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Canada : l’inspection alimentaire ordonne le retrait de vins “made in Israel”… puis réalise qu’elle ne peut pas

Les services canadiens d’inspection des denrées alimentaires ont ordonné à des magasins de retirer de leurs rayons des vins produits en Cisjordanie mais identifiés par leurs étiquettes comme “made in Israel”, ce qui trompe le consommateur et contrevient à la réglementation canadienne.

MISE À JOUR : LE CONSOMMATEUR EST TROMPÉ, LE DROIT
INTERNATIONAL EST VIOLÉ, MAIS C’EST PAS GRAVE…

Le service canadien d’inspection des denrées alimentaires (Canadian Food Inspection Agency – CFIA) a été obligé de faire marche arrière de manière assez piteuse.

Est-ce à dire que contrairement à ce qu’estimaient les services du “Liquor Control Board” de l’Ontario la mention “made in Israel” sur des bouteilles de vin produites en Cisjordanie ne serait pas de nature à tromper le consom­mateur ?

Pas du tout. Mais voilà, les services officiels canadiens se sont avisés un peu tard que leur pays a conclu avec Israël un accord de libre-échange, le “Canada-Israel Free Trade Agreement” (CIFTA).

Le Canada raffole de ce genre d’accords. Il en a péniblement conclu un avec l’Union Européenne, le “CETA”, qui entrera “provisoirement” en application prochainement sans attendre sa ratification par les parlements des pays membres (des instances de plus en plus consultatives dans l’UE, où seuls les groupes de pression au service d’intérêts économiques paraissent encore jouir d’une réelle influence).

Quoi qu’il en soit, le CIFTA prévoit paraît-il explicitement – en contradiction flagrante avec le droit international et les multiples résolutions du Conseil de Sécurité et de l’AG de l’ONU – que les producteurs de vin installés dans des colonies juives de Cisjordanie y sont inclus. Par sa résolution 465 le Conseil de Sécurité de l’ONU (1/3/1980)considère que toutes les mesures prises par Israël pour modifier le caractère physique, la composition démo­graphique, la structures institutionnelle ou le statut des territoires palestiniens et des autres territoires arabes occupés depuis 1967, y compris Jérusalem, ou de toute partie de ceux-ci, n’ont aucune valeur en droit, et que la politique et les pratique d’Israël consistant à installer des éléments de sa population et de nouveaux immi­grants dans ces territoires constituent une violation flagrante de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre et font obstacle à l’instauration d’une paix d’ensemble, juste et durable, au Moyen-Orient” et il demande explicitement “à tous les États de ne fournir à Israël aucune assistance qui serait utilisée spécifiquement pour les colonies de peuplement des territoires occupés”.

Cette résolution est toujours en vigueur, et le Canada, en concluant avec Israël un traité de libre-échange qui fait référence aux colonies juives de Cisjordanie pour leur accorder des privilèges économiques, la viole gros­sière­ment. Ses dirigeants sont-ils prêts à en répondre devant la Cour Pénale internationale ?

Conclusion : oui les étiquettes de vin prétendument “made in Israel” sont de nature à tromper les consom­mateurs, mais c’est pas grave il y a un accord de libre échange qui le permet quand même (et le droit international tout le monde s’en fiche). Les bouteilles en question peuvent donc être vendues telles quelles, avec une apparence de légalité. 

Moralité : conclure des accords de cette nature, surtout avec Israël, sans en éplucher chaque paragraphe avec circonspection peut faire de vous les complices de violations graves du droit international et des droits humains. 

L.D.                 

Les colons israéliens et un groupe de pression juif ont réagi avec colère à cette décision, qui vise les entreprises vinicoles de Psagot et Shiloh, sises dans une colonie proche de Ramallah.

Dans une lettre, le “Liquor Control Board” de l’Ontario communique aux commerçants des instructions précises à propos de la réglementation de la “Canadian Food Inspection Agency” selon laquelle l’indication “made in Israel” n’est pas acceptable pour des vins élaborés à partir de raisins qui ont été récoltés, fermentés, élaborés, et mis en bouteilles en Cisjordanie occupée”. L’administration canadienne précise que cela vaut pour “tout autre territoire occupé par Israël en 1967”, et mentionne spécifiquement le plateau du Golan, Jérusalem-Est et la Bande de Gaza.

Tous les distributeurs sont invités à mettre fin à toute importation ou vente de produits étiquetés comme ‘Produit d’Israël’ provenant des entreprises viticoles mentionnées ci-dessus, ou d’autres situées dans la même région”, précise encore la lettre du “Liquor Control Board” de l’Ontario.

La position de l’administration canadienne est donc identique à celle de l’Union Européenne, qui a suscité tant de colère de la part du gouvernement Netanyahou.

Selon un rapport datant de 2011, il y a 29 entreprises productrices de vins dans les colonies juives de Cisjordanie et 14 sur le plateau du Golan (territoire syrien occupé), sur un total de 150 producteurs israéliens. La plus grande partie de la production est vendue sur le marché israélien.

Yacov Berg, le patron de “Psagot Winery” a indiqué qu’il produit ±300.000 bouteilles de vin par an, soit cent fois plus que lorsque l’entreprise a été créée, en 2003. 65% de la production se vend sur le marché local. Il se dit “étonné” par la position de l’administration canadienne.

Nous vivons en Judée et Samarie [1] en vertu de nos droits historiques, a-t-il déclaré. Le Canada, parmi tous les endroits au monde, est l’un de ceux qui ont été établis et développés sur la base de l’occupation et du sacrifice de la patrie d’un autre peuple et qui n’a pas de racines ou de légitimité historique à son existence, ne reconnaît pas le droit d’un Juif de vivre et de cultiver des vignes sur la terre héritée de ses ancêtres ?”. 


Source : Times of Israel, via Mondoweis

[1] nom donné, d’après la Bible, à la Cisjordanie par l’occupant israélien

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