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Christiane Taubira : “le boycott n’est pas raciste, mais…

L’ancienne Garde des Sceaux, Christiane Taubira, avait été interrogée par Médiapart sur le point de savoir si la circulaire Alliot-Marie était légitime, et si le boycott – quel qu’en soit la cible – devait être considéré comme raciste en son essence.

Manifestement, Mme Taubira, connue pour son éloquence et son sens de la répartie, est quelque peu gênée aux entournures.

Elle commence par affirmer que “objectivement, dans l’histoire des luttes, aussi bien en France qu’ailleurs, le boycott est un acte militant”, mais aussitôt après elle assortit ce premier jugement de considérations un peu plus embrouillées, ajoutant qu’il “ne faut pas idéaliser non plus la lutte contre l’apartheid, le boycott, c’était pas…”. Un terrain glissant qu’elle abandonne sans aller jusqu’au bout de sa pensée.

Il lui faut manifestement quelques secondes pour trouver comment s’en sortir. Ce qu’elle fera finalement avec ce qui sonne un peu comme un aveu : “c’est pas la peine de se cacher derrière son petit doigt, ça pose problème parce que ça concerne essentiellement Israël”. Voilà qui est plus clair : Israël n’est pas un État comme les autres, quand on s’en prend à lui “ça pose problème” et qu’importent le droit et la morale… “ça pose problème”.

Christiane Taubira, il est vrai, est à ce moment membre d’un gouvernement dont le Premier Ministre s’est déclaré “lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël”. Sa position n’est donc pas confortable, et cet esprit d’élite a bien du mal à démêler l’écheveau de considérations contradictoires qui lui viennent à l’esprit.

«…disons les choses clairement, ça pose problème parce que ça
concerne essentiellement Israël…
»

Elle concèdera malgré tout que “ce qui pose problème ce n’est pas le boycott mais les dérives (éventuelles) du boycott”, et affirme qu’elle reste personnellement convaincue que le boycott est bien un acte militant.

Et elle conclut sur un autre aveu : son cabinet “travaille sur ce sujet à risques” et pour ce faire a des concertations… avec les “responsables d’institutions juives”. Et – pour autant qu’on puisse savoir à la lumière de ses explications – uniquement avec eux (et des parlementaires, non identifiés).

Les “responsables de institutions juives” sont donc officiellement, aux yeux de la Garde des Sceaux, les garants des intérêts moraux et matériels de l’État d’Israël.

Car – en dépit de déclarations honteuses de Michèle Alliot-Marie, qui a osé affirmer que BDS visait les “entreprises juives” et même “les magasins kasher” – c’est bien de la politique d’un État qu’il s’agit. Et même si les dirigeants du CRIF (on suppose que c’est principalement d’eux que parle Mme Taubira) ne cessent d’impliquer sans les consulter tous les Juifs de France aux côtés de cet État, il est quand même stupéfiant de voir les autorités de la République instituer une organisation communautaire comme quasi-représentation diplomatique “bis” de cet État.

L.D.