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Comment, dès 1943, les sionistes ont secrètement planifié le vol de la Palestine, village par village

Rona Sela May

Dans les années 1940, la Haganah a collecté des informations et des renseignements très précis sur des centaines de villages arabes et les a photographiés, dans de nombreux cas, sur le terrain même, mais également par avion. Quelques douzaines de ces « dossiers  villages » ont survécu dans des archives locales, mais leurs photos constituent un chapitre précieux, quoique dramatiquement absent, actuellement, de l’histoire palestinienne.

Cette histoire commence comme une affaire secrète d’espionnage marquée par l’audace, l’esprit d’aventure, l’improvisation et l’imagination tels qu’ils font intrinsèquement partie de tout discours officiel israélien. Dans les années 1940, des escadrons de jeunes éclaireurs de la Haganah, l’embryon de l’armée de l’État et le précurseur en même temps des Forces de défense israéliennes (FDI), ont collecté des informations sur les villes et villages arabes de Palestine à des fins de renseignement : en préparation d’un futur conflit et en tant que partie d’un projet plus général de création de dossiers sur des sites cibles.

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Les combattants d’Abd al-Kader al-Husseini s’en allant à la bataille de Castel, en avril 1948. – (Israel Netach, Palmach Archive)

Les informations étaient souvent collectées sous le prétexte de leçons sur la nature dans le but d’en arriver à connaître le pays ou dans le but de randonnées pédestres, très communes à l’époque. Les éclaireurs mirent systéma­tiquement au point une base de données d’informations géographiques, topographiques et de plans sur les villages. Ces informations comprenaient des descriptions détaillées des routes, des quartiers, des habitations, des bâtiments publics, des objets, des puits, des oueds, etc…

Partout, ces efforts des renseignements furent connus sous le nom de projet des « dossiers  villages », faisant ainsi référence au fait que la plupart des sites sur lesquels on collectait des informations étaient les villages arabes existant en Palestine avant 1948. Le travail des éclaireurs comprenait des esquisses en perspective, des cartes, des dessins et des photographies de chaque village et de ses environs. Les cartes utilisées par les éclaireurs étaient rassemblées dans une base secrète de Mapu Street, à Tel-Aviv, base située dans une cave à laquelle on avait donné le nom de couverture de « bureau de l’ingénieur Meir Rabinowitz » et le nom de code « le toit ».

Des informations détaillées sur les villages furent méticuleusement cataloguées et organisées en fichiers par le bureau de planning de l’état major général de la Haganah et gardées aux centres territoriaux de commandement de l’organisation à travers le pays. Une témérité et un courage plus grands encore furent nécessaires lorsque les commandants de la Haganah décidèrent de prendre des photographies aériennes des villages afin de compléter les informations déjà reprises dans les dossiers. On recourut à des ruses sophistiquées pour tromper les autorités britanniques, qui interdisaient ce genre d’activités.

Des pilotes du Palmach devant un appareil de la compagnie "Aviron". Le pilote Emmanuel Zur (assis) avait été invité pour le premier vol d'essai (Archives of the History of the Haganah)

Des pilotes du Palmach devant un appareil de la compagnie « Aviron ». Le pilote Emmanuel Zur (assis) avait été
invité pour le premier vol d’essai (Archives of the History of the Haganah)

LE PREMIER PHOTOGRAPHE CLANDESTIN

Pour autant que l’on sache, Israel Netach (Ben-Yitach), né à Acre en 1918 et décédé à Ramat Gan en 2008, fut le premier photographe juif clandestin, en ce sens qu’il se faisait passer pour un Arabe afin d’infiltrer la communauté arabe. Lorsqu’il avait deux ans, les problèmes économiques forcèrent sa famille à aller s’établir à Damas. À l’âge de treize ans, il rejoignit son cousin, Shlomo Ben-Yitach, pour l’aider à passer clandestinement des Juifs syriens de Damas en Palestine pour le compte de l’Agence juive. Il rallia la Haganah en 1935 et, en 1947, se faisant passer lui-même pour un Arabe, il rejoignit en compagnie d’un ami arabe les rangs des « bandes arabes qui écumaient le pays. Nous collections des informations et des détails sur leurs types d’armes et sur leurs plans et intentions. »  
En tant que photographe amateur, Netach acheta un appareil Kodak et se fit passer pour un photographe de presse arabe, opérant en réalité pour le compte du service de renseignement de la Haganah et utilisant de fausses cartes de presse des journaux Filastin et Al-Yum. En compagnie de son ami arabe, il parvint à infiltrer « diverses bandes et, pendant cinq mois, à mener à bien leurs activités à Hébron, Gush Etzion [un ensemble juif de colonies situé au nord de Hébron] et autour de Jérusalem. La Haganah utilisait les photographies pour compléter ses connaissances sur les événements, sur les armes aux mains de l’ennemi et sur les méthodes d’opération de ce dernier. Dans un même temps, nous diffusions les photographies dans la presse arabe et nous en distribuions comme souvenirs aux membres des bandes. La couverture médiatique et la publication [des photos] dans la presse contribuèrent à asseoir notre statut au sein des bandes. »
Netach disait encore : « J’ai pris la dernière photographie d’Abd al-Kader al-Husseini [un commandant militaire palestinien], de la bataille de Castel, de Hassan Salameh [un autre commandant militaire palestinien] et de bien d’autres encore. »

