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Comment l’évacuation forcée d’une colonie sauvage en Cisjordanie sert à confisquer encore plus de terres palestiniennes

Quand la Justice israélienne ordonne, chose assez exceptionnelle, le déman­tèle­ment d’un “avant poste illégal” – entendez une colonie juive embryonnaire érigée sans l’autorisation des autorités d’occupation 1 – que croyez-vous qu’il advient des anciens résidents, des militants particulièrement enragés du “mouvement des colons” ? Ils sont relogés, par les soins des pouvoirs publics, sur d’autres terres privées confisquées à des Palestiniens, sous prétexte d’une prétendue “utilité publique”. C’est l’histoire que conte Yotam Berger dans un récent article publié par Haaretz.

Située non loin de Ramallah, la colonie d’Amona – créée à la fin des années 1990 – a été au centre d’un de ces psychodrames dont les Israéliens ont le secret.  En 2006 déjà, des centaines de policiers israéliens avaient été mobilisés pour prendre le contrôle de neuf maisons de la colonie sauvage dont la destruction avaient été ordonnée par la Justice israélienne. De violents affrontements avaient eu lieu, faisant au moins 171 blessés, selon des sources médicales.

Lors de l’évacuation de la colonie d’Amona, en février 2017, une bataille rangée soigneusement mise en scène avait opposé les forces de l’ordre (sans armes) aux colons les plus extrémistes. – AFP PHOTO / Thomas COEX

En février 2017, il s’agissait d’une évacuation totale, les tribunaux ayant reconnu, au terme de plusieurs années de bataille judiciaire, qu’Amona avait été construite sur des terres privées appar­tenant à des Pales­tiniens. Non moins de 3.000 policiers israéliens – sans armes ! – ont donc entrepris, le 1er fé­vrier au matin, l’éva­cuation des 200 à 300 résidents de la colonie (40 familles). Ils se sont heurtés à une résistance acharnée de centaines de jeunes colons, pour une grande part des adolescents venus des colonies voisines. Les jeunes ont brûlé ce qui leur tombait sous la main, dressé des barricades de fortune et fait barrage de leurs corps pour empêcher la progression des policiers. Une bataille rangée amplement médiatisée qui dura deux jours entiers, et qui permit aux colons d’extrême-droite de se faire passer pour des victimes dans l’opinion israélienne. Le point culminant de la “bataille d’Amona” fut le siège de synagogue à l’intérieur de laquelle des colons fanatiques appartenant à l’extrême-droite s’étaient barricadés.

Les colons juifs qui ont été expulsés en février d’Amona ont été relogés dans des maisons mobiles, installées sur des terres… dont les propriétaires privés palestiniens avaient auparavant été expropriés sous prétexte d’“utilité publique”, mais dont l’occupant n’avait en réalité rien fait du tout. Ces terres sont situées dans la zone de Givat Zvi, dans la colonie de Ofra, au nord de Jérusalem.

Ce transfert d’une terre palestinienne volée à une autre – sous un habillage de grand respect pour des formes juridiques strictes – n’avait rien d’une improvisation : certaines habitations destinées aux colons expulsés d’Amona ont été installées plusieurs semaines avant leur évacuation forcée. Mais à l’époque les résidents d’Amona ont dit qu’ils n’avaient aucune intention de déménager volontairement.

La saga des colons d’Amona ne s’arrête cependant pas là : ils ont l’intention de quitter leur lieu de résidence actuel pour s’installer dans la colonie de Amihai, qui est construite spécialement pour eux, mais dont les travaux d’infrastructure ne sont pas achevés. Récemment, l’Administration civile 2 a fait arrêter des travaux d’aménagement à Givat Zvi,  après que des colons anciennement résidents d’Amona aient refusé de s’y installer avec leurs mobilhomes. Haaretz signale que ce site de Givat Zvi – qui n’est qu’à quelques centaines de mètres de l’endroit où se trouvait Amona – est vide et abandonné.

Pourtant, l’obstination du mouvement des colons n’étant pas un vain mot, le conseil régional de Mateh Binyamin, le gouvernement local de la région, a fait reprendre des travaux – toujours sur ce qui était des terres palestiniennes privées – et des ouvriers ont été vus sur le site, où plusieurs mobilhomes supplémentaires ont été installées, dont certains partiellement (mais partiellement seulement) sur des terrains expropriés jadis pour une soi-disant “utilité publique” mais jamais utilisés. Aucune autorisation d’aucune sorte n’a été délivrée, souligne Haaretz. Le conseil régional affirme agir “dans l’urgence” étant donné la nécessité impérieuse de reloger les colons expulsés d’Amona… qui refusent absolument de s’installer.

En résumé, des efforts considérables et apparemment désordonnés sont menés à bien pour reloger quelques dizaines d’occupants illégaux, qui font preuve d’autant de mauvaise volonté que possible face à toute cette sollicitude à leur égard. Pour une raison simple : cela permet de multiplier les faits accomplis de vol de terres palestiniennes, sur lesquels – si flagrante que soit l’illégalité – il sera toujours extrêmement difficile, long, pénible et coûteux de revenir. Si ce n’est pas tout simplement impossible, car l’entreprise colonialiste continue jour après jour.

Au moment même où Amona était spectaculairement évacuée, le gouvernement israélien faisait savoir que 3.000 logements supplémentaires seraient construite en Cisjordanie pour des colons juifs.

L.D.              

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Notes   [ + ]

1. Rappelons une fois encore que TOUTES les colonies juives en Cisjordanie et sur le plateau du Golan sont illégales au regard du droit international, et qu’il importe peu de savoir si les autorités israéliennes les reconnaissent comme “légales” en droit interne. En outre, le fait qu’une colonie soit théoriquement “illégale” aux yeux des autorités israéliennes ne l’empêche généralement pas d’obtenir la protection de l’armée d’occupation et son raccordement à tous les réseaux (routier, de distribution d’électricité, de distribution d’eau, etc…).
2. L’administration civile, en dépit de son nom, est un département de l’armée d’occupation, qui gère les aspects civils du fonctionnement des territoires occupés.

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