Dans l'actu

Boycott académique d’Israël : au-delà des mots d’ordre…

Des invitations qui se raréfient, davantage d’articles rejetés par des revues réputées, des recommandations qui se font attendre… Selon Judith Maltz, de Haaretz, les universitaires israéliens se sentent de plus en plus mis au ban de la communauté scientifique internationale. Et les dirigeants des universités israéliennes s’attendent à ce que le phénomène s’intensifie.

Les dirigeants des universités israéliennes se disent inquiets de constater de plus en plus d’indices d’un boycott officieux des universitaires israéliens par leurs homologues étrangers. Ces signes sont multiples : des collègues étrangers qui déclinent de plus en plus souvent les invitations à assister à une conférence organisée en Israël, l’absence de réponse aux demandes de lettres de recommandations en faveur de chercheurs israéliens qui souhaitent une promotion, le rejet d’articles scientifiques soumis par des chercheurs israéliens à une évaluation par leurs pairs étrangers,… L’hostilité envers Israël est rarement exprimée ouvertement, mais la multiplication des cas inquiète les dirigeants universitaires israéliens.

Toutefois, ils ont affirmé à la journalistes de Haaretz que le phénomène n’est pas extrêmement répandu, mais si on considère qu’il y a quelques années encore ils n’existait virtuellement pas, il a pris une ampleur qui les oblige à réflechir à la réponse adéquate. Ce « boycott latent » s’additionne en effet aux boycott « officiel », déclaré par d’importantes organisations universitaires et des syndicats étudiants aux Etats-Unis et en Europe (voir par exemple ici). « C’est une pente glissante« , dit Peretz Lavie, président de l’institut des sciences et de la technologie du « Technion » *, et président de l’association des dirigeants des universités israéliennes.

« Nous pourrions nous retrouver dans dix ans totalement isolés du monde universitaire, mais l’impact ne se limite pas à la sphère académique. C’est aussi d’économie et de haute technologie qu’il s’agit, et il est temps de réfléchir à ce que nous allons faire« , dit-il.

Menachem Ben-Sasson, président de l’Université Hébraïque de Jérusalem, constate que « habituellement les facultés envoient des demandes de recommandations à 7 ou 8 savants étrangers quand un de leurs membres est candidat à une promotion, et espèrent recevoir au moins 5 réponses.. Habituellement, ce processus prend de 6 à 8 mois, mais depuis l’été dernier, nous avons eu une dizaine de cas où cela a pris notablement plus de temps. Nous avons donc été obligés d’envoyer plus de demandes – de 12 à 15 – jusqu’à ce nous obtenions des réponses. Pour moi c’est un signe qui s’ajoutait aux absences de collègues étrangers à nos conférences, et c’est une source de préoccupations« .

 

Un phénomène similaire est observé lorsque des chercheurs israéliens soumettent des articles en vue de leur publication dans des revues universitaires, dit Zvi Ziegler, ex-professeur de mathématiques au Technion, qui anime un nouveau forum pour combattre le boycott académique. « Ce n’est pas très répandu, mais nous avons connaissance de cas où des professeurs israéliens ont envoyé des articles en vue de leur évaluation, et au lieu d’obtenir une réponse dans le délai habituel ils se sont retrouvés en bas de la pile« , affirme-t-il.

« Parfois, ce type de semi-boycott est dommageable, car dans certaines recherches le facteur temps est important, et elles perdent beaucoup de leur intérêt si elles sont publiées avec un retard important. Il y a aussi des cas où on nous dit tout simplement ne pas être intéressé par nos recherches, et dans quelques très rares cas c’est accompagné par une petite note qui dit clairement «nous n’aimons pas Israël». « .

La Présidente de l’Université Ben Gourion (Néguev), Rivka Carmi, estime qu’il y a une accumulation telle de plaintes émanant des facultés qu’on peut exclure qu’il s’agisse de coïncidences. « Il n’y a rien d’écrit sur papier, mais des chercheurs nous disent qu’ils recevaient régulièrement des invitations d’universités étrangères pour des présentations de recherches ou des keynotes, et soudainement plus rien. Un autre nous dit ne plus parvenir à faire publier ses travaux dans des revues importantes, alors que c’était le cas auparavant et que la qualité n’est pas en cause. Quand ils adressent des demandes de recommandations, ils sentent qu’on traine les pieds, personne n’a jamais le temps, toutes sortes d’excuses sont invoquées… on ne sait jamais réellement ce qu’il en est« .

Selon elle, le phénomène est perceptible depuis trois ans. Et Rivka Carmi craint que cela n’aille qu’en s’aggravant. « Est-ce qu’on peut affirmer que c’est l’effet de BDS ? Non, mais considérer qu’il ne s’agit que de cas isolés ou épisodiques, ce serait comme si alors que quelqu’un vous crache dessus vous disiez qu’il pleut. Je suis pour ma part tout à fait convaincue qu’il y a bien un boycott académique, et qu’il ne fera que devenir de plus en plus sévère au fil du temps. Ceux qui disent que ce n’est pas vrai et que nous sur-réagissons vivent tout simplement dans le déni« .


* Le « Technion », est étroitement associé à la mise au point de systèmes d’armes pour l’armée d’occupation

 

Print Friendly, PDF & Email