Les villages furent photographiés sous le prétexte d’activités organisées par un club de vol ou d’excursions aériennes à caractère romantique. La caméra et les négatifs étaient dissimulés dans l’avion ou dans ses parages. On eut recours à toutes sortes d’innovations et d’astuces pour collecter secrètement des informations. Les femmes jouèrent un rôle important dans ce processus et l’une d’entre elles devint, pour autant que l’on sache, la première femme du Yishuv, c’est-à-dire de la communauté juive en Palestine, à faire de la photographie aérienne.

Le village de Isdud (Ashdod), vu d'ube mosquée dans les années 1940.  (Archives of the History of the Haganah)

Le village de Isdud (Ashdod), vu d’une mosquée dans les années 1940. (Archives of the History of the Haganah)

Le personnel du Shai (le service d’information de la Haganah) et, par la suite, des informateurs arabes aussi, récoltèrent des informations détaillées et très complètes – historiques, sociales, économiques, démographiques, sur l’enseignement, l’agriculture, les forces armées, l’architecture, la planifications, etc. – à propos des villages et ce, dès le début des années 1940. En se basant sur ces informations, on compila des rapports sur les implantations arabes. Au fil des années, de nombreux rapports de ce genre furent réalisés, couvrant la totalité du pays.

Pourtant, les produits de ce projet historique national renferment également le potentiel de créer aujourd’hui un récit ou discours alternatif. Ils peuvent défier l’histoire officielle, puisqu’ils reposent sur un matériel officiel original. Le faire requiert également du ressort mental et de la témérité, mais d’un genre très différent de ce qui fut nécessaire à l’époque.

La version officielle

La plupart des personnes impliquées dans les dossiers villages ne sont plus en vie. J’ai interviewé certaines d’entre elles il y a quelques années dans le cadre de mes recherches en vue d’un ouvrage traitant de la photographie militaire en Israël et des méthodes utilisées par les forces juives d’avant la création de l’État, puis par leurs successeurs dans l’armée israélienne, pour collecter des informations sur les Palestiniens. En outre, la majorité des personnes qui ont participé au projet ont laissé des témoignages détaillés dans des livres et dans des archives. Toutefois, en raison du manque de place, je ne mentionnerai ici que quelques noms.

Des "éclaireurs" de la Haganah en action dans le village de Al-Kubeb en 1947. Leurs visages ont été effacés du négatif pour empêcher leur identification. (Archives of the History of the Haganah)

Des « éclaireurs » de la Haganah en action dans le village de Al-Kubeb en 1947.
Leurs visages ont été effacés du négatif pour empêcher leur identification. (Archives of the History of the Haganah)

Selon Yitzhak Shefar (plus tard, il allait changer son nom en Eran), qui était le chef instructeur du corps de campagne de la Haganah à Tel-Aviv et diplômé du cours des officiers éclaireurs, l’idée de créer des dossiers sur les villages fut conçue par plusieurs personnes en même temps, aussi bien au quartier général qu’au niveau des opérations en campagne.

En 1942, Shmuel Zalman Zelikson (Ziama Dibon), du bureau de planification du quartier général de la Haganah et qui avait auparavant commandé le corps de campagne dans la zone de Jérusalem, débarqua avec l’idée de préparer des dossiers sur les villages arabes avec lesquels des escarmouches militaires étaient très possibles.

Dans un même temps, Zerubavel Vermel (Arbel), du kibboutz de Maoz Haim, utilisait des escouades d’éclaireurs recrutés parmi le corps de campagne pour collecter des informations sur les villages des zones de Mount Gilboa, du Jourdain et de la ville arabe de Beisan (Beit She’an), et il se mit à organiser le matériel sous forme des dossiers.

Vermel déclara dans un témoignage qu’il fit plus tard : « Je m’étais dit que si nous nous trouvions en guerre, nous allions devoir conquérir ces villages. (…) Mais, que connaissions-nous de ces endroits ? Rien du tout, s’avéra-t-il. » Les dossiers furent montrés à Yigael Sukenik (Yadin), un membre responsable du bureau de planification (plus tard, chef d’état-major des FDI). Il organisa une réunion entre Zelikson et Vermel, dont la coopération posa les bases d’un travail de renseignement très ramifié et ordonné.

Après qu’un modèle eut été mis au point pour la structure des dossiers, la Haganah organisa une formation pour les éclaireurs, laquelle se tint au village de jeunesse de Shfeya, près de Haïfa. Le général de division (réserviste) Moshe Gornitzky (Goren), diplômé du premier cours de la Haganah destiné à former des officiers de renseignement (et, plus tard, commandant en chef des éclaireurs à l’état-major général), décrivit comment les participants se trouvaient sur un flanc de colline dominant Fureidis, l’un des quatre villages choisis comme exemples lors du cours, et il fit une esquisse du paysage.

