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Belle mobilisation pour Georges Ibrahim Abdallah, otage de l’Etat français

Myriam De Ly

Une semaine internationale d’actions pour Georges Abdallah, emprisonné depuis 32 ans,  vient de se clôturer. Des mobilisations sous différentes formes ont eu lieu à Marseille, New York, Gaza, Istanbul, Thessalonique, Paris, Toulouse, Berlin, Bordeaux, Beyrouth, Lyon, Athènes, Tunis, Milan et bien d’autres villes …
Pour finir, une manifestation de plus de 400 personnes et de nombreuses associations a eu lieu devant la prison de haute sécurité de Lannemezan dans les Hautes Pyrenées, où ce communiste libanais est incarcéré.

Mais qui est Georges Abdallah ?

dsc01178-copyLibérable depuis 1999, après 9 refus de libération conditionnelle, ce prisonnier politique condamné pour complicité d’assassinat subit l’acharnement de l’Etat français, avec la complicité des Etats-Unis et d’Israël. Pour en savoir plus, vous pouvez lire l’article que nous avons publié en 2012 sur ce site.

Dans son intervention face aux grilles de la prison, Jean-Louis Chalanset, l’avocat de Georges explique que son client ne fera désormais plus des demandes de libération conditionnelle. Il refuse de subir des nouvelles humiliations (visite chez des psychiatres, etc) et compte désormais sur les mobilisations en France et dans le monde, qui devront construire un nouveau rapport de force.

Georges Abdallah est toujours resté fidèle à ses engagements. Une note des services secrets français en 2007 décrit Georges en ces termes : « Personnalité emblématique de la lutte anti-sioniste, la libération de Georges Abdellah constituerait sans nul doute, au Liban, un événement. Il sera probablement fêté comme un héros à son retour dans son pays, mais aussi par différentes mouvances engagées dans la lutte révolutionnaire. » Et voilà donc pourquoi Georges reste l’otage de l’Etat français.

Dernièrement, Georges a fait la grève de la faim en solidarité avec le prisonnier palestinien Bilal Kayed. Khaled Barakat, militant palestinien et coordinateur de la campagne de libération pour Ahmad Sa’adat (secrétaire général du FPLP) et Charlotte Kates, coordinatrice de Samidoun, réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens, qui se sont fortement impliqués dans la campagne pour Georges, prennent d’ailleurs la parole devant la prison.

Belle expérience

Afin de mieux m’impliquer dans la campagne de libération pour Georges, je me suis rendue à Bordeaux, où j’ai été accueilli par les membres du collectif « Libérons-Georges 33 ». Une soirée de solidarité avec une centaine de participants, une pièce de théâtre en soutien aux migrants et à Georges, un film sur la Palestine, un débat avec Julien Salingue… et le lendemain, le départ vers Lannemezan, un trajet de quelques 300 km, que ces militants parcourent régulièrement pour rendre visite à Georges. Belles rencontres solidaires avec Sakina, Myriam, Mireille, Josefa et Jean-Pierre … qui m’ont aussi permis à mieux connaître la personnalité de Georges (« Georges, c’est la résistance comme on l’aime »), un homme qui se tient debout grâce à la solidarité, mais qui insuffle aussi le courage à celles et ceux qui le visitent. Georges est un homme respecté dans la prison : par les autres prisonniers politiques (des basques) ou autres et même par les matons. Pendant la manif, lorsque nous frappons sur les grilles entourant la prison, les prisonniers nous ont répondu en faisant du bruit à leur tour.

Il est de nos luttes, nous sommes de son combat …

Pendant le rassemblement devant la prison, des intervenants appellent à passer d’un mouvement de soutien à un mouvement d’engagement et de solidarité plus large avec la population. Et c’est possible, comme l’expliquent les camarades parisiens.

dsc01163-copy« Sur Saint-Denis, nous avons patiemment informé et récolté du soutien des habitants… Nous avons obtenu un premier acquis : la mairie a du reconnaître ce soutien populaire et un bus a ainsi été affrété, une grande salle pour un meeting est programmée. Nous devons faire de Georges Abdallah le citoyen d’honneur de Saint-Denis, comme dans le Nord et comme ce fut le cas à Bagnolet. »

Des appels sont également lancés à la convergence des luttes : à ce que tous les comités Palestine se mobilisent pour Georges Abdallah, à ce que les collectifs de soutien à Georges se mobilisent contre les guerres menées par la France … Dans le rassemblement : plusieurs calicots et panneaux en soutien à la campagne BDS. Je profite de la fin du rassemblement pour prendre quelques photos pour notre galérie « Je boycotte Israël ».

