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« Ce sont les Palestiniens, et non Israël, qui ont besoin de garanties sécuritaires »

Ali Younes

Le responsable du Hamas de la politique étrangère, Osama Hamdan, s’est entretenu avec Al Jazeera à propos de la démarche française pour la paix et de la réconciliation avec le Fatah.

Si Israël dit qu’il veut vraiment faire la paix avec nous et dans la région, il n’a dans ce cas pas besoin du gigantesque arsenal militaire dont il dispose actuellement. (Photo : Getty Images)

Vendredi dernier, la France accueillait une réunion des ministres des Affaires étrangères destinée à replacer les pourparlers de paix israélo-palestiniens sur l’agenda international et à amener les deux camps à des discussions directes vers la fin de cette année. Toutefois, selon les commentateurs, rien n’est sorti de la réunion : l’initiative française avait été vidée de toute substance du fait de l’indifférence des États-Unis et de l’hostilité d‘Israël.

Osama Hamdan, le responsable de la politique étrangère du Hamas, installé au Liban, s’est entretenu avec Al Jazeera à propos de l’actuelle démarche française en vue de relancer les pourparlers de paix avec Israël, de la position du Hamas quant à des discussions de paix directes avec Israël et des efforts de réconciliation avec le Fatah, de même que de la possibilité d’un nouvel échange de prisonniers avec Israël.

Al Jazeera. Le gouvernement français a émis une proposition de relance des efforts de paix entre Israël et les Palestiniens. Quelle est la position du Hamas, à ce propos ?

Osama Hamdan. Nous ne pensons pas qu’il y ait quoi que ce soit de neuf dans l’initiative française. Toutefois, il a semblé qu’elle voulait aider Israël avant tout, une fois qu’il est apparu clairement qu‘Israël sabotait tout effort en vue de résoudre le conflit.

L’initiative est également destinée à combler le vide que les Américains ont laissé après s’être totalement désengagés de tout effort de sceller un accord de paix entre Israël et les Palestiniens.

L’élément le plus dangereux à propos de la proposition française, cependant, c’est qu’elle établit de nouveaux paramètres pour traiter le problème des réfugiés, en proposant une compensation monétaire en échange de l’abandon du droit au retour.

Les Palestiniens doivent non seulement rejeter cette approche de la question des réfugiés, mais aussi insister sur le droit au retour et le droit à des compensations pour les années passées en exil forcé.

Al Jazeera. Le Hamas, comme question de principe, désire-t-il négocier la paix avec Israël ?

Hamdan. Les Palestiniens sont engagés dans des pourparlers de paix avec Israël depuis 1992 et, à ce jour, nous ne sommes toujours nulle part en dépit de toutes les promesses ou de quoi que ce soit d’autre. De plus, c’est chaque fois Israël qui a empêché la paix de s’établir. Les accords d’Oslo ont été signés en 1993 et ils étaient censés déboucher sur un État palestinien. Mais, sept ans après Oslo, les Palestiniens ont découvert qu’il n’y avait aucun engagement israélien pour se mettre d’accord sur la création d’un État palestinien viable.

Al Jazeera. Mais, à l’époque, le Hamas a été accusé de faire dérailler le processus de paix via une série de violentes agressions contre les Israéliens…

Hamdan. Ce n’est pas vrai. Le Hamas s’est livré à des actes de résistance contre l’agression israélienne envers les Palestiniens. Durant la même période, Israël n’a jamais cessé ses attaques et ses agressions contre nous.

Al Jazeera. Mais pourquoi vous engageriez-vous dans des actes de résistance lors de pourparlers de paix censés vous faire obtenir ce que vous désirez ?

Hamdan. Israël aussi était engagé dans des attaques contre nous durant cette période du processus de paix. Je voudrais vous rappeler que, chaque fois qu’Israël a cessé ses attaques contre nous, nous aussi avons cessé nos contre-attaques. Nos attaques de 1996 étaient une riposte aux assassinats ciblés commis par Israël sur de nombreux dirigeants de la résistance, tel Yahya Ayyash.