Prévus à des fins opérationnelles, les dossiers villages étaient surtout constitués d’éléments topographiques, géogra­phiques, physiques et de plans – des informations sur les principales structures locales, les voies d’accès, les sources d’eau, etc. En 1945, les éclaireurs commencèrent à photographier les villages, puisque les photographies étaient considérées comme des sources « objectives » d’informations dignes de foi, exactes et précises.

Photographie aérienne de la base militaire britannique de Sarafand, près de Ramle (ca 1947)

Photographie aérienne de la base militaire britannique de Sarafand, près de Ramle (ca 1947) – Archives of the History of the Haganah

Shefar, un photographe amateur, et Yisrael Spector, un membre de la Haganah et photographe lui aussi, insistèrent pour que le recours aux photographies complétât les dossiers. Selon Shefar, dans un livre qu’il publia en 1994, du fait que les missions de reconnaissance étaient entreprises sous le couvert d’excursions, quand les éclaireurs traversaient le village ou ses abords, prendre des photos pouvait paraître « naturel ».

Sukenik, à l’époque officier de planification de la Haganah pour le district de Tel-Aviv, finit par être convaincu. On acheta un certain nombre d’appareils photo. Dès lors, les dossiers villages allaient reposer principalement sur des photographies. Généralement, les éclaireurs évitaient de se prendre eux-mêmes en photo et leur travail revêtit un caractère clandestin.

« Dans certains cas, les éclaireurs se voyaient ‘prêter’ quelques ‘randonneuses pédestres’ afin d’embellir l’histoire de couverture », écrivait Shefar. Selon le manuel préparé pour les photographes éclaireurs, « si vous êtes incapable de cacher le fait que vous photographiez, ‘couvrez-le’ en prenant des photos de vos amis ou des gens de l’endroit. Dans le premier cas, assurez-vous que vos amis n’apparaissent par sur la photo, pas même vus de dos. (…) Si, toutefois, des gens apparaissent sur la photo (suite à une imprudence), mâchurez-les sur le négatif. »

En 1973, Pinhas Aptekmann (Yoeli), le chef de la division cartographique, qui participa à la planification du cours des éclaireurs (et qui fut plus tard président de la Société israélienne de cartographie), déclara dans un témoignage qu’il fit à l’équipe des Archives de l’histoire de la Haganah, à propos du projet des dossiers villages : « L’astuce, c’était de faire poser les éclaireurs de façon que la ‘mise en scène’ soit parfaite, mais en faisant en sorte qu’ils n’apparaissent pas sur la photo, par crainte que, si quelqu’un s’emparait du dossier, les éclaireurs ne fussent identifiés. Il n’y avait pas d’autre choix alors que de les effacer sur les photographies mêmes. »

Fin 1945, Gornitzky et Shefar entamèrent la tâche consistant à photographier depuis un avion les villages et sites arabes d’une certaine importance opérationnelle, afin de collecter « des informations sur des conditions qui seraient éventuellement favorables au moment où il y aurait des combats. » Gornitzky rappela que Sukenik, à l’époque chef de la planification à l’état-major, avait été invité pour un vol test en même temps qu’Ari Glass, du kibboutz de Yagur, qui avait été photographe aérien dans l’armée allemande au cours de la Première Guerre mondiale, et Emanuel Zuckerberg (Zur), un pilote de la compagnie Aviron de l’Agence juive. Les résultats s’avérèrent satisfaisants et les vols organisés débutèrent de façon systématique.

Pour photographier les sites cibles sans éveiller de soupçons, les pilotes prétendirent qu’ils étaient membres du club de vol Aviron. Pour commencer, les vols revêtirent une allure romantique. Un couple venait au champ d’aviation, dit Shefar, « portant des vêtements de sabbat, comme il sied en de telles occasions. La femme portait toujours un sac à main suffisamment grand pour y placer l’appareil et les films. Plus tard, on recourut à une autre couverture : un enfant asthmatique, à qui le médecin avait dit qu’il devait voler en altitude ! »

L’« asthmatique » était Nimrod, le fils de Galila Plotkin; il vit aujourd’hui aux États-Unis. Plotkin elle-même, qui a 93 ans, est la fille de Baruch Katinka, un instructeur au maniement d’armes de la Haganah, qui se lança également dans les achats d’armes et qui fut l’ingénieur qui construisit l’immeuble de la YMCA à Jérusalem-Ouest. Plotkin avait suivi des cours de commandement à l’âge de 15 ans, elle entraîna et forma des gardes et commanda des postes avancés. On peut également la considérer comme la première photographe aérienne du Yishuv, la communauté juive d’avant l’État d’Israël.

