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BDS : Israël publie une liste noire de 20 organisations (dont une organisation juive et un Nobel de la Paix) [+MàJ]

Le gouvernement israélien, par la voix de son sinistre “Ministre des Affaires stratégiques” Gilad Erdan, a publié après des mois de tergiversations une liste de vingt organisations dont les militants seront refoulés s’il se présentent à un poste frontalier des territoires qu’il contrôle. Elle constitue une “liste noire” des organisations adhérant à la campagne « Boycott, Désinvestissements, Sanctions” (BDS), contre laquelle le gouvernement fascistoïde de Tel Aviv a engagé d’énormes moyens de lutte… avec pour résultat jusqu’ici que le développement de la campagne n’a jamais été aussi fort et rapide.

Gilad Erdan a expliqué que “aucun pays ne permettrait l’entrée de son territoire à des personnes qui le critiquent dans le but de lui nuire”. Voilà qui incontestablement conforte le statut de “seule démocratie du Proche-Orient” auquel Israël continue de prétendre…

Cette liste présente une particularité curieuse, à la limite du cocasse : elle inclut l’organisation juive étatsunienne “Jewish Voice for Peace” (JVP), qui a effectivement adhéré à BDS. Les militants de JVP seront donc interdits de séjour dans les territoires contrôlés par Israël, y compris le territoire dit “à l’intérieur de la ligne verte” (limites d’avant juin 1967). Or, en vertu de la loi israélienne de 1950, dite “du retour1, ces mêmes militants devraient avoir le droit de s’y installer et de recevoir pour ce faire une allocation versée par l’État…

Les militants de “Jewish Voice for Peace” se retrouvent donc dans cette position curieuse d’être interdits d’entrée dans un pays dont la loi leur reconnaît, en raison de leur appartenant ethnique, un droit absolu de s’y installer et d’en obtenir la nationalité… Pour le leur refuser, il faudrait donc que le gouvernement affirme qu’adhérer à “Jewish Voic for Peace” représente une menace pour la sécurité d’un État qui dispose de la cinquième armée la plus puissante du monde, dotée de l’arme atomique… 

La directrice exécutive de JVP, Rebecca Vilkomerson, dont le mari et les enfants sont des citoyens israéliens, a déclaré au magazine +972:

«La décision d’Israël d’interdire spécifiquement l’entrée aux dirigeants de JVP est déconcertante mais pas surprenante, étant donné l’érosion constante des normes démocratiques et la peur croissante du mouvement BDS en Israël. Les membres de JVP rejoignent ainsi des Palestiniens, des musulmans du monde entier, des personnes de couleur et d’autres activistes qui sont souvent interdits d’entrée. Nos membres de JVP ne doutent pas de la justesse de la lutte pour l’égalité et la liberté pour tous en Israël/Palestine, et de la légitimité de BDS pour aller dans cette direction. Nous ne serons pas intimidés par ces tentatives de nous punir pour une position politique fondée sur des principes qu’un nombre croissant de Juifs et de personnes dans le monde entier soutiennent.

En tant que personne ayant une famille considérable en Israël, cette politique sera une épreuve person­nelle. Mais je crois aussi que c’est un indicateur de la force grandissante du mouvement BDS et j’espère qu’il rapproche le jour où tous les Israéliens/Palestiniens vivront ensemble dans l’égalité et la liberté».

En fait il y a des mois que le gouvernement Netanyahou s’est engagé dans une voie qui l’amène à discriminer les Juifs qui n’adhèrent pas à sa politique colonialiste. Nous avions eu déjà l’occasion d’en parler. Voir notamment ICI et LÀ. 

Comme le note Mairav Zonstein,de +972, «le gouvernement israélien envoie un message clair: être Juif ne vous empêchera pas de vous voir refuser l’entrée dans l’État juif, qui proclame être un refuge pour les Juifs». 

MISE A JOUR :
«Nous n’empêcherons pas les gens de faire leur aliyah sur la base de leurs convictions politiques», a déclaré Yigal Palmor, directeur des affaires publiques et des communications à l’Agence Juive, l’organisation qui détermine si les individus peuvent immigrer en Israël selon la loi du retour (la décision finale appartient légalement au Ministre de l’Intérieur, mais il suit traditionnellement les recommandation de l’Agence Juive).

«Cette liste ne s’applique qu’aux personnes visitant Israël et n’a rien à voir avec l’aliyah‘, a déclaré Palmor, qui précise que «Gilad Erdan n’a aucune autorité sur l’immigration».


La liste noire de vingt organisations diffusée dimanche vise principalement des organisations européenne et étatsuniennes, ainsi que quelques organisations latino-américaines et une organisation d’Afrique du Sud.

A tout seigneur tout honneur, la première organisation figurant sur cette liste noire est le :

  • BDS National Committee

qui pilote la campagne mondiale.

