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Chantage à l’antisémitisme : Charles Michel n’a pas pu s’empêcher…

Le Premier Ministre belge, Charles Michel (MR), n’a pas pu s’empêcher de venir au secours – de la manière la plus inconvenante qui soit – du lobby qui a tenté d’interdire à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) de décerner les insignes de docteur honoris causa au cinéaste Ken Loach, en accusant celui-ci d’antisémitisme. Une manière comme une autre de détourner l’attention des nombreux crimes de guerre dont Israël se rend coupable, en ce moment même aux limites de la Bande de Gaza, contre des civils désarmés (40 morts et 5.500 blessés, souvent très graves, depuis le 30 mars) se trouvant à l’extérieur de “son territoire” au moment où ils ont été pris pour cible.

Les circonstances dans lesquelles il l’a fait ajoutent au caractère choquant de cette irruption de Charles Michel dans cette caricature de débat provoquée par son acolyte le sénateur MR Jacques Brotchi 1, qui sera candidat sur la liste du MR à Uccle aux élections communales en octobre prochain.

En effet, c’est dans le cadre d’une cérémonie pour célébrer le 70ème anniversaire de l’État d’Israël – qui est aussi le 70ème anniversaire de la dépossession des Palestiniens de leur patrie, mais évidemment Charles Michel feindra de l’ignorer – que le Premier Ministre a fait allusion à une supposée complaisance de son “alma mater” envers l’antisémitisme.

Il est singulier que le chef du gouvernement 2 d’un pays qui ambitionne de siéger bientôt au Conseil de Sécurité de l’ONU aille ainsi se prosterner devant un État qui plus qu’aucun autre au monde viole en permanence toutes les résolutions du dit Conseil de Sécurité qui le concernent, et par la même occasion les principes les plus sacrés du droit international.

Mardi dernier, le Roi Philippe prenait la parole devant l’Assemblée Générale de l’ONU pour souligner, en substance, l’importance que la Belgique accorde, disait-il, au travail des Nations Unies en faveur de la paix. Et il a présenté la Belgique comme un “partenaire fiable et solide” pour la construction de la paix dans le monde. L’attitude de son premier ministre – dont le gouvernement n’a toujours pas estimé que “le moment venu” de reconnaître l’État de Palestine alors que le Parlement a voté en ce sens en 2015 ! – dément formellement que ce soit réellement le cas.

Comment pourrait-on considérer comme “fiable” un pays qui manifeste de tels préjugés sur un des problèmes majeurs dont le Conseil de sécurité a régulièrement à traiter, s’agissant d’une des régions du monde où la paix est sans cesse menacée, notamment par Israël, qui au cour des 70 années écoulées depuis la proclamation de son indépendance a successivement mené des agressions militaires contre chacun de ses voisins, sans exception ?

Enfin, (tomate-)cerise sur le gâteau, où Charles Michel a-t-il fait cette déclaration particulièrement malvenue ?
A la Grande Synagogue de Bruxelles.

Et cela aussi est pour le moins incongru.
N’est-ce pas le gouvernement de Charles Michel qui, il y a quelques mois à peine, a provoqué – avec raison – la rupture de la convention qui liait (par la volonté de feu Baudouin Ier) la Belgique à l’Arabie Saoudite pour la gestion de la Grande Mosquée de Bruxelles ?

Comment expliquer dès lors que dans le cas d’Israël – dont Charles Michel a personnellement pu mesurer que l’intolérance et la rigidité d’esprit des principaux dirigeants n’a rien à envier à celle de la monarchie wahabite 3 et où la religion est également utilisée comme un instrument de pouvoir et d’exclusion d’une large part de la population – le mélange des genres soit à ce point permis et cautionné par la Belgique, au moment précis où cette imprégnation religieuse, mâtinée de militarisme, est de plus en plus contestée au sein de la société israélienne ?

On se félicitera en revanche de la réponse du recteur de l’ULB, qui a fort civilement prié Charles Michel de s’occuper des affaires du gouvernement :  «Je n’ai pas de conseil ni de critique à donner au Premier ministre. Il fait ce qu’il estime devoir faire, mais l’université est très attentive à son indépendance. Les arguments d’autorité ne sont pas des arguments que l’on peut accepter dans un établissement du libre examen»; a-t-il dit sur les antennes de la RTBF. Il assure que son institution a examiné les déclarations controversées de ce dernier «avec rigueur et indépendance» pour conclure qu’aucun négationnisme ni antisémitisme ne pouvait être reproché à Ken Loach et pour décider à l’unanimité de maintenir l’attribution de son doctorat honoris causa.

Le recteur de l’ULB a posé la question qui tue :  «Pensez-vous que les université de Birmingham, d’Oxford, de Liverpool Hope – qui toutes ont mis à l’honneur Ken Loach – flirtent avec l’antisémitisme ?»

A moins que ce soit le Premier Ministre 4 qui flirte avec la hasbara ?

L.D.                     

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Notes   [ + ]

1. Brotchi s’est abondamment répandu dans les médias pour dire qu’il “ne pourra jamais pardonner à l’ULB” d’avoir honoré Ken Loach. Il faut se souvenir que le même Brotchi, avait déjà théâtralement démissionné de la fondation ULB en 2011 après avoir dénoncé d’autres prétendues dérives antisémites au sein de l’université de Bruxelles. En 2013, c’est Maurice Sosnowski qui prenait l’ULB pour cible. On pourrait finir par croire que les valeurs libre-exaministes de l’UBL sont incompatibles avec le sionisme virulent… – NDLR
2. au moins en titre, car nombreux sont ceux qui doutent qu’il le soit vraiment – NDLR
3. En 2010, alors que Charles Michel était Ministre de la Coopération au Développement, les autorités israéliennes lui avaient interdit l’accès à la Bande de Gaza, comme c’était aussi arrivé à Bernard Kouchner.
Face à ce genre d’agissements, “nous devons adopter une position forte” avait proclamé le ministre belge, après quoi bien entendu on n’en a plus jamais entendu parler. En 2017, Charles Michel s’est rendu en Palestine et a condamné le vote d’une loi “légalisant” le vol de terres privées en Cisjordanie. Il avait aussi rencontré des représentants d’ONG que Netanyahou n’apprécie pas, ce qui avait provoqué une grosse colère israélienne. En revanche, on n’entend jamais rien de pareil venant du gouvernement belge quand l’armée d’occupation détruit des équipements financés par la Belgique au bénéfice de la population palestinienne vivant sous occupation militaire (une charge qui normalement devrait incomber à Israël et ni à l’UE ni à la Belgique) – NDLR
4. Et avec lui la majeure partie des médias – NDLR