« Je les ai d’abord accompagnés en tant que couverture et, ensuite, j’ai commencé moi-même à prendre des photos », dit-elle dans son témoignage. « C’était Gershon, mon mari, qui avait lancé l’affaire. Nous prenions notre fils avec nous, il avait un an et demi. (…) C’était un excellent camouflage. Je cachais la caméra dans le sac de notre fils, entre ses langes et le reste de l’équipement et, par bonheur, il s’endormait dès que nous décollions et il dormait profondément. »

Plotkin n’était guère embarrassée par le danger des missions photo­graphiques. « Nous calculions au bureau l’altitude à laquelle il fallait prendre les photos et, quand le pilote annonçait que nous étions à la bonne altitude, je sortais la tête par la vitre pour prendre les photos. Mais c’était une torture absolue, parce que mes cheveux s’emmêlaient avec le vent. Aussi absurde que ça puisse paraître, c’était réellement horrible, jusqu’au moment où j’ai pris le casque du pilote. »

Le club de vol

À l’époque, une escadrille de vol du Palmach, la force de frappe d’élite de la Haganah, était déjà complètement formée et organisée. Il fut décidé de confier à l’escadrille la mission de prendre les photographies aériennes. Puisque les pilotes étaient déjà inscrits comme membres du club de vol, il était tout naturel pour eux de vouloir accumuler du temps de vol. Au Palmach, on les avait surnommés le « département aéroporté » mais, au monde extérieur, on en parlait comme du « club de vol de la compagnie Aviron ». Au début, ils utilisaient de gros appareils à soufflet, mais passèrent bientôt au petit appareil Leica, à cause de la nécessité de recharger souvent.

Afin de préparer les pilotes à ces missions photographiques, Shefar créa l’École des photographes aériens clandestins. L’« école » était située dans l’appartement d’une pièce qu’il partageait avec sa femme, Hassia.
« Au milieu de la pièce », se rappelle-t-il, « il y avait une table garnie d’une couverture. Sur la couverture, il y avait une chaise. Il y avait deux accessoires de formation : l’appareil photo et… une boîte d’allumettes reliée à un fil. Sur le sol, perpendiculairement au côté de la table, on avait tracé une ligne à la craie. L’apprenti s’asseyait sur la chaise. Je tirais sur la boîte d’allumettes et l’apprenti devait appuyer sur le bouton au moment où la boîte coupait la ligne. (..) Après avoir accompli cet exercice plusieurs fois d’affilée, on lui décernait le titre de ‘photographe aérien breveté’. Jusqu’à ce point, les choses étaient plus ou moins logiques. Ce qui l’était moins, c’était que les pilotes, en fait, ramenaient de bonnes photos, et même excellentes. »

Les pilotes dissimulaient les films dans le hangar de l’Aviron à Ramle et les cachaient sur eux-mêmes quand ils s’en allaient. Pour éviter de devoir amener et ressortir l’appareil photo chaque fois, ils le dissimulaient dans une cache à Ramle. Quand les Britanniques intensifièrent leurs recherches autour de ce qu’ils considéraient comme des opéra­tions suspectes de la Haganah, les pilotes volaient vers un endroit désigné à l’avance à proximité du campement de tentes du Palmach, au kibboutz de Na’an, et larguaient le film à partir de l’avion avant d’aller atterrir à Ramle.

Les films étaient dissimulés à Na’an, dans une petite poche disposée dans des sacs cousus et emplis de sable que l’on marquait d’un trait de couleur afin de faciliter la récupération de ces mêmes films.

Shefar : « En fait, c’était le mode conventionnel de communication air-sol dans l’armée britannique avant le développement du sans-fil. Survoler Na’an en cours de vol avant d’aller atterrir à Ramle n’éveillait pas les soupçons.

Nous atterrissions avec un appareil photo vide que nous dissimulions ensuite dans la cache. Nous avions également une cache dans l’avion même, s’il y avait des problèmes pour l’une ou l’autre raison et que nous étions dans l’impos­sibilité de ramener l’appareil dans le hangar dès l’atterrissage. (…) Nous donnions l’impression d’être un club de vol apparemment innocent, mais eux [les Britanniques] ne mordaient pas vraiment à l’hameçon. Ils collectaient des informations sur nous mais jamais ils n’ont trouvé de motif concret pour nous envoyer au tribunal ou, du moins, pour mettre un terme à nos activités. Cette situation était notre lot quotidien mais, en fin de compte, jamais ils n’ont trouvé un film ni un appareil photo. Nous étions en ordre. »

« Il y avait une surveillance permanente », poursuivit-il, « avec des fouilles et des interrogatoires et, de notre côté, nous avions amélioré nos cachettes, nos leurres et les scénarios de couverture. Par exemple, un « vol spécial d’entraînement à la navigation » ou un « vol spécial d’apprentissage » – des trucs censés expliquer toutes les sortes de boucles et d’écarts que nous faisions en l’air afin de prendre des photos. À l’occasion, nous survolions également les colonies juives afin d’induire les Britanniques en erreur. Nous ne larguions pas toujours les films sur Na’an à partir de l’avion.»

