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Caterpillar a fait appel à des officines privées pour espionner les militants défendant la mémoire de Rachel Corrie

Le 16 mars 2003, Rachel Corrie, une militante pro-palestinienne, âgée de 23 ans et originaire de l’État de Washington (nord-ouest des États-Unis), membre de l’International Solidarity Movement (ISM), était écrasée par un monstrueux bulldozer “Caterpillar D9” blindé de l’armée israélienne. Elle participait à une action destinée à empêcher, ou à tout le moins à entraver, des démolitions de maisons palestiniennes par l’armée d’occupation, à Rafah (Bande de Gaza, à la frontière égyptienne). 

Des membres d’ISM présents sur les lieux ont affirmé que le conducteur du bulldozer l’a écrasée à deux reprises, de façon délibérée. La famille Corrie, qui a toujours soutenu l’action de Rachel, a entrepris des actions juridiques, visant principalement à obtenir que la responsabilité d’Israël soit reconnue. En 2012, la Cour Suprême israélienne a, sans surprise, mis un terme à ces actions en déboutant la famille Corrie

On apprend aujourd’hui, grâce à des fuites de documents provenant de la firme C2i International, que Caterpillar a fait appel au service d’officines privées d’espionnage pour collecter des informations sur “la stratégie légale” de la famille de Rachel Corrie

Ce genre de pratiques n’est l’apanage exclusif ni de Caterpillar ni de “l’affaire Corrie”, puisque les centaines de documents qui ont “fuité” montre que, par exemple, British Airways, la Royal Bank of Scotland et Porsche ne se privent pas d’y avoir recours.

Caterpillar avait engagé la firme C2i International, aujourd’hui disparue, pour espionner la campagne organisée par la famille Corrie, et pour cela la firme en question avait infiltré en son sein deux agents se faisant passer pour des sympathisants. Le but était semble-t-il d’être averti très précocement de toute action juridique ayant potentiellement des implications pour Caterpillar, et de connaître à l’avance les arguments et tactiques juridiques qui seraient utilisés.

La famille de Corrie avait effectivement intenté une action en justice contre Caterpillar, alléguant que l’entreprise était complice de crimes de guerre en exportant des bulldozers aux Israéliens sachant qu’ils seraient utilisés pour démolir des maisons palestiniennes. En 2007, un juge américain avait rejeté l’action, estimant qu’il n’avait pas compétence pour statuer sur l’affaire. Après ce verdict, C2i aurait fourni à Caterpillar une transcription d’un appel téléphonique que la mère de  Rachel Corrie avait adressé aux militants du comité de défense, au cours duquel était évoquée leur stratégie juridique et les prochaines étapes possibles dans leurs tentatives pour faire condamner Caterpillar pour crimes de guerre. Grâce à ses espions, Caterpillar pouvait donc voir les cartes de ses adversaires.

Les documents montrent aussi que Caterpillar a aussi eu recours aux services d’une autre officine d’espionnage privée pour surveiller des militants en 2005.

C2i a également espionné des groupes comme “Les Amis de la Terre”, Greenpeace et des groupes locaux (luttant par exemple contre la multiplications des relais de téléphonie sans fil, pour des raisons sanitaires), pour le compte des nombreux grands groupes qui étaient parmi ses clients. 

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