Dans l'actu

Colonisation : la dernière imposture

La farce du “gel des implantations” en Cisjordanie se poursuit, toujours plus cocasse. Netanyahou a un vrai génie comique. Dommage qu’il l’utilise si mal.

Après avoir décrété à la fin de l’année dernière un “gel” des implantations en Cisjordanie temporaire (10 mois), et partiel (il ne concernait ni Jérusalem, ni les édifices tels que les synagogues, les écoles, les dispensaires et autres édifices publics qui contribuent évidemment à la “consolidation” des colonies juives et tendent à rendre leur fait accompli de plus en plus irréversible, ni surtout les 3000 logements pour colons déjà en construction), le gouvernement israélien avait eu soin de faire savoir qu’en fait il n’avait pas les moyens de contrôler son application puisque seuls 14 contrôleurs étaient disponibles sur le terrain.

C’est donc sans aucune surprise qu’on avait vite constaté que le soi-disant “gel” était en réalité une accélération très nette de la construction des colonies, d’autant que la proximité d’un “gel” ayant été annoncée de longue date les colons s’étaient empressés de couler les fondations de nombreux bâtiments, ce qui leur permettait ensuite de soutenir qu’ils n’étaient pas concernés par la décision gouvernementale, puisque déjà “en cours de construction”. Dès le mois de janvier dernier, Haaretz constatait que le gel n’était qu’une farce,  que l’armée d’occupation assurait au contraire la protection des chantiers de construction, et faisait état d’un vrai “boom” de la construction des colonies en Cisjordanie.

Cela n’avait pas empêché le gouvernement israélien de distribuer des millions d’Euros aux “victimes” de ce “gel” imaginaire : tous les moyens sont bons pour favoriser le financement de la colonisation, dont d’ailleurs le même gouvernement s’employait à rassurer les partisans : au terme de la période de “gel” ils pourront mettre les bouchées doubles.

Un nouvel épisode tragi-comique intervient maintenant : afin de rendre un peu plus crédible la fable du « gel », Netanyahou vient d’annoncer – selon le Jerusalem Post – que le Ministère de la Défense israélien va donner “un tour de vis” et que c’en est “fini de l’indulgence” vis-à-vis de ceux qui ne respectent par le “moratoire” (tiens, il y avait donc de l’indulgence ? quelle surprise !).

Désormais, “les habitants des implantations qui bloquent le travail des inspecteurs de l’Adminis­tration civile pour la Judée et la Samarie” (langage codé : l’administration civile est militaire et la “Judée et la Samarie” c’est la Cisjordanie occupée) s’exposent, tenez-vous bien, “à l’arrestation et à l’inculpation”.

Selon le Jerusalem Post, “depuis l’annonce du gel le 29 novembre dernier, l’Administration civile a délivré plus de 400 ordres [d’arrêter les travaux], confisquant plus de 40 appareils de construction et démolissant 11 bâtiments et fondations”. Des ordres, en supposant qu’ils aient réellement été donnés, qui n’ont dans bien des cas été suivis d’aucun effet, sans quoi on ne voit pas pourquoi le gouvernement menacerait aujourd’hui les réfractaires de sanctions pénales.

Selon une tactique de propagande bien rodée, les Israéliens mettent l’accent sur les actions des militaires contre les “implantations illégales” (aux yeux de la loi israélienne, car aux yeux du reste du monde elles le sont toutes) : “Les inspecteurs de l’Administration civile ont ainsi détruit, jeudi, une construction naissante à Efrat, dans le Goush Etzion. Cinq autres fondations ont été démolies dans l’implantation voisine de Bat Ayin. Mercredi, les inspecteurs ont détruit une structure à Yakir en Samarie, à 35 km à l’est de Tel-Aviv. Et le jour d’avant au moshav Salit, à 8 km au sud de Toulkarem”.

Pendant ce temps, des milliers de bâtiments sont toujours en construction : la propagande sioniste braque un projecteur sur la “destruction” de quelques cabanes de planches – des “constructions naissantes”  ou des “structures” dans le langage orwellien de la propagande israélienne –, reconstruites aussitôt après le départ des caméras pour mieux dissimuler la réalité, qui est que la colonisation et la confiscation de la terre palestinienne n’ont connu aucun répit.

Print Friendly, PDF & Email