« Parfois, pour diverses raisons, nous les dissimulions dans la cache sur l’avion et les balancions lors du vol suivant, ou nous demandions à quelques pilotes de rester tard le soir, prétendument pour l’entretien des avions, car, après que les inspecteurs spéciaux étaient partis pour leur bière et le reste, il était plus facile de déplacer des affaires. Parfois, le gars avec le film quittait la base dans un bus arabe, ce qui était moins suspect. Il emmenait le film à Jaffa, puis à Rehovot, puis, de là, se rendait à pied à Na’an ! Toutes ces manœuvres de diversion pour masquer nos traces étaient logiques. »

Les informations perdues

De nombreux dossiers villages ont été perdus ; il n’en reste que quelques douzaines dans les diverses archives. Toutefois, un grand nombre de photos aériennes existent, en même temps que de nombreux rapports écrits sur les implantations arabes 1.

Un exemple : un rapport, daté de septembre 1943, sur le village de Rantiya (dans le sous-district de Jaffa), qui allait être conquis cinq ans plus tard par les FDI 2 au cours de l’opération « Dani », qui allait également en chasser ses résidents. Trois communautés juives – Mazor, Nofekh et Rinnatya – furent installées sur son territoire.

Selon le rapport, Rantiya avait été fondé il y a 600 ans et était situé à 1,5 kilomètre environ de la route Lod – Petah Tikva et à la même distance de la ligne de chemin de fer. Le village avait un puits d’où les femmes de l’endroit ramenaient de l’eau chez elles ; sa pompe avait été installée par le gouvernement britannique, qui gérait le puits. Il y avait trois types de constructions, dans le village : en ciment et en béton armé; en bois et en tuile ; et en brique et en mortier (la minorité). Le village était entouré de vignobles. Un oued coulant à proximité, d’est en ouest, atteignait le village d’Al-Yahudiya (où fut construite plus tard la ville israélienne de Yahud, bien qu’à l’origine David Ben Gourion ait voulu raser le village).

Rantiya avait une superficie de 4.500 dunams (450 hectares), dont 550 étaient plantés de citronniers et 100 de vignes et d’oliviers. Divers types de céréales étaient cultivées sur le reste des terres. « La récolte est généralement très bonne », peut-on lire dans le dossier. Des 650 habitants, quelque 140 étaient propriétaires des biens qu’ils occupaient, mais aucun n’était effendi (maître). Il y avait deux clans, qui entretenaient des relations « satisfai­san­tes ». Le village ne disposait que d’un petit magasin et n’avait pas de café.

Il y avait aussi une mosquée, « en bon état et très propre » et une école dans laquelle un instituteur enseignait à 40 ou 50 enfants. Il y avait 150 ouvriers agricoles, à Rantiya, mais pas d’employés travaillant au service de l’administration britannique. Durant la période de la révolte arabe, en 1936-1939, une partie du travail agricole cessa et une personne fut tuée sur la route de Ras al-Ein. Les autorités britanniques firent sauter quelques bâtiments.

Des renseignements utiles

Shimri Salomon, le responsable des archives de la Haganah à Tel-Aviv, a fait des recherches autour du projet des rapports sur les villages arabes et il est en train de mener à bien une étude complète des dossiers villages.

Quelle fut l’origine des dossiers villages ?

Salomon : « La première initiative a été celle de Zelikson et Vermel, qui avaient compris que la Haganah ne disposait pas d’une base de données d’informations et de renseignements susceptibles d’être utilisés contre des objectifs arabes. Ils ne voyaient certainement pas la guerre d’indépendance se profiler à l’horizon, mais ils ont anticipé le possible déclenchement d’une nouvelle vague de ‘troubles’ [c’est-à-dire une nouvelle révolte arabe] probablement plus mouvementée encore que la précédente et ils ont pensé que la Haganah devait se développer sur le plan organisationnel, à cet effet, ainsi que sur le plan des renseignements. Le Shai [le service de renseignement] était opérationnel depuis 1940, mais son personnel n’était pas formé pour collecter des rensei­gne­ments sur le terrain ou en campagne et ce n’était pas non plus pour cela qu’il s’était engagé. Zelikson et Vermel ont concentré leurs efforts précisément dans cette direction ; dès 1943, le projet des dossiers villages est devenu un élément central de l’effort consistant à rassembler des renseignements opérationnels. Il fonctionnait en parallèle avec le Shai et fournissait ce que le Shai n’essayait pas lui-même de fournir et n’était d’ailleurs pas capable de fournir. »

Pourquoi concentrer son attention sur les villages ?
« Pendant la révolte arabe, les villages ont servi de bases de départ et de lieux de refuge pour les bandes – les groupes armés qui agissaient contre les autorités du Mandat et contre le Yishuv. Les villages fournissaient éga­lement de l’argent et de la nourriture aux bandes et bien des membres de ces bandes étaient recrutés dans les villages. Collecter des informations sur les routes d’accès au village, les endroits où on pouvait se cacher dans ses environs, ses sources d’eau, sa structure physique, la position de ses points d’observation dans notre direction et la concentration de ces informations et d’autres informations importantes dans un dossier spécial était considéré comme un moyen vital et efficace au cas où le besoin se serait fait sentir d’agir contre le village ou contre une bande qui s’appuyait sur lui. »