En d’autres termes, Israël n’a pas le droit de dire qu’il y a un processus de paix alors que, dans le même temps, il est engagé dans des agressions et des attaques contre nous et exige que les Palestiniens ne ripostent pas à ces attaques, précisément par qu’il y a ou qu’il y avait un processus de paix en cours.

Al Jazeera. Y a-t-il des prisonniers israéliens capturés aux mains du Hamas ?

Hamdan. Il y a eu une annonce claire de la part des Brigades al-Qassam [l’aile militaire du Hamas] disant qu’il y avait des soldats israéliens qui avaient été capturés au cours de la guerre israélienne de 2014 contre Gaza. Al-Qassam n’a pas livré de détails à ce propos, car cela fait partie de notre stratégie dans le traitement de la question des prisonniers.

Al Jazeera. Quid, à propos de leur nombre ? Sont-ils morts ou vivants, et y a-t-il des pourparlers secrets afin de décider d’un échange de prisonniers ?

Hamdan. Il n’y a pas d’informations pour l’instant quant à savoir si ces Israéliens sont morts ou vivants. À ce jour, nous ne pouvons pas dire qu’il y a des négociations sur la question. Le Hamas a été approché par plusieurs intermédiaires, mais cela n’a pas atteint le niveau de négociations réelles. Ceci, naturellement, du fait que, pour qu’il y ait des négociations, il faut un accord émanant des deux camps.

En ce moment précis, nous ne sommes même pas certains que les Israéliens aient autorisé quelqu’un à négocier en leur nom sur la question. Dans un même temps, les Israéliens n’ont pas encore annoncé qu’ils étaient intéressés par des négociations en vue de faire libérer ces prisonniers.

Nous, au Hamas, avons toutefois assuré tous les intermédiaires d’accueillir favorablement leurs efforts et nous sommes prêts à négocier avec Israël sur cette question, mais uniquement après nous être assurés que ces personnes soient bien autorisées à représenter le gouvernement israélien. Nous n’avons toujours pas cet engagement.

Al Jazeera. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et son ministre de la Défense nouvellement désigné, Avigdor Lieberman, ont déclaré la semaine dernière qu’ils soutenaient la solution à deux États comme un principe de résolution du conflit. Que répondez-vous à cela ?

Hamdan. Jusqu’à ce jour, les dirigeants israéliens n’ont entrepris aucune démarche réelle ou concrète montrant à quel point ils sont sérieux quant à la solution à deux États. Les tentatives israéliennes de modifier les faits sur le terrain à Jérusalem tuent la solution à deux États, parce que les Palestiniens n’accepteraient jamais un État sans Jérusalem comme capitale.

De plus, l’installation de colonies illégales supplémentaires sur les terres palestiniennes a augmenté depuis la signature des accords d’Oslo, accaparant aujourd’hui plus de 40 pour 100 de la Cisjordanie et mettant donc effectivement un terme à l’idée d’avoir un État palestinien.

Le fait également d’imposer les pires difficultés économiques aux Palestiniens en plus du siège de Gaza n’envoie pas le moindre signal positif aux Palestiniens suggérant que les Israéliens se soient mis d’accord sur la formation d’un État palestinien.

À mon avis, les Israéliens voulaient en fait gagner du temps afin de modifier les faits sur le terrain et torpiller dès lors toute solution susceptible d’accorder un État aux Palestiniens.

Al Jazeera. Mais, dès lors, négocieriez-vous autour de ces « faits nouveaux » ?

Hamdan. Pourquoi négocierions-nous à propos du retrait des colonies illégales ? Selon le droit international, Israël a construit illégalement ses colonies dans les territoires palestiniens occupés. De même, il y a plusieurs résolutions de l’ONU qui exigent le retrait israélien des territoires palestiniens occupés.

