cesse d’insister sur la nécessité, selon lui, de reprendre des négociations directes entre Israël et les représentants que la “communauté internationale” a choisis à la place des Palestiniens.

Mais les conseillers de Netanyahou sont restés particulièrement vagues quant à la nature des dites «mesures», se retranchant derrière le fait qu’elles n’étaient pas encore décidées en détail, «en raison de l’opposition de plusieurs membres du cabinet».

Que pourrait bien annoncer Netanyahou pour restaurer un minimum de confiance entre l’A.P. et lui ?

Mitzpeh Danny outpost

Mitzpeh Danny, un des «avant postes» en Cisjordanie dont la soi-disant «légalisation» va certainement contribuer à améliorer le climat de confiance entre Netanyahou et l’AP

On peut maintenant s’en faire une idée un peu plus précise. Il a en effet été décidé par les instances gouvernementales israéliennes de «légaliser» rétroactivement deux «avant-postes» juifs en Cisjordanie, c’est-à-dire deux embryons de colonies installées sans autorisation préalable (mais avec l’aide et la protection de l’armée d’occupation), et surtout d’approuver la création de 2.200 nouveaux logements pour colons juifs dans les colonies existantes.

La prétendue «légalisation» des «avant-postes» est une farce typiquement israélienne, puisque – il ne faut jamais se lasser de le répéter – aucune décision prise par une quelconque autorité israélienne ne peut changer quoi que ce soit à l’illégalité fondamentale de toutes les colonies juives en territoire palestinien, quand bien même des dizaines de milliers de colons y sont installés actuellement.

Le droit international interdit en effet à l’occupant de transférer dans le territoire occupé une quelconque partie de sa propre population, et la prétendue «légalité» ou «illégalité» de telle ou telle implantation israélienne en Cisjordanie ne concerne que les petits jeux internes à Israël.

La reconnaissance officielle d’une colonie par le gouvernement israélien permet par exemple à ses habitants de bénéficier d’abattements fiscaux (qui représentent annuellement l’équivalent de 214 millions de $ US selon Haaretz) et de subventions de l’État dans des domaines comme la culture, l’éducation, le logement, la “sécurité”…

La “légalisation” rétroactive des deux implantations sauvages de Mitzpeh Danny et Neveh Erez qui vient d’être décidée vise aussi – selon Haaretz – à bloquer une décision imminente de la Justice israélienne qui aurait pu en ordonner l’évacuation suite à une action judiciaire de l’ONG Yesh Din et de propriétaires fonciers palestiniens sur les terres de qui des colons juifs se sont installés de force.

Plus globalement, la décision porte sur la zone dite “Ma’aleh Michmash”, située à l’est de Ramallah, dans laquelle 800 habitations réservées à des Juifs devraient être bâties d’ici 2030 à Rimonim, Kochav Hashahar, Tel Zion, Psagot, et Ofra , tandis que  300 s’ajouteront au bâti existant à Kochav Hashahar.

Les plans d’expansion de la colonisation dont il s’agit ici en sont encore dans une «phase préliminaire», et commence maintenant un processus complexe et long de concertation avec tous les acteurs concernés, qui pourrait aboutir à une augmentation du nombre de logements prévus. Tout le monde va pouvoir donner son avis, et tenter d’infléchir les plans.

Tout le monde, sauf évidemment les Palestiniens, sur le territoire de qui ces colonies sont installées et s’étendent sans cesse. Le territoire-même où est supposé naître le deuxième des États dont vont encore parler Obama et Netanyahou, l’un et l’autre sachant fort bien qu’il n’y a aucune chance qu’il soit créé un jour.

Pas de doute, la confiance devrait progresser d’une manière fulgurante…


[1] «Judée et Samarie» selon la terminologie israélienne

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