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BDS : Philippe Moureaux dans les pas de Lieberman, la franchise en moins ?

A LA SUITE DES PROTESTATIONS SUSCITÉES
PAR L’INTERDICTION ILLÉGALE DONT IL EST QUESTION CI-DESSOUS, LA COMMUNE
DE MOLENBEEK-St-JEAN A FAIT MARCHE ARRIÈRE : L’ACTION EST AUTORISÉE

Il n’en reste pas moins que l’analyse développée ci-dessous reste valable, et que
la vigilance s’impose plus que jamais.

Le Parlement israélien vient, on le sait, de voter une loi qui interdit tout appel au boycott des produits des colonies israéliennes de Cisjordanie. Le vote de cette loi a, à juste titre, soulevé des tempêtes de protestations, non seulement en Israël (où de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer la fascisation progressive du régime), mais aussi à l’étranger. Le Département d’État américain lui-même a exprimé « sa préoccupation », l’Union Europénne lui a (c’est une seconde nature) emboîté le pas. Et même l’AIPAC, le fer de lance du lobby pro-israélien aux États-Unis a désapprouvé une loi portant atteinte à une liberté fondamentale, à savoir la liberté d’expression.

En France, on a vu se multiplier les poursuite judiciaires contre des militants pro-palestiniens engagés dans la campagne BDS, et le pouvoir a en outre mené une campagne diffamatoire contre eux (Michèle Alliot-Marie, la copine à Ben Ali dont elle avait parfaitement assimilé certaines méthodes, allant jusqu’à prétendre que BDS lançait des appels au « boycott des produits kasher« ).

En Belgique, rien de tout cela. En fait, c’est plus sournois. Lors d’actions militantes dans le cadre de BDS, des bourgmestres refusent les autorisations demandées, parfois au nom du maintien de l’ordre (la pénurie de main d’œuvre policière est parfois invoquée, ce qui revient à utiliser l’incapacité supposée des pouvoirs publics à assurer leurs missions pour restreindre les droits des citoyens), tantôt sans même prendre la peine de motiver leur décision (au mépris de la loi, qui dispose que tout acte administratif doit être dûment motivé).

C’est la tactique que vient d’adopter le bourgmestre de Molenbeek, qui interdit à des militants bruxellois de mener une action en faveur du boycott des dattes provenant d’Israël, prévue station de métro « Comte de Flandre » ce jeudi 28 juillet.

Par des voies détournées, et sans avoir la brutale franchise d’un Avigdor Lieberman, le bourgmestre de Molenbeek, Philippe Moureaux (PS), le rejoint donc en quelque sorte dans une volonté d’interdire à tout prix une campagne BDS sur le territoire de sa commune, sans même prendre la peine de respecter les formes légales.

C’est une tendance inquiétante qui semble partagée par plusieurs bourgmestres « socialistes » de l’agglomération de Bruxelles-capitale, qui semblent enclins à prendre quelques libertés avec l’esprit et la lettre de la loi lorsqu’il s’agit d’Israël et qu’ils sont soumis à des pressions des milieux sionistes.

Il y a quelques mois, une action consistant à simuler un « checkpoint » israélien dans la rue Neuve, au cœur du centre-ville qui paraît ne plus exister que pour servir les intérêts des marchands, avait ainsi suscité des protestations. Le Centre Communautaire Laïc Juif (CCLJ) croyait pouvoir affirmer que «au vu de la violence du scénario, des hurlements des « soldats », des empoignades y compris à l’égard de jeunes enfants, on peut dire que les organisateurs ont été loin de respecter le contrat auquel ils s’étaient engagés» vis-à-vis des autorités de la Ville de Bruxelles.

C’est que, dans une lettre, le bourgmestre (PS lui aussi) de Bruxelles, Freddy Thielemans (tout ému sans doute au souvenir de son récent voyage à Tel Aviv pour offrir à la capitale israélienne un tapis de fleurs), avait affirmé que « … il apparaît clairement que les organisateurs ont dépassé les limites qui leur étaient fixées. Je regrette donc les proportions que l’évènement a pu prendre et déplore le fait que des personnes aient pu en être choquées (…)  J’ai demandé à mes services de police d’être très vigilants à l’avenir quant à l’autorisation de ce type d’actions sur l’espace public. Tout en préservant le droit à la liberté d’expression, nous mettrons tout en œuvre pour éviter qu’un tel scénario ne se reproduise ».