Quelle est la différence entre les rapports sur les implantations arabes et les dossiers villages ?
« Les rapports comprennent des informations générales et verbales sur les villages. Par exemple, le nombre d’habitants, la terre et l’usage qu’on en fait, les clans, le mukhtar du village et les questions de sécurité : le nombre d’armes que les résidents possédaient et de quel type, le village avait-il aidé les les bandes durant les troubles et quels étaient les villageois qui avaient rallié les bandes ? Dans les premières années du projet des raports, des informations historiques sur chaque village ont également été consignées : sa date de fondation ; était-il situé sur un ancien site ? Possédait-il des antiquités ? D’où venaient les habitants ? »
« On a pu apprendre beaucoup de choses sur le village et ses habitants, mais cela ne pouvait être utilisé pour planifier des opérations militaires, de sorte qu’est apparue la nécessité de collecter des renseignements opération­nels. Tel était le but des dossiers villages. Il convient  de remarquer qu’outre les dossiers villages, on a également compilé des dossiers sur les quartiers arabes des villes et cités mixtes, sur les bureaux de police et sur les bases militaires britanniques dans le pays. Le travail de compilation des dossiers sur les bureaux de police et les bases s’intensifia durant la période de la lutte armée contre les Britanniques, à partir de la fin 1945, et certains de ces dossiers ont été utilisés pour planifier des opérations. »

Les dossiers villages ont-ils été utilisés dans la conquête des villages lors de la guerre de 1948 ?
« Des témoignages existent, en particulier d’officiers et de soldats qui ont été impliqués dans le projet des dossiers villages avant la guerre d’indépendance, et ils disent qu’en général, les dossiers ont été utilisés pendant la guerre, qu’ils se sont révélés très utiles – par exemple, lors des combats dans les villages autour de Jérusalem – mais je n’ai trouvé que quelques références à l’emploi de dossiers spécifiques lors de la guerre. Selon mes estimations, si des dossiers ont été utilisés, ç’a été surtout dans la première moitié de la guerre, dans ce qu’on désigne habituellement aujourd’hui comme la guerre entre communes ou la guerre civile – c’est-à-dire avant l’invasion des armées arabes. 3 »

Quel usage a-t-on fait des dossiers pendant la guerre ?
« Selon mes estimations, les dossiers ont été utilisés tout d’abord pour planifier des opérations limitées contre des villages, soit à des fins dissuasives, soit à des fins punitives. Dans certains cas, des dossiers peuvent avoir été utilisés pour planifier la conquête d’un village. En même temps, des missions préliminaires étaient habituellement effectuées avant de telles opérations, missions au cours desquelles on procédait à une mise à jour de certains renseignements spécifiques. Après l’invasion, lorsqu’on s’est battu contre des armées régulières, la situation a changé. Le déploiement et les activités au sol ont été influencés par le changement de nature et de mode d’opération de l’ennemi autrement important auquel étaient désormais confrontées les FDI . Il y a également eu d’autres changements qui ont réduit l’importance des dossiers villages. Dans la seconde moitié de 1948, le savoir-faire du service cartographique et photographique des FDI [2] pour procurer aux forces armées des photographies aériennes en temps réel s’améliora rapidement et, dans certains cas, il fut aussi possible d’exécuter des missions de vol avec des éclaireurs, qui fournissaient des informations aux unités combattantes. »

Que sont devenus les dossiers villages ?
« Apparemment, certains d’entre eux ont été détruits, en connexion avec le ‘Sabbat noir’ [en juin 1946, lorsque les Britanniques arrêtèrent de nombreux dirigeants du Yishuv], par crainte de les voir tomber aux mains des Britanniques, ou bien ils ont été cachés et on ne les a plus retrouvés par la suite. Certains d’entre eux ont été perdus dans la tourmente de la guerre d’indépendance. Mais il ne fait aucun doute qu’un nombre très restreint de dossiers ont survécu à la guerre. Que sont-ils devenus ? J’imagine que la plupart d’entre eux ont été liquidés par les officiers des renseignements. »

Hilik Libal, qui a servi comme soldat préposé aux renseignements, au sein du Commandement central des FDI [2], dès la fin de 1950, m’a raconté ce qu’il était advenu des dossiers confectionnés par la Haganah sur les villages qui étaient sous sa responsabilité. Ces informations nous mettent en mesure de conjecturer de ce qu’il est advenu d’autres dossiers conservés aux Commandements du Nord et du Sud.
« Après l’instauration de l’État, nous avons continué à constituer des dossiers sur les territoires ennemis », a déclaré Libal, âgé aujourd’hui de 80 ans. « J’étais éclaireur en campagne, éclaireur aérien et analyste des photographies aériennes, le tout pour le Commandement central. Nous opérions surtout en Cisjordanie. Rappelez-vous que le régime d’austérité était de mise, durant ma période de service, et que tout était rationné, y compris les chemises en carton destinées à préparer les dossiers de renseignements. Ainsi donc, j’ai pris d’anciennes chemises que la Haganah s’était servie pour les dossiers villages avant la création de l’État et je les ai utilisées pour les nouveaux dossiers de renseignements. Quant au reste du matériel figurant dans les anciens dossiers villages – cartes, photographies, dessins, relevés, etc. – je l’ai brûlé. »

