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Plus d’une centaine d’écrivains étatsuniens protestent contre le parrainage d’un festival du PEN par Israël

Dans une lettre ouverte, plus de cent écrivains étatsuniens, dont les lauréats du Prix Pulitzer Junot Diaz, Richard Ford et Alice Walker, et l’auteure primée Louise Erdrich, ont demandé au Centre Américain de PEN « de rejeter le soutien de l’ambassade d’Israël » au “Festival annuel mondial des Voix”. Ce festival d’une semaine a lieu du 25 avril au 1er mai à New-York. Dans son matériel promotionnel, PEN compte l’ambassade d’Israël parmi les « Champions » du Festival et en tant que parrain de l’un des jurys du festival.

« Il est profondément regrettable que le Festival ait choisi d’accepter le parrainage du gouvernement israélien, alors même que celui-ci intensifie son déni multi-décennal des droits fondamentaux du peuple palestinien, entre autres en ciblant fréquemment des écrivains et des journalistes palestiniens», écrivent les signataires.

pen-programDans un premier temps, la lettre avait été envoyée personnellement à PEN le 29 mars par Adalah-NY, signée par 62 personnes et 11 organisations. La liste des signataires a depuis atteint plus de 100 personnes, et le texte a été rendu public.

En plus de Diaz, Erdrich, Ford et Walker, parmi d’autres éminents écrivains qui ont signé la lettre, se trouvent l’écrivain palestinien Dr. Ahmad Qatamesh, dont l’emprisonnement sans charges par le gouvernement israélien a été critiqué par PEN International; l’écrivaine et militante Angela Davis ; les écrivains américains Russell Banks, Deborah Eisenberg et la poétesse Eileen Myles ; les romanciers palestino-américains Susan Abulhawa et Randa Jarrar ; les anciennes présidente et vice-présidente de PEN Angleterre Gillian Slovo et Kamila Shamsie ; l’auteur égypto-britannique Adhaf Soueif ; et les écrivains sud-africains Dr. Don Materra, Ronnie Kasrils et Breyten Breytenbach.

Treize participants du Festival Mondial des Voix ont signé la lettre, dont Laura Flanders, Saleem Haddad, Laila Lalami, Solmaz Sharif, Yuri Herrera, Jordan Camp, Christina Heatherton, Arun Kundnani, Maaza Mengiste, Burhan Sönmez, Francisco Goldman, Jenifer Tamayo et Linh Dinh. Deux autres participants ont signé la lettre et se sont retirés du Festival.

L’auteure Alice Walker a expliqué : « J’ai signé la lettre parce que, en tant que membre de PEN, je veux que cette organisation, supposée être la championne des droits des écrivains, prenne fait et cause pour les écrivains, universitaires et étudiants palestiniens qui souffrent sous un régime israélien répressif qui nie leur droit à la liberté d’expression. La dernière chose que PEN devrait faire, c’est s’associer avec et promouvoir un gouvernement qui nie les droits fondamentaux des Palestiniens. »

Cette lettre est le dernier effort en date pour démasquer la “Marque Israël”, initiative gouvernementale de relations publiques lancée en 2005, qui utilise les événements culturels pour détourner l’attention des violations systématiques des droits des Palestiniens par Israël.

Après l’agression israélienne majeure contre Gaza en 2009, le directeur général adjoint des affaires culturelles au ministère des Affaires Étrangères d’Israël a expliqué au New-York Times : « Nous enverrons au-delà des mers des romanciers et écrivains célèbres, des compagnies théâtrales, des expositions… C’est ainsi qu’on montre le meilleur profil d’Israël, ainsi qu’on nous perçoit autrement que simplement dans le contexte de la guerre. »

Quelques heures après l’envoi de la lettre au Centre Américain de PEN, l’organisation a envoyé un courriel à quelques uns de ses adhérents, justifiant sa décision de maintenir la subvention du gouvernement israélien en évoquant une stratégie contre la souscription aux boycotts culturels quels qu’ils soient et le besoin de « promouvoir le dialogue ».