D’une part, la soi-disant « violence du scénario » était très en retrait par rapport à la réalité qu’il s’agissait de faire percevoir par le public des badauds de la rue Neuve. Mais surtout, si on lit bien ce qu’affirmait le bourgmestre, l’autorisation qu’il avait – cette fois-là – délivrée était subordonnée à autre chose que le respect de la loi : il fallait aussi que le mode d’expression choisi ne soit pas de nature à choquer qui que ce soit… dans les milieux sionistes qui se plaignaient, accusent, dénigrent, calomnient.

Or, ceci est une violation flagrante de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, en vertu d’une abondante et constante jurisprudence de la Cour Européenne du même nom (CEDH), qui ne cesse de répéter dans maints arrêts que :  «la liberté d’expression vaut non seulement pour des ‘informations’ ou ‘idées’ accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi celles qui heurtent, choquent ou inquiètent

Le droit de manifester pacifiquement – c’est-à-dire sans exercer de violence à l’égard de quiconque et sans atteinte aux biens – sur la voie publique n’est qu’une modalité de la liberté d’expression, au même titre que les autres.

De quel droit, dès lors, un bourgmestre peut-il prétendre fixer des limites à cette liberté d’expression au seul motif qu’elle prendrait des formes qui seraient – prétendument – de nature à choquer « des personnes » (lesquelles ? combien ? pourquoi ?).   Est-il d’ailleurs possible d’exprimer quelque opinion que ce soit – hormis «je suis pour tout de ce qui est bien et contre tout ce qui est mal», et encore – sans risquer de choquer qui que ce soit ?

La prétention d’un bourgmestre à sélectionner les « bonnes » et les « mauvaises » manifestations sur d’autres critères que l’absence de trouble manifeste à l’ordre public, les « bonnes » étant celles dont les organisateurs  s’engageraient à ne rien dire ou faire qui puisse choquer quiconque, ce qui revient à s’engager à ne rien dire ni faire, est donc une porte grande ouverte à l’arbitraire et à la censure préalable, que la Constitution (aux dernières nouvelles) exclut formellement.

La même Cour Européenne des Droits de l’Homme considère d’ailleurs (dans une affaire concernant des distributions de tracts) que «dans une société démocratique, même des petits groupes militants non officiels […] doivent pouvoir mener leurs activités de manière effective et qu’il existe un net intérêt général à autoriser de tels groupes et les particuliers en dehors du courant dominant à contribuer au débat public par la diffusion d’informations et d’opinions sur des sujets d’intérêt général» (Arrêt Steel et Morris vs Royaume-Uni, ref 68416/01 – § 89).

On objectera, non sans raison, que dans les grandes villes l’espace publique est une « ressource rare » dont il s’impose de réguler l’usage : tout le monde ne peut pas manifester tout le temps, partout et à tout propos, faute de quoi une ville ne peut plus « fonctionner ». Elle a d’autres fonctions légitimes que de servir de scène à toutes les protestations.

Sans doute. Mais il incombe alors au minimum aux pouvoirs publics de préciser selon quels critères, non partisans et détachés de considérations idéologiques, religieuses ou inspirées par des intérêts quelconques, ils interdisent ceci et autorisent cela.

Quoi qu’il en soit, la Coordination Boycott Israël (COBI) a décidé de passer outre la décision du bourgmestre de Molenbeek, qui est en  tout état de cause illégale puisque non motivée.

L’action « N’ACHETEZ PAS DE DATTES ISRAÉLIENNES » aura donc bien lieu
RENDEZ-VOUS EST FIXE AU MÉTRO « COMTE DE FLANDRE » CE JEUDI 28 à 11 HEURES
Ca se passe là :
http://maps.google.be/maps?q=Comte+de+Flandre+1,+Molenbeek-Saint-Jean,+Bruxelles&hl=fr&sll=50.805935,4.432983&sspn=3.867221,7.064209&z=16

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