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Bierset, plaque tournante d’un opaque trafic avec Israël

Il y a un an, pendant l’offensive israélienne sur Gaza, la question du transit des armes via Bierset a été soulevée. Quelle est la nature des cargaisons qui transitent ou partent de l’aéroport régional de Liège-Bierset, plus particulièrement  en direction et en provenance d’Israël et de ses colonies ?

Amnesty International a souligné la difficulté de contrôler effectivement les cargaisons de l’aéroport et le Ministre des Finances Didier Reynders (MR) a indiqué qu’il ne pouvait pas fournir les listes précisant la nature du commerce avec Israël passant ou partant de Bierset.

La société CAL-LACHS (Cargo Air Lines-Liège Air Cargo Handling Services), ne cache pas sur son site qu’elle est spécialisée dans le commerce des produits dangereux et toxiques, ainsi que de pièces mécaniques, de drones (avions militaires sans pilotes), de fruits et fleurs en provenance d’Israël et de ses colonies.

Un de ses partenaires commerciaux, la compagnie AGREXCO-CARMEL, est le principal exportateur des produits des colonies et elle espère chaque année, à la Saint Valentin, faire d’importants bénéfices via les fleurs vendues sous différents labels dissimulant leur réelle origine (ex : made in Benelux, …)

Un minimum de transparence (et même davantage) s’imposerait, pour permettre de s’assurer notamment que les règles du « Code de conduite » européen sont respectées (il y a de bonnes raisons d’en douter), et que des fonds publics belges ne sont pas utilisés pour favoriser le business de l’occupation de la Palestine.

C’est pour ces raisons qu’une manifestations a eu lieu samedi (6 février) à Bierset à l’initiative de la section de Liège de l’Association Belgo-palestinienne, à qui s’étaient jointes de nombreuses autres :  l’Association des Palestiniens de Belgique, le MIR-IRG, le Comité Verviers-Palestine, le Comité de Soutien au Peuple Palestinien, le Mouvement Citoyen Palestine, Egalité, Intal, la Fédération de Liège du Parti Communiste W-B, la Plate-forme Charleroi-Palestine, la LCR-SAP, l’ABP/WB, la LCR-Liège, Marianne, le COBI, le PTB, le VPK, Génération Palestine, ATTAC Liège, La coordination des femmes citoyennes, le CADTM, le CPCR, le CNAPD, la MJS Fédération de Verviers,…

Manifestation à l’aéroport de BIERSET : STOP au business de l’occupation et de la colonisation  – de Luc Delval sur Vimeo.
D’autres vidéos sur la Palestine : http://vimeo.com/channels/81206

Dans la presse, il est régulièrement question de l’emploi et de la rentabilité financière de l’aéroport de Bierset, mais beaucoup moins de la transparence, de la sécurité et des contrôles douaniers, et de l’utilisation de l’aéroport régional de Liège au service d’un complexe militaro-industriel qui – parce que tel est son intérêt – vise à perpétuer l’état de guerre entre Israël et les Palestiniens.

Le 4 octobre 1992, un Boeing 747 de la société israélienne El Al s’écrase sur une série d’immeubles de Bijlmeer, aux Pays-Bas, tuant sur le coup, quarante-trois personnes dont les quatre membres de l’équipage et provoquant un dramatique et spectaculaire incendie dans cette banlieue d’Amsterdam (plusieurs films disponibles sur le net).

Peu de temps après l’accident, une série d’ « experts » équipés de tenues de protection sont vus investissant le lieu de l’accident. On constate aussi la mort de plusieurs animaux de compagnie. Très vite, la question se pose du type de produits composant le fret de ce Boeing 747 en provenance de New York et volant vers Tel Aviv. Le Ministre des transports de l’époque aux Pays-Bas déclare aussitôt que l’avion transportait « des fleurs et des parfums » et cette version sera la version officielle jusqu’en 1998.

En réalité, la question du commerce d’armes chimiques avec Israël venait de surgir sur la scène médiatique à l’occasion de cet accident dans une des zones les plus peuplées du monde : la boîte de Pandore était ouverte… Que s’est-il passé ?

Une enquête parlementaire aura lieu aux Pays-Bas, doublée d’une procédure judiciaire, mais en 1999 seulement !

Entre l’accident et l’enquête, il y a eu des centaines de plaintes tant de la part d’habitants de ce quartier pauvre où habitent beaucoup de migrants que du personnel présent sur place (des pompiers et d’autres secouristes, des travailleurs de l’aéroport) : pertes de cheveux, troubles respiratoires, articulaires, dermatologiques, cancers … Les médecins ne savaient pas comment traiter les patients par manque d’informations relatives aux causes des problèmes dont ils se plaignaient et pour lesquels ils voulaient les soigner. Très vite, on a suspecté que l’avion transportait autre chose que des fleurs et du parfum. Les investigations ont continué, les controverses se sont multipliées notamment au sujet de l’UA (uranium appauvri) présent dans le Boeing 747 et mis en cause très tôt après le drame par la LAKA, un centre hollandais de recherche et de documentation sur l’énergie nucléaire (Landerlijk (Anti) Kernergie Archief).
Lors du 6ème anniversaire du drame, alors qu’il y avait encore des centaines de plaintes, le gouvernement hollandais, le gouvernement israélien et la société El Al ont été contraints de dévoiler … partiellement… une toute autre version des choses.

