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Checkpoint à la «Semaine Sociale» du MOC : du simulacre gentil à la réalité

Jeudi, le Mouvement Ouvrier Chrétien (MOC) réunissait plusieurs centaines de participants à sa traditionnelle « Semaine sociale » au Centre de Congrès de Dampremy (Charleroi).

L’occasion a été saisie par les responsables régionaux du MOC pour organiser une action d’information et de sensibilisation à propos de la situation de la population palestinienne, quotidiennement confrontée depuis bientôt 44 ans à des brimades et des humiliations du chef de l’armée d’occupation israélienne, qui par ailleurs pratiquement chaque jour tue des Palestiniens.

Le MOC et la Plate-forme Charleroi-Palestine ont donc coopéré pour installer à l’entrée du centre de congrès un simulacre de « checkpoint » comme les Palestiniens en affrontent chaque jour dans chacun de leurs déplacements. Mais, bien évidemment, les mêmes épreuves n’ont pas été imposées aux participants qu’aux habitants des territoires palestiniens : personne n’est resté debout des heures sous un soleil de plomb, personne n’a été brutalisé, aucun comportement raciste n’a été infligé, il n’y eut ni morts ni blessés. Ce n’était pas un « vrai » checkpoint, juste l’occasion d’expliquer un des aspects de l’occupation israélienne.

Petite vidéo :

La télé régionale « Télésambre » a très bien rendu compte de cette action. Quelques petits correctifs, toutefois, au commentaire :

  1. les « checkpoints » ne sont pas uniquement aux entrées et sorties de la Cisjordanie et de Gaza. En Cisjordanie,  il y en a un peu partout sur les route, fixes ou mobiles, permanents ou non.  Et si à Gaza il n’y a plus de « checkpoints » à l’intérieur du territoire (où l’armée israélienne n’est plus présente sauf lors d’agressions qui se répètent périodiquement), ceux qui se trouvent à la périphérie sont fermés, sauf rares exceptions, pour les habitants Palestiniens. Pire encore : les Palestiniens qui s’approchent à moins d’un kilomètre de la « frontière », y compris les agriculteurs qui voudraient exploiter leurs terres, sont abattus sans sommation par les tireurs d’élite israéliens.
  2. ce que subissent les Palestiniens de Cisjordanie ne peut pas être qualifié de « tracasseries« , mais de brimades et de persécutions, de harcèlement constant. L’occupant, sous prétexte de sécurité, vise à rendre la vie insupportable aux habitants pour les pousser à partir et à laisser la place aux colons juifs.

Reportage de Télésambre :

Enfin, pour donner une idée un peu plus réaliste de la manière dont ça se passe en Cisjordanie, voici une vidéo récemment diffusée par une chaîne de télévision israélienne, qui montre une opération musclée d’une unité armée du « service des prisons », destinée – nous dit le commentaire en hébreu – à « regonfler le moral des gardiens » d’un camp * de concentration prisonniers dans le désert du Néguev (il y a actuellement plus de 6500 détenus Palestiniens dans les prisons israéliennes, où la torture est pratique courante. Certains y croupissent depuis plus de 30 ans après avoir été « jugés » par un tribunal militaire israélien. Depuis 1967 environ 760.000 Palestiniens ont à un moment ou un autre été détenus par l’occupant).

Edifiant :

Belle démonstration que les Israéliens ne supportent les Palestiniens que rampant sur le ventre… Cet avant-poste de la civilisation occidentale planté dans le flanc du monde islamique, cette « seule démocratie du Moyen-Orient » fait plus par ses actes pour répandre la haine de l’Occident, et l’antisémitisme, que tous les propagandistes, d’où qu’ils viennent. Et c’est avec la bénédiction des gouvernements européens.


* Les israéliens parlent de « prison » mais il apparaît que les prisionniers sont parqués sous tente, dans des enceintes de barbelés et de miradors. C’est donc bien d’un camp de prisonniers qu’il s’agit, où Israël concentre des Palestiniens qui de leur point de vue sont dangereux, dans le désert. On s’abstient évidemment de faire tout amalgame entre « camp de concentration » et « camp d’extermination », quoiqu’à certains moments comme ceux que la vidéo israélienne expose, la confusion soit possible. Comme l’écrit Shulamit Aloni, « nous n’avons pas de chambres à gaz ni de fours crématoires, mais il n’existe pas qu’une seule méthode pour commettre un génocide. Le Dr Ya’akov Lazovik écrit dans le journal Haaretz que le gouvernement de l’État d’Israël et la nation ne sauraient projeter de commettre un génocide. Est-ce là de la naïveté ou de l’hypocrisie ? C’est difficile à dire. On sait bien qu’il n’y a pas qu’une façon de commettre un meurtre, et cela vaut également pour le génocide. L’écrivain Y.L. Peretz parlait de ce « chat vertueux » qui ne fait pas couler le sang, mais étouffe ses victimes ».

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