Une chose que nous pouvons faire toutes et tous : écrire à Georges, à l’adresse suivante :

Monsieur Georges Ibrahim Abdallah
2388/A221 CP de Lannemezan
204 rue de s Saligues
BP 70166
65307 Lannemezan Cedex

Vous trouvez ci-dessous la lettre que Georges a écrite pour la manifestation et qui a été lue devant les grilles de la prison :

Cher«e»s camarades, Cher«e»s ami«e»s,

 À l’aube de cette 33ème année de captivité, votre mobilisation dans la diversité de votre engagement, m’apporte beaucoup de force et me fait chaud au cœur.
En dépit de ces abominables murs, ces  barbelés et autres miradors, l’écho de votre rassemblement aujourd’hui susciteici une ambiance toute particulière d’éveil, d’enthousiasme et d’humanité.  Et de toute façon elle est bien différente de la platitude mortifère  de la quotidienneté carcérale… Certainement vous n’êtes pas sans savoir Camarades, que c’est aussi grâce à ces diverses initiatives solidaires que l’on peut tenir debout dans ces sinistres lieux. Des années, de très longues années de captivité, me confortent dans la conviction que face à la politique d’anéantissement dont font l’objet les protagonistes révolutionnaires incarcérés, c’est toujours dans la mobilisation solidaire assumée sur le terrain de la lutte anticapitaliste / anti-impérialiste que l’on peut apporter le soutien le plus significatif à nos camarades embastillés  et fortifier leur résistance. 
Nous savons tous camarades que de nos jours, démasquer « l’acharnement judiciaire » et tout ce qui ressemble plutôt à « une vengeance d’État » ne sera d’une quelconque efficacité quant à la libération de nos camarades, que dans la mesure où l’on arrive à inscrire  cette  démarche dans le processus global de la lutte en vue d’un changement de rapport de forces entre révolution et contre révolution préventive. Encore faut-il préciser camarades, brièvement que le dits «  acharnement judiciaire » et « vengeance d’État » ne sont jamais fortuits ou gratuits, ils s’inscrivent d’emblée et d’une manière systématique dans la dynamique globale de la contre-révolution préventive… Des geôles sionistes à celles du Maroc, des cellules d’isolement en Turquie à celles encore plus sombres en Grèce, aux Philippines et ailleurs en Europe et de par le monde, c’est toujours le même constat : l’acharnement judiciaire n’est qu’un élément d’une large panoplie mise à disposition de la contre-révolution préventive. Bien entendu cette panoplie des mesures et des lois ne cesse de s’étoffer toujours plus Camarades, en ces temps de crise générale qui ébranle les piliers du système au niveau mondial. 
À mes côtés ici des valeureux camarades basques font toujours l’objet d’un acharnement  que rien ne justifie plus. Qu’ils soient malades ou pas, le refus est toujours la seule réponse à toutes leurs demandes d’ «aménagement des peines ».  Et pourtant on aurait pu s’attendre à autre chose suite à l’initiative toujours en cours de leur principale organisation de lutte.
En fait camarades, dans la guerre déchainée contre les masses populaires et les protagonistes révolutionnaires agissant contre le système au sein des mouvements des luttes en cours, les impérialistes et autres réactionnaires de tous bords, cherchent par tous les moyens à transformer les prisonniers révolutionnaires d’une référence de lutte en un exemple servant à terroriser les rebelles récalcitrants. C’est pourquoi il leur faut absolument à défaut de pouvoir les briser afin qu’ils abjurent et renient leurs convictions, les enterrer vivants et ainsi s’en servir le plus longtemps possible pour peser sur le moral de ceux et celles qui luttent. 
Gare à celui ou celle qui se permet la moindre incartade, le cas échéant retour à la case départ… Jean-Marc Rouillan en sait quelque chose… Il parait qu’il a blasphémé et les magistrats sont là pour sévir…
  
 Cher«e»s camarades, Cher«e»s ami«e»s, il y a juste un an la troisième Intifada palestinienne a commencé, le jour où le jeune Mohannad al Halabi est tombé martyr à Al Qods face à la soldatesque sioniste… et depuis des jeunes et des moins jeunes l’ont suivi et continuent jusqu’aujourd’hui : ainsi Mousbah abou Sbaih l’un des derniers martyrs tombés aussi à Al Qods comme une réponse à tous ceux et celles qui ne cessent d’annoncer la fin de cette Intifada… Bien entendu il y a toujours des critiques légitimes et il y en aura toujours ; seulement face à l’occupation et la barbarie de l’occupant la première réponse légitime que l’on doit afficher avant tout autre chose est la solidarité toute la solidarité avec ceux et celles qui par leur sang  et souvent à mains nues font face la soldatesque de l’occupation.
Les conditions de détention dans les geôles sionistes ne cessent de s’empirer de jour en jour. Et comme vous le savez Camarades, pour y faire face la solidarité internationale s’avère une arme indispensable… 
Bien entendu les masses populaires palestiniennes et leurs avant-gardes révolutionnaires peuvent toujours compter sur votre mobilisation. C’est une belle occasion pour dire au criminel  Netanyahou et ses consorts que le peuple Palestinien n’est pas seul.

Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur des masses populaires en lutte !
Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur des révolutionnaires qui résistent dans les geôles sionistes et dans les cellules d’isolement au Maroc, en Turquie, en Grèce, aux Philippines et ailleurs de par le monde ! 
À bas l’impérialisme et ses chiens de garde sionistes et autres réactionnaires arabes ! 
Honneur aux Martyrs et aux masses populaires en lutte ! 
La solidarité, toute la solidarité avec la lutte du peuple palestinien et ses Résistants incarcérés ! 
La solidarité toute la solidarité avec les camarades grévistes de la faim dans les geôles marocaines !
Honneurs aux valeureux combattants du PKK.
Le capitalisme n’est plus que barbarie.
Ensemble camarades et ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons ! 
À vous tous Camarades, mes plus chaleureuses salutations Révolutionnaires.
Votre camarade Georges Abdallah


Merci à Jean-Pierre pour ses photos

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