« Même si PEN s’oppose à toute forme de boycott, PEN devrait avoir des stratégies et des normes éthiques lui interdisant des partenariats avec des ennemis notoires des droits de l’Homme », a dit Marilyn Hacker, lauréate du Prix Voelcker de PEN en Poésie et du prix de Poésie en Traduction. « Sur cette seule base, PEN devrait exclure un partenariat avec le gouvernement israélien».

Omar Barghouti, co-fondateur du mouvement boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) pour la liberté, la justice et l’égalité pour les Palestiniens, a ajouté : « Nous sommes déçus et inquiets de ce que PEN ait choisi de se tenir du côté du gouvernement répressif d’Israël plutôt que de celui d’une initiative de la société civile pour la liberté et les droits de l’Homme. La réponse de PEN a éludé les questions que nous avions soulevées. Nous nous sommes focalisés sur le partenariat de PEN avec le gouvernement israélien et avons explicitement dit que nous n’appelions pas au boycott et ne refusions pas la liberté d’expression d’écrivains israéliens individuellement. Pendant des années, on a dit aux Palestiniens d’engager le “dialogue”, mais la partie la plus forte, Israël, a utilisé le “dialogue” comme un écran de fumée derrière lequel il accroît la répression et dénie aux Palestiniens leurs droits fondamentaux. »

Le romancier Ru Freeman, auteur d’une anthologie sur la Palestine, «L’Extraordinaire Restitution : des Écrivains (américains) sur la Palestine», a expliqué : « La direction du Centre Américain de PEN a, à plusieurs reprises, terni la réputation du Festival Mondial des Voix en acceptant le parrainage d’une force d’occupation qui opprime nos semblables Palestiniens et a refusé de s’exprimer contre l’oppression. Le conseil d’administration de PEN devrait reconnaître que c’est une violation des principes fondamentaux de l’organisation. PEN a les ressources nécessaires pour financer la participation des écrivains israéliens  – que nous soutenons – sans compromettre ses principes en s’associant avec un gouvernement d’apartheid. »

Le Centre Américain de PEN, organisateur du Festival, est une branche de l’organisation pour la liberté d’expression des écrivains, PEN International. En 2015, plus de 200 écrivains ont écrit au Centre Américain de PEN pour critiquer la décision de l’organisation de donner un prix de la liberté d’expression à la revue Charlie Hebdo pour son contenu raciste.

La directrice exécutive du PEN Americain Center, Suzanne Nossel, s’est distinguée, depuis son entrée en fonctions en 2013, par ses prises de position constamment en faveur de la politique du gouvernement israélien, et aussi de l’aventure militaire étatsunienne en Afghanistan, ce qui n’est pas excessivement étonnant s’agissant d’une ancienne collaboratrice de Hillary Clinton au Département d’État, de 2009 à 2011. Elle a aussi travaillé pour Amnesty International, Suzanne Nossel s’est vantée d’avoir pu réduire, pendant les deux années passées dans cette organisation, le nombre de résolutions critiques envers Israël de 56% du total des résolutions concernant spécifiquement un pays à 30% “seulement”.  Nossel a aussi réclamé le mérite de la désignation d’un Israélien au Conseil Consultatif des Droits de l’Homme à l’ONU. Elle s’est glorifiée d’avoir agi en permanence en faveur de la “normalisation” de la position d’Israël au sein des instances onusiennes, ce qui ne manque pas de sel puisque Israël refuse systématiquement toute coopération avec l’ONU lorsque par exemple celle-ci déclenche des enquêtes à propos des exactions sanglantes commises par son armée, et en rejette invariablement en bloc les conclusions qui lui déplaisent.

L.D.


Sources :  AURDIP et Electronic Intifada (Charlotte Silver)

 

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