Il s’est en effet avéré que l’avion en provenance des USA transportait notamment dans sa cargaison militaire d’importantes quantités de composés chimiques cyanogènes permettant la fabrication de gaz sarin.

Ces produits provenaient d’une filiale de Solvay aux USA (Solkatroniks) qui entretemps avait été vendue à Air Products. Ils étaient destinés à l’IIRB, l’Institut israélien de recherches biologiques situé à Ness Tziona, au Sud de Tel-Aviv. Mais la quantité était en fait bien plus importante que ce qu’Israël justifia à partir de ce moment là comme nécessaire pour sa défense (tests de masques à gaz) : il y avait en réalité dans l’avion qui s’est écrasé à Amsterdam de quoi produire un quart de tonne de ce gaz à usage militaire.

Cela violait les traités signés par les USA et cela à un moment délicat au niveau international (1ère guerre d’Irak), cependant, en 1998 il n’était plus possible de garder secret ce commerce dangereux. Le parlement des Pays-Bas s’est donc résolu à ouvrir une enquête publique.

Elle produisit en 1999 un très gros rapport de 2000 pages, mais les Etats-Unis ont été absents dans cette enquête.

Pendant ce temps, les habitants craignaient que des armes soient encore transportées en secre car les vols continuaient entre New York et Tel-Aviv via Amsterdam.

Les vols commerciaux ont commencé à Bierset en 1996 vers New-York et Tel-Aviv. La société israélienne CAL (Cargo Airlines) s’est installée à ce moment là sur l’aéroport liégeois. Elle louait d’abord des avions à El Al mais ensuite elle a commencé l’exploitation de services réguliers avec ses propres avions. La société israélienne LACHS, dont CAL est actionnaire, s’est également installée à Bierset en 1997, afin d’assurer la logistique.

La société israélienne Cargo Air Lines (CAL)

CAL est responsable entre autre du commerce des produits agricoles et horticoles de la société AGREXCO, une société israélienne dont la moitié du capital est propriété de l’Etat d’Israël, et qui a du reconnaître lors d’un procès en Grande-Bretagne participer au commerce de 70% des produits des colonies israéliennes implantées dans les territoires palestiniens occupés notamment dans la vallée du Jourdain (des produits de marques Carmel, Jaffa, Sabra … que nous trouvons dans les grandes surfaces ou sur les marchés européens commercialisés ici de manière trompeuse en tant que « produits d’Israël ». Quant aux fleurs en provenance d’Israël et de ses colonies, elles sont très vite exportées « door to door » vers les Pays-Bas d’où elles peuvent être réexportées vers toute l’Europe comme « fleurs de Hollande », « fleurs du Benelux » …

Mais CAL ne transporte pas que des poivrons, des tomates, des fleurs …d’Israël et de ses colonies. Sur son site (www.cal.co.il), CAL se présente comme une société spécialisée également dans le transport de produits toxiques et dangereux, de matériel inflammable et explosif, de substances magnétiques et radioactives et comme spécialiste du transport de produits de haute technologie (drones, satellites …). CAL précise que le matériel transporté est autorisé par l’autorité responsable de l’aviation civile et que le personnel reçoit toutes les infos.

La transparence, les douanes et la sécurité à Bierset

En 2000, lors d’une étude qu’il a effectuée avec d’autres sur l’efficience des investissements wallons (coûts et gains cachés) pour les activités nocturnes de Bierset, Souhail Chichah a indiqué combien était difficile la coopération avec la société et ses responsables dans la recherche d’informations complètes, fiables et comparables.

De son côté, Amnesty International a encore évoqué le 29 mai 2008, à l’occasion de la semaine d’action sur les armes légères, les problèmes que rencontraient les douaniers pour contrôler la totalité des conteneurs transitant chaque année dans notre pays, notamment par Bierset .

D’autre part, l’A.S.B.L. Net Sky a publié beaucoup d’informations critiques sur la concertation des citoyens avec la Région Wallonne et sur les inquiétudes et les plaintes des riverains, non seulement au niveau des vols de nuit mais aussi de la sécurité et de l’environnement ( on trouve notamment sur ce site séparé d’une quinzaine de kilomètres du centre de Liège, un important parc pétrolier, et il est établi sur une importante nappe aquifère fournissant de l’eau potable à la région liégeoise).

De plus trois zonings industriels sont directement menacés par les vols à Bierset: la poudrerie de Hermalle, la centrale nucléaire de Tihange et l’usine chimique d’Engis. Un crash à cet endroit pourrait intoxiquer immé­diate­ment plusieurs milliers de personnes.

Last but not least, début 2009, dans le cadre de l’attaque de Gaza, Bierset s’est retrouvé au centre de la polémique du commerce des armes avec Israël après la publication d’une carte blanche du MIR-IRG et de Vredeactie (Le Soir, 15 janvier 2009) où il était question de Bierset comme plaque tournante du transit d’armes vers et en provenance d’Israël, pays qui viole de nombreux critères du Code de conduite européen.

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