Les organisations européenne sont : 

  • l’Association France Palestine Solidarité
  • BDS France
  • BDS Italie
  • ECCP – European Coordination of Committees and Associations for Palestine
  • Friends of Al-Aqsa
  • Ireland Palestine Solidarity Campaign
  • Palestine Committee of Norway
  • Palestine Solidarity Association of Sweden
  • Palestine Solidarity Campaign (GB) 2
  • War on Want
  • BDS Kampagne (Allemagne)

Les organisations étatsuniennes : 

  • American Friends Service Committee 3
  • American Muslims for Palestine
  • Code Pink
  • Jewish Voice for Peace
  • National Students for Justice in Palestine
  • US Campaign for Palestinian Rights 

Autres organisations : 

  • BDS Chile
  • BDS South Africa

Ceux qui occupent des postes importants dans les organisations classées sur la liste noire se verront refuser l’entrée aux territoires contrôlés par Israël, ainsi que les activistes clés, même s’ils n’ont pas de position officielle. Les maires et les personnalités de l’establishment qui promeuvent activement et de manière constante le boycott seront également empêchés d’entrer, de même que les activistes qui arriveront en Israël au nom ou en tant que membres d’une délégation organisée par l’un des groupes figurant sur la liste noire.

Dans les faits, cette politique est déjà appliquée.

MISE A JOUR :

Selon des fonctionnaires, «les militants qui ne sont pas définis comme “au cœur de l’organisation” ou qui ne sont pas connus du ministère par des sources publiques ne seront pas nécessairement bloqués». Le ministère des Affaires stratégiques a déclaré : «Si, dans le cadre des interrogatoires de routine menés par le personnel de contrôle des frontières, l’affinité organisationnelle du candidat à l’entrée sur le territoire se révèle, le refus d’entrée sera examiné selon les critères publiés sur le site Internet du ministère de l’Intérieur. Si une annonce est publiée à propos de l’arrivée de militants d’organisations définies comme interdites, elles seront refusées si elles répondent aux critères». Ceci n’est en aucun cas une nouveauté : que l’on se souvienne du sort réservé aux participant.e.s à l’opération “Bienvenue en Palestine” en 2012.


Selon les informations diffusée dimanche, le refus d’entrée pour les activistes sera appliqué, qu’ils appartiennent ou non à l’une des organisations, selon les critères suivants (la terminologie paranoïaque est celle du pouvoir israélien) :

  1. Les personnes ayant des postes supérieurs ou des rôles importants dans l’organisation, tels que le président du conseil ou les membres du conseil. La définition des bureaux en question variera en fonction du caractère de chaque organisation;
  2. Les activistes clés qui jouent un rôle constant et continu dans la promotion des boycotts dans le cadre d’organisations de délégitimation de premier plan ou de manière indépendante;
  3. Les responsables institutionnels, tels que les maires, qui font la promotion de ces activités de manière active et continue;
  4. Les personnes qui arrivent en Israël en tant que «représentants de l’une des principales organisations délégitimatrices». Par exemple, un militant qui arrive en tant que participant à une délégation d’une organisation de délégitimation importante.

Il est précisé que des exceptions pourront être envisagées au cas par cas.

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Notes   [ + ]

1. Cette loi, selon le site web officiel du gouvernement de Tel Aviv, dispose que :
«1. Tout Juif a le droit de venir dans ce pays comme oleh.
2. L’Aliyah requiert un visa d’oleh. Un visa d’oleh sera délivré à tout Juif qui exprime le désir de s’installer en Israël, à moins que le Ministre de l’Immigration ne soit convaincu que le requérant (a) est engagé dans une activité dirigée contre le peuple juif; ou (b) est susceptible de mettre en danger la santé publique ou la sécurité de l’État. […] 
4. Tout juif qui a immigré dans ce pays avant l’entrée en vigueur de cette loi, et tout juif qui est né dans ce pays, que ce soit avant ou après l’entrée en vigueur de la présente loi, doit être réputé être une personne qui est venue dans ce pays en qualité d’oleh en vertu de cette loi.»
Les immigrants juifs en Israël bénéficient d’une aide financière de l’État pour faciliter leur intégration (qui néanmoins échoue dans une proportion non négligeable des cas).
2. Selon Haaretz, Jeremy Corbyn le Président du “Labour”, qui à ce titre a de bonnes chances d’être Premier ministre britannique dans un avenir pas très lointain, est l’un des dirigeants de “Palestine Solidarity Campaign”, dont il a été dans le passé Président. Corbyn est bien connu pour son engagement de longue date en faveur des Palestiniens, mais en décembre un porte-parole de son parti avait indiqué qu’il “n’est pas favorable à un boycott global ou général” d’Israël. Mais il avait aussitôt ajouté que Corbyn “soutient une action ciblée visant les colonies illégales et les territoires occupés”. Une position alambiquée et peu cohérente, qui peut peut-être s’expliquer par les campagnes répétées en Grande-Btretagne visant à accréditer l’idée que Corbyn, et avec lui la tendance la plus à gauche de son parti (par opposition avec celle personnifiée par Tony Blair, qu’il a battu sèchement lors des élections internes au parti) est imprégnée par l’antisémitisme.
Corbyn, selon Haaretz, a fait plusieurs visites dans les territoires palestiniens fil des années mais n’a jamais visité Israël (pour autant que l’on sache). Il a également effectué un certain nombre de voyages dans des camps de réfugiés palestiniens au Liban et en Syrie et a participé en 2014 à une cérémonie de dépôt de gerbes dans un cimetière en Tunisie où des combattants de l’OLP sont enterrés. – NDLR 
3. Haaretz indique que cette organisation Quaker a été honorée en 1947 du Prix Nobel de la Paix “pour son travail d’assistance et de sauvetage des victimes des Nazis”. 

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