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Ce que vaut une promesse d’Israël…

Luc Delval

Il y a dix ans, le gouvernement israélien avait fait la promesse à celui des États-Unis qu’il démolirait quelques colonies illégales * – 26 exactement, sur 120 officiellement dénombrées dans un rapport établi par une commission ad hoc à la demande du premier ministre israélien il y a sept ans – en Cisjordanie.

Une promesse faite, donc, au plus précieux des allié, à celui qui gave Israël de milliards de dollars d’aides militaires et économiques (car si les propagandistes pro-israéliens ne cessent de répéter que l’économie du pays est florissante, cela ne l’empêche pas d’accueillir sans hésitation ni reconnaissance les largesses de l’Oncle Sam, quitte ensuite à employer contre ses entreprises les pratiques d’espionnage économique et technologique les plus déloyales **).

Or donc, Washington a fait semblant de croire aux promesses israéliennes, ce qui est une condition indispensable pour pouvoir maintenir encore quelques temps l’énorme escroquerie morale et intellectuelle, la fiction du « processus de paix » (qui comme chacun sait n’est dans l’impasse qu’à cause des méchants Palestiniens qui sont pour la plupart musulmans et donc forcément au moins un peu terroristes) et son gadget de l’époque, la « feuille de route » (vers nulle part).

Dix ans plus tard, qu’advient-il de ces 26 « communautés » qu’Israël s’était engagé à démanteler ?

23 se portent comme un charme, et le quotidien israélien Haaretz (centre gauche) vient de donner des nouvelles de l’une d’entre elles dans un article publié le 17 juillet : le Ministère israélien de la Défense (qui a la haute main sur les territoires volés aux Palestiniens) a, par l’intermédiaire de son « administration civile« , engagé un architecte chargé de préparer le développement de Givat Sal’it (dont la construction avait été lancée en 2001 en mémoire d’un colon abattu par un combattant de la résistance palestinienne armée).

Et ce n’est qu’un premier pas : prochainement sera lancée la construction 475 nouvelles habitations dans les colonies de  Yakir, Oranit et Etz Efraim.

En 2002, l’Organisation Sioniste Mondiale avait déjà engagé un architecte pour assurer le développement de Givat Sal’it, mais en 2003 le gouvernement Sharon avait pris l’engagement, dans le cadre de la trop fameuse « feuille de route« , qui devait soi-disant conduire à la paix, de démanteler la colonie ainsi que 25 autres. Pour le reste, il appliqua la tactique classique : fermer une petite colonie sans intérêts stratégique, donner à la « tragédie » et au « sacrifice » colossal que cela représente le maximum d’écho médiatique, et pendant ce temps, le plus discrètement possible, créer dix autres « implantations » dans lesquelles les colons d’extrême-droite « sacrifiés » (à qui l’État distribuera au passage pas mal d’argent pour les « dédommager« ) trouveront un nouveau terrain de jeu… Haaretz a aussi fort bien expliqué la chose tout récemment.

En 2004, précise Haaretz, un rapport établi pour les services du premier ministre avait mis en évidence que si Givat Sal’it a été bati sur des « terres d’État » (autrement dit un territoire volé par l’État israélien aux Palestiniens), en revanche la route qui y conduit a été construite sur des terres privées palestiniennes, dont l’occupant s’est donc emparé sans prendre la peine de créer une apparence de légalité en les expropriant.

Dans les premiers jours du gouvernement Netanyahou, précise encore le quotidien israélien, le ministre de la défense Ehud Barak avait fait une déclaration dans laquelle il affirmait que l’engagement concernant la démolition des 26 colonies illégales devait être tenu.

Mais voilà, dit Haaretz, cette histoire de démolition de colonies n’intéresse plus vraiment Washington : Obama (qui avec raison ne fait pas de différence entre colonies « légales » et colonies « illégales », … ce qui le conduit à les accepter de facto toutes) s’en fiche éperdument, Hilary Clinton aussi, et par conséquent l’engagement pris est oublié, passé par pertes et profits comme la plupart de ceux qu’Israël a pu prendre un jour et oublier le lendemain.

Le porte-parole du mouvement « La Paix Maintenant » a déclaré que « les priorités du gouvernement restent fidèles seulement aux colonies. Non à un logement public, et non à l’assistance aux sans-abri, mais seulement à l’expansion et à la légitimation des avant-postes et des colonies dans les territoires« .

C’est avec ce gouvernement, et avec ce pays, que l’Union Européenne n’a de cesse de tisser des liens économiques de plus en plus étroits, sans se laisser impressionner par la manière très spéciale qu’ont les Israéliens de respecter leurs engagements vis-à-vis de leurs alliés privilégiés, ceux dont il devrait craindre le courroux (coucou).

On applaudit bien fort.

L.D.


* répétons une fois encore que TOUTES les colonies, implantations et autres « outposts » israéliens en territoire palestinien sont illégales en droit internationales, et que la distinction arbitrairement faite par Israël entre « colonies illégales » et celles qui prétendument ne le sont pas n’a aucune valeur juridique.
** lire à ce propos le petit livre fort instructif de Grant F. Smith : « Spy Trade – How Israel’s Lobby Undermines America’s Economy » – Editions de l’Institute for Research Middle Eastern Policy, Wishington. Document à l’appui, il démontre qu’ISraël ne respecte pas les accords commerciaux, pourtant fort déséquilibrés en sa faveur, conclus avec les USA, et se livre en toute impunité à un trafic d’armement international à très grande échelle. Bref, tout ce qui fait la définition d’un « état voyou », mais bien à l’abri de la colère de ses protecteurs grâce à des relais d’influence très puissants.

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