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Bras de fer entre artistes et gouvernement israéliens autour du nouveau théâtre de Ariel

Le dramaturge israélien Shmouel Hasfari menace le théâtre Cameri de le poursuivre en justice si l’une de ses pièces est jouée au centre culturel d’Ariel, une des plus grandes colonies juives en Cisjordanie et fer de lance de l’intensification de la colonisation.  La pièce de théâtre de Shmouel Hasfari, “Havdala”, est restée inscrite à l’affiche au Centre culturel d’Ariel, en dépit de l’opposition du dramaturge.

Il y a une clause dans mon contrat qui stipule que chaque représentation de la pièce de théâtre en-dehors des frontières israéliennes exige la rédaction d’un nouveau contrat distinct”, dit-il. Pour le dramaturge, la Cisjordanie se situe bel et bien “en dehors des frontières israéliennes”, mais selon le directeur-général du Théâtre Cameri, Noam Semel (cité par le Jerusalem Post), au contraire, la clause en question “fait référence à d’éventuelles représentations en Autriche et en Allemagne”.

Shmouel Hasfari fait partie d’un groupe d’artistes et d’universitaires israéliens qui ont publié une lettre ouverte, vendredi, appelant au boycott du théâtre en question, car Ariel est “une implantation illégale qui va à l’encontre du droit international et des Principes de Genève, que l’État d’Israël a signés”.

Ariel n’est pas juste une autre communauté”, disent les signataires de la lettre ouverte, soulignant que le centre culturel a été construit à Ariel sur des terres confisquées. “À seulement quelques kilomètres d’Ariel, prospère et florissante, des Palestiniens vivent dans des camps de réfugiés, dans des conditions de vie difficiles et privés des droits humains fondamentaux. Non seulement ils n’ont pas le droit de voir des spectacles à Ariel, mais certains d’entre eux n’ont même pas accès à l’eau courante”, écrivent-ils.

Pour les signataires de la lettre ouverte, la colonie d’Ariel a été bâtie dans le seul but “d’empêcher les Palestiniens de fonder un État indépendant et, par extension, nous empêcher, nous, citoyens d’Israël, d’avoir l’opportunité de vivre en paix dans cette région”.

Le centre culturel doit être inauguré officiellement lundi.

Cette lettre ouverte se situe dans le prolongement du mouvement qui, au mois d’août avait déjà mobilisé des dizaines de personnalités israéliennes du monde du théâtre, qui avait en outre reçu le soutien de 150 universitaires.

Comme ce fut déjà le cas il y a des réactions très vives dans le monde politique. Avigdor Lieberman, en tant que président du parti d’extrême-droite Yisrael Beiteinu, a immédiatement exigé que les artistes coupables de vouloir boycotter la colonie d’Ariel ne puissent plus bénéficier d’aucun financement public, et qu’il leur soit interdit de se produire dans quelque manifestation financée par les pouvoirs publics israéliens que ce soit.

Pour Lieberman (cité par Haaretz), “les artistes bénéficient de la liberté d’expression, mais pas aux frais des contribuables. Ceux qui qualifient Israël d’État d’apartheid ne peuvent pas en tirer profit. Les gens qui ont signé cet appel ne représentent qu’un petit groupe marginal extrémiste au sein de la société israéliennes, et il n’y a aucune raison de financer leurs incitations à agir contre l’État. Tout le monde a le droit de critiquer la politique du gouvernement, et mettre en doute la légitimité de celui-ci ou de la Knesset, dont les membres ont été démocratiquement élus, et en même temps demander des financements de l’État« .

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