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A Berlin, Netanyahou réaffirme son refus de négocier dans le respect du droit international

Luc Delval

Benjamin Netanyahou était mardi à Berlin, où il allait chercher l’appui d’Angela Merkel pour torpiller l’initiative de paix de la France, qui veut convoquer une “conférence de paix” à Paris l’été prochain.

Cela n’a pas manqué : Angela Merkel a réaffirmé l’engagement de l’Allemagne en faveur de la “solutions à deux États”, cette fadaise dont l’homme qu’elle avait devant elle n’a cessé de répéter depuis des années et sur tous les tons – même quand les mots sortant de sa bouche paraissaient dire l’inverse – qu’il n’en veut à aucun prix, tandis que dans les sphères dirigeantes européennes il n’y a de consensus que pour feindre de ne pas comprendre…

La nouvelle “conférence de paix” à laquelle Netanyahou se déclare ouvertement hostile est une initiative lancée par Laurent Fabius avant de quitter le Quai d’Orsay lors du remaniement ministériel qui vient d’avoir lieu à Paris. Fabius avait aussi indiqué que la France reconnaîtrait l’État de Palestine au cas où cette conférence échouerait. Selon Netanyahou cette annonce était le meilleur moyen de garantir l’échec de la conférence, et comme cet échec dépend avant tout de lui on peut être sûr que la prophétie se réalisera.

Pour Netanyahou, «il n’y a qu’un seul moyen de progresser vers la paix : des négociations directes sans condi­tions préalables entre les parties. Toute personne qui s’écarte de ceci ne permettra pas d’avancer vers des négo­cia­tions couronnées de succès», a-t-il dit au cours d’une conférence de presse à Berlin.

Ce langage n’est pas nouveau. Il vise à donner l’impression aux occidentaux que – comme d’habitude – Israël a une attitude ouverte et s’avance la main tendue vers l’adversaire palestinien, qui une fois de plus “ne rate pas une occasion de rater une occasion” (variante de l’antienne “il n’y a pas de partenaire palestinien pour faire la paixinventée par Ehud Barak voilà 15 ans).

C’est une tactique de communication parfaitement classique chez Netanyahou. Que faut-il entendre, en fait, par “négociations sans conditions préalables entre les parties” ? Qu’est-ce que cela signifie en réalité ?

B. Netanyahu émerge de l'écoutille du Rahav, le 5ème sous-marin fourni par l'Allemagne à Israël (en grande partie aux frais des contribuables allemands)

B. Netanyahu émerge de l’écoutille du 5ème sous-marin fourni par l’Allemagne à Israël (en grande partie aux frais des contribuables allemands), qui mettent le monde entier à la portée de missiles porteurs de têtes nucléaires israéliennes.

Comme le soulignait Alain Gresh en 2009 :

Les gouvernements israéliens successifs ont toujours été prêts à négocier, à rencontrer tel ou tel leader arabe. A une seule condition, si l’on peut dire : c’est qu’il n’y ait aucune condition. Cette mention (« sans conditions préalables ») n’a qu’une signification : le refus israélien du droit international comme base de négociations…

Prenons un exemple pour être clair. En 1990, l’Irak envahit le Koweït, la famille royale s’enfuit. Quelle aurait été la réaction internationale si Saddam Hussein avait annoncé qu’il était prêt à négocier “sans conditions préalables” avec la dynastie Al-Sabah ? Tout le monde aurait compris que c’était une manœu­vre et que, compte tenu des rapports de force, ces négociations, si elles avaient eu lieu, n’auraient pu déboucher sur aucun accord.

Lors de la conférence d’Annapolis de novembre 2007, bien oubliée malgré les « espoirs » qu’elle avait suscités dans les médias, une déclaration israélo-palestinienne avait été adoptée. J’expliquais alors : « Le plus inquiétant dans la déclaration commune, c’est l’absence de toute base juridique ou légale aux négociations. Il n’y a aucune référence au droit international, ni même à la résolution 242 du Conseil de sécurité et à l’idée d’échange de la paix contre les territoires. Les deux parties s’engagent à “des négociations bilatérales en toute bonne foi”.

En toute bonne foi ? Mais que signifie ce terme ? Ehoud Olmert pense, “en toute bonne foi”, que Jérusalem, y compris sa partie arabe conquise en 1967, est “territoire israélien” ; il pense “en toute bonne foi” que les grands blocs de colonies doivent être annexés à Israël. Il pense aussi, “en toute bonne foi”, que la sécurité des Israéliens est plus importante que celle des Palestiniens. »

Aujourd’hui, Netanayhou pense, « en toute bonne foi », que la Cisjordanie est une partie d’Erez-Israël et que les Palestiniens devraient émigrer dans un des multiples pays arabes. Il pense, « en toute bonne foi », que le Golan est essentiel à la sécurité d’Israël et qu’on ne peut s’en retirer.

Si une “conférence de paix” a bien lieu à Paris l’été prochain – comme une intense activité diplomatiques française le donne à penser – elle est forcément vouée à l’échec, dès lors que

  1. la partie au conflit la plus puissante annonce sans guère prendre de gants qu’elle y est hostile et que
  2. les Européens s’obstinent à ne vouloir rien entendre d’autre que la “solution à deux États”.

Cette “solution”, au demeurant ni équitable ni viable, Israël s’est ingénié à la rendre impossible depuis bientôt 50 ans et l’illusion – l’illusion seulement – n’en a été maintenue en vie que parce que le temps qui passait permettait à l’occupant israélien de continuer à grignoter jour après jour le territoire qui est l’enjeu du prétendu “processus de paix”.

Cette “solution”, Israël n’a jamais eu l’intention un seul instant de permettre qu’elle se réalise, et rien n’a jamais été entrepris pour l’y contraindre. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on ne voit pas pourquoi une initia­tive de la France – dont l’image n’est pas au zénith sur la scène internationale – permettrait de sortir de l’impasse.

L’initiative française, si elle ne s’accompagne pas d’un véritable changement de paradigme que rien n’annonce, n’est donc qu’un rideau de fumée supplémentaire, qui trouve peut-être son origine dans l’intention prêtée à Laurent Fabius avant qu’il soit désigné à la présidence du Conseil constitutionnel français de briguer un Prix Nobel de la Paix.

Quoi qu’il en soit, l’idée de cette conférence a été accueillie avec enthousiasme par Mahmoud Abbas, dont la survie politique et économique repose sur la perpétuation d’un “processus de paix” qui, s’il n’est en aucun cas en mesure d’apporter la paix et la justice à son peuple, a le mérite de lui garantir des rétributions tant symboliques que monétaires non négligeables. Que ne ferait-on pour garder son strapontin dans le cercle des chefs d’État ?

L.D.

 

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