L'actu

La liberté d’expression malmenée à Charleroi

Mais on ne laisse plus passer sans réagir !

Début juillet, lors du match entre le Sporting de Charleroi et Beitar Jérusalem, la Plate-forme Charleroi-Palestine a lancé en quelques jours une mini-campagne d’information concernant Beitar Jérusalem, une équipe dont les supporters sont connus pour leur racisme, leurs cris « Morts aux Arabes » dans les tribunes, ou leurs ratonnades à Jérusalem après les matches; une équipe qui refuse d’affilier des joueurs arabes, alors qu’un cinquième de la population d’Israël est d’origine palestinienne.

La Plate-forme Charleroi-Palestine voulait distribuer un tract le soir du match, pour expliquer que le racisme de Beitar reste impuni. Qu’Israël emprisonne les athlètes palestiniens, détruit leurs infrastructures sportives, autorise les équipes des colonies israéliennes illégales de Cisjordanie occupée à faire partie de ses ligues. Que l’apartheid israélien, tout comme l’apartheid sud-africain à l’époque, n’a pas sa place dans le football international.

Les autorités communales n’ont pas voulu que tout cela se sache…

Par voie d’Arrêté de police, elles ont interdit à la Plate-forme d’agir, tout en autorisant de façon particulièrement