Par conséquent, ce qui est nécessaire, d’un point de vue réaliste, c’est qu’Israël déclare qu’il désire se retirer à l’intérieur des frontières d’avant 1967, prouvant ainsi aux Palestiniens qu’il est sérieux à propos de faire la paix avec les Palestiniens. En théorie, cela aurait eu du sens en 1993 mais, en ce qui concerne les Palestiniens, après 23 ans de négociations avortées avec Israël qui nous ont fait passer de mal en pis, je ne pense pas que nous soyons disposés à revivre la même expérience avec Israël, du moins sous les mêmes conditions.

Al Jazeera. Qu’est-ce qui empêche le Fatah et le Hamas de se réconcilier et de constituer un gouvernement d’unité nationale ?

Hamdan. Je ne pense pas qu’un groupe puisse nier ou évincer l’autre. La société palestinienne – dans son ensemble – a des opinions et préférences politiques diverses qui empêcheraient un groupe de dominer ou de nier l’autre.

Cette diversité [politique] devrait être une source de force, et non de faiblesse. À ce stade de notre combat politique, ce dont nous avons besoin, c’est d’un partenariat démocratique dans lequel le pouvoir soit transféré d’un groupe politique à l’autre.

Al Jazeera. Dans ce cas, qu’est-ce qui empêche à la fois le Fatah et le Hamas de constituer ce gouvernement d’unité nationale attendu depuis si longtemps ?

Hamdan. Le Hamas a signé un accord écrit avec le Fatah dans lequel il s’engage sur tous les points, y compris la formation d’un gouvernement d’unité nationale, avec une seule autorité nationale pour représenter tous les Palestiniens. Nous nous sommes également mis d’accord pour que les gardes présidentiels palestiniens prennent le contrôle des points de passage avec l’Égypte et Israël.

Je pense que Mahmoud Abbas [le président palestinien] n’est pas vraiment intéressé par la constitution d’un gouvernement d’unité avec le Hamas, en partie parce qu’il croit que le Hamas va remporter toutes les élections futures, alors que le Fatah a été affaibli par des rivalités internes.

De plus, il apparaît qu’Abbas ne croit pas dans le principe du partenariat ou du partage du pouvoir. Parce qu’il sait qu’une fois le partenariat instauré et, partant, le partage du pouvoir, les décisions ne seront plus prises arbitrairement ou par un seul homme comme c’est le cas aujourd’hui.

Al Jazeera. Quelle serait la position du Hamas si Israël acceptait de négocier un accord de paix s’appuyant sur son retrait dans les frontières de 1967, à condition que le futur État palestinien soit obligatoirement une entité démilitarisée ?

Hamdan. Nous avons la ferme conviction que les Palestiniens ont le droit à l’autodétermination. Une fois la qualité d’État réalisée, les Palestiniens décideront de la nature de cet État. Mais, quand les Israéliens dictent que l’État palestinien doit être un État désarmé ou démilitarisé, cela nous ennuie profondément.

Ce sont les Palestiniens qui sont attaqués, et les Palestiniens sont le camp le plus faible, si bien que, dès qu’Israël [le camp le plus fort] exige que le camp le plus faible soit dépouillé de sa capacité de se défendre quelles que soient les circonstances, cela signifie qu’Israël a l’intention de continuer à se comporter de la même façon qu’il le fait actuellement ; une suzeraineté de contrôle militaire et économique de nos existences.

Et quand les Israéliens, ou d’autres, parlent de « garanties de sécurité », en réalité, c’est nous, les Palestiniens, qui avons besoin de telles garanties, et non l’inverse. Et, si Israël dit qu’il veut vraiment la paix avec nous et dans la région, dans ce cas, il n’a pas besoin du gigantesque arsenal militaire dont il dispose actuellement.

Nous croyons que, quand Israël dit que nous devons être désarmés, il n’est vraiment pas sérieux à propos de la paix avec les Palestiniens.


Publié le 6 juin 2016 sur Al Jazeera
Traduction : Jean-Marie Flémal

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