Dans l'actu

Censure, auto-censure et torture dans la Bande de Gaza

L’agence Associated Press rapporte que le journaliste palestinien, qui vit et travaille à Gaza, Ayman al-Aloul renonce à s’exprimer sur des sujets politiques ou “sensibles” après avoir été emprisonné pendant neuf jours et torturé “par le Hamas”.

Ayman al-Aloul écrivait fréquemment à propos des difficultés que rencontrent ceux qui vivent dans la Bande de Gaza, et il était “une des rares voix critiques” à se faire entendre à propos du gouvernement du Hamas. Mais en sortant de neuf jours de détention, il a annoncé qu’il ne traitera plus de politique et se contentera d’écrire à propos du sport, de la gastronomie, de la littérature et de la mode,…

Ce sont les activités de Ayman al-Aloul sur Facebook qui lui ont valu d’être arrêté et – a-t-il raconté – torturé. Il a notamment, selon son récit, été obligé de rester durant des heures dans des positions inconfortables sur un siège trop petit et battu. “Une expérience très difficile”, dit-il. Le journaliste est par ailleurs correspondant pour une chaîne de télévision irakiennes, et assure que son travail ne sera pas affecté, dans la mesure où il s’agit là de donner des informations purement factuelles, sans exprimer d’opinions.

Un des écrits sur Facebook qui ont attiré l’attention des autorités sur Ayman al-Aloul serait sa demande que le Hamas se retire de Rafah, au motif que selon lui c’est parce que le gouvernement égyptien ne veut avoir aucune relation avec le Hamas que le point de transit entre Gaza et l’Égypte est fermé depuis des mois (il n’a été ouvert que 21 jours au total en 2015). D’où sa suggestion de laisser l’Autorité Palestinienne de Ramallah gérer le point de passage. Les bonnes relations de l’AP avec les pays occidentaux seraient supposées permettre alors un assouplissement du blocus.

A Gaza ? Non, en Grèce, occupée par la "Troika"…

A Gaza ? Non, en Grèce, occupée par la “Troika”…

Al-Aloul a aussi critiqué le Hamas en raison de la hausse de certaines taxes (notamment sur les cigaret­tes, qui ont aug­menté de 10%, et sur les cafés, hôtels et res­taurants qui doivent s’acquit­ter d’un droit de licence annuel équivalent à  1.000 USD), il a publié des photos de gazaouites cherchant de la nour­riture dans des containers à détritus et rendu res­ponsables les autorités locales des incessantes coupures d’électricité dont souffrent les habitants de la Bande de Gaza. L’alimen­tation en électricité n’est disponible qu’environ 3 heures par jour, le gaz pour le chauffage et cuisiner est rationné, et seule une toute petite partie des 100.000 logements détruits ou endommagés par l’armée israélienne lors de son agression de 2014  a été reconstruite car l’occupant [1] ne permet l’importation de matériaux de construction qu’au compte-gouttes.“”

Il avait été arrêté le 3 janvier, ainsi que Ramzi Herzallah, un autre adepte de Facebook critique à l’égard des autorités Hamas. Al-Aloul affirme que durant sa détention il a été giflé à de nombreuses reprises et enfermé dans un local meublé de chaises pour enfants, sur lesquelles les détenus sont forcé de rester assis une journée entière, les yeux bandés.

La Banque Mondiale estime que le taux de chômage à Gaza est de 43%, et il est impossible pour l’énorme majorité des habitants de quitter le territoire. Un sondage, publié le mois dernier, indiquait que 41% des habitants de la Bande de Gaza souhaiteraient émigrer (contre 24% des Palestiniens de Cisjordanie)

L.D.


[1] en dépit de l’abandon des colonies juives et du retrait des troupes israéliennes, la Bande de Gaza est toujours un territoire palestinien occupé par Israël, une occupation “périphérique” s’étant simplement substituée à une occupation intérieure, en fonction de critères (notamment d’économies de moyens)propres à l’occupant et à lui seul. L’armée d’occupation continue d’ailleurs d’agir à sa guise à l’intérieur du territoire.

Print Friendly, PDF & Email