« En majeure partie, les dossiers brûlés avaient trait aux villages arabes situés dans le corridor de Jérusalem. Nous avons également détruit les négatifs des photographies aériennes. Nous avons vendu l’iodure d’argent qu’ils contenaient afin de collecter des fonds pour l’unité. Aujourd’hui, je le regrette. Je ne me souviens pas si j’ai agi de mon propre chef ou sur l’ordre de mon commandant. Mais, très tôt déjà, j’ai compris l’erreur que j’avais commise. C’est pourquoi, après ma démobilisation, je suis retourné aux renseignements en tant que civil au service des FDI. J’ai d’abord travaillé dans l’unité informatique et, par la suite, j’ai été chef de département dans la division recherche. Jusqu’à ma retraite, j’ai travaillé d’arrache-pied pour  alimenter et préserver l’histoire au profit des générations futures. »

Une histoire alternative

Rétrospectivement, les dossiers villages (graphiques, esquisses, dessins, cartes et photographies terrestres), les rapports écrits et les photographies aériennes constituaient parfois le dernier témoignage des villages arabes, juste avant qu’ils aient été vidés de leurs habitants. Ils sont les derniers vestiges qui restent des villages avant qu’ils aient été détruits ou occupés par les immigrants juifs qui ont afflué dans le pays au cours de ses premières années d’existence ; des villages entiers ont été effacés de la carte israélienne en raison de leur identité arabe. Dans un même temps, une grande partie de l’histoire palestinienne, visuelle et textuelle, a été perdue ou a été victime des guerres et du conflit national, laissant derrière elle peu de vestiges.

En 1992, l’historien palestinien Walid Khalidi a publié (en anglais) l’ouvrage intitué « All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948 » 4.

Produit de nombreuses années de recherches, l’ouvrage est une somme d’informations géographiques, démographiques, architecturales, historiques, agricoles et autres sur plus de 400 villages palestiniens qui ont été détruits ou dans lesquels Israël a installé des migrants juifs après 1948, ainsi que sur les habitants arabes qui ont été déracinés de leurs terres et qui, pour la plupart, sont devenus des réfugiés. Le travail de pionnier de Khalidi a permis de rendre au domaine public et à la conscience publique des informations importantes sur ces implantations.

Paradoxalement, ce sont les informations destinées à aider les organisations juives dans leur lutte contre les Arabes qui permettent aujourd’hui de décrire de larges sections de l’entité arabe qui existait en Palestine avant 1948. Ces informations peuvent être utiles dans de nombreux domaines de recherche – architectural, agricole, géographique, social, démographique, historique et autres – et peut combler des blancs dans ce qui manque de la conception du monde. Donc, par exemple, si l’ouvrage de Khalidi contient des informations sur 400 villages, les rapports, eux, présentent des informations sur 750 implantations (non seulement celles qui ont été détruites ou peuplées d’immigrés juifs). En outre, les dossiers villages et les photographies aériennes fournissent des informations visuelles en temps réel et qu’on ne retrouve pas dans le livre de Khalidi.

L’existence de ces informations importantes et très complètes dans les archives israéliennes a été dévoilée dans quelques publications, bien que peu de travail de recherche ait été effectué à l’aide de ces documents. Une grande partie du matériel a été collectée pour servir à l’armée israélienne, elle est de caractère tendancieux, marquée par la terminologie sioniste nationale et elle reflète les relations entre les forces de l’époque. Néanmoins, récupérer ce matériel permettra de prendre connaissance des divers aspects de la vie dans les villages et de restituer au lexique collectif – et juif, et arabe – les vues et les sites de ce pays tel qu’il était avant 1948.

En 1973 déjà, Pinhas Aptekmann disait, dans son témoignage sur le projet des dossiers villages : « Ces photographies (…) sont la seule chose qui reste des villages, comme si ces villages eux-mêmes n’existaient plus. »

En reprenant les archives israéliennes comprenant du matériel de renseignement sur la communauté arabe de la Palestine d’avant 1948 et en les soumettant à une lecture contemporaine reposant sur une approche critique neutralisant leur caractère tendancieux, nous pouvons en faire un usage réfléchi et conscient. Une telle lecture ne cherche pas à effacer le but premier et la destination des dossiers et rapports sur les villages, ni à masquer le désastre qu’ont subi les villes et villages arabes et leurs habitants. Dans un même temps, elle présente la faculté de restituer au domaine public des informations significatives et importantes qui ont été perdues mais qui, en fait, existent dans les archives, et de compléter les chapitres manquants de l’histoire palestinienne.

Parfois, un conflit national engendre des situations trompeuses et illusoires et il modifie certaines acceptions, de sorte que l’histoire de l’un finit par devenir l’histoire de l’autre. Cette « nouvelle » histoire met à l’épreuve la force morale intérieure, le ressort et la force de la société israélienne en l’invitant à assumer son passé. Existe-t-il une institution qui acceptera de financer la publication d’un catalogue exhaustif des villages s’appuyant sur ce matériel ? La société israélienne manifestera-t-elle, ici aussi, la même audace qui glorifie les pages de l’histoire officielle ?


Le Dr Rona Sela May est conservatrice et se livre à des recherches surtout concentrées sur l’aspect visuel du conflit israélo-palestinien.
Cet article est paru en anglais sur le site de Haaretz sous le titre « It took a village » .
Traduction : J-M Flémal

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Notes   [ + ]

1.  L’auteur utilise l’expression «arab settlements» , la même par laquelle on désigne les colonies juives de Cisjordanie actuellement. Il est bon de rappeler qu’il s’agit de localités arabes existant depuis des centaines d’années, voire davantage, et non de quelconques «implantations» artificielles destinées à conquérir la terre comme dans le cas des colonies juives. Voir  par exemple dans le texte lui-même à propos de Rantiya. – NDLR
2. FDI : « Forces de Défense d’Israël », autrement dit “Tsahal”, armée d’agression et de conquête. – NDLR
3. L’invocation d’une « invasion par les armées arabes » fait elle-même partie de propagande sioniste : il s’agit d’accréditer par tous les moyens, y compris le choix des mots, l’image d’un Israël faible (que l’Occident se doit donc de protéger à tout prix en déversant sur lui argent et armes), perpétuellement menacé de disparition, d’une “nouvelle Shoah”, du fait de l’hostilité des Palestiniens et des Arabes en général (à qui la propagande sioniste fabrique par ailleurs des liaisons et des affinités avec les nazis, histoire de compléter le tableau).
En ce qui concerne la prétendue “invasion par les armées arabes”, il convient de rappeler qu’au début des hostilités qui ont conduit à la proclamation de l’indépendance d’Israël et l’ont suivie, c’est le camp sioniste qui a bénéficié d’une aide massive venant de l’extérieur, tant en armes qu’en combattants. Au début des combats, qui ont commencé à la fin de 1947 après l’adoption par l’ONU du “plan de partage” de la Palestine, qui était inacceptable d’un point de vue arabe à la fois dans son principe et parce qu’il était outrageusement favorable aux Juifs (qui devaient selon l’ONU recevoir 56,5% du territoire alors qu’ils n’en possédaient que 7% et représentaient 32% de la population), les combattants palestiniens ont plutôt eu le dessus. A partir de la fin de mars 1948, toutefois, la tendance s’est inversée, à la fois parce que des Juifs affluaient du monde entier pour combattre, d’autres préférant fournir des fonds pour acquérir des armes, et parce qu’un armement moderne et abondant a commencé à arriver de Tchécoslovaquie (l’URSS entendait ainsi essentiellement évincer la Grande-Bretagne de la région).
Les Palestiniens n’étaient en mesure d’aligner que quelques milliers de combattants, armés de vieille pétoires, appuyés par moins de 4.000 volontaires de l’armée de libération de Fawzi Al-Qawuqji et 25 à 30.000 soldats envoyés par les États voisins.
Quant à la prétendue volonté des États arabes de détruire Israël coûte que coûte, il faut rappeler que le 17 novembre 1947, douze jours avant l’adoption du plan de partage de la Palestine par l’ONU, le jeune roi Abdallah de Jordanie a promis à Golda Meir que sa Légion, la seule armée arabe digne de ce nom, ne pénétrerait pas dans le territoire accordé par l’ONU à lsraël, en échange de la possibilité d’annexer ce qui resterait, une fois le conflit terminé, de la Cisjordanie…  Cet accord secret se réalisera, on le sait, à l’issue de la guerre judéo-palestinienne, puis israélo-arabe de 1947-1949. C’est seulement en juillet 1988 que le royaume de Jordanie renoncera officiellement aux territoires de Cisjordanie.
En 1947, face aux combattants arabes, les troupes juives atteignirent 65.000 et par la suite 90.000 combattants. Il y avait donc supériorité en nombre, en armements et en qualité du commandement, car du côté arabe les troupes envoyés par la Syrie et l’Égypte avaient davantage pour objectif d’empêcher la Jordanie de s’emparer de la Cisjordanie (ce qui était son objectif, comme mentionné ci-dessus) que de vaincre les sionistes. Les accords d’armistice du 20 juillet 1949 ont entériné l’agrandissement d’un tiers de l’État juif par rapport à ce que prévoyait le “plan de partage” de l’ONU, Tel Aviv et Amman s’étant partagé la Cisjordanie et Gaza étant tombé dans l’escarcelle de l’Égypte (qui cependant ne l’annexa jamais formellement). 750.000 à 800.000 Palestiniens avaient été chassés de chez eux, victimes d’une politique d’expulsions systématique, et depuis lors l’ONU ne cesse de réaffirmer leur “droit au retour”, sans rien faire pour en imposer le respect dans les faits. Voir notamment : A. Gresh et D. Vidal – « Les 100 clés du Proche-Orient » – pp. 280 à 282 et 520 à 522. – NDLR
4.  Tout ce qui reste : les villages palestiniens occupés et dépeuplés par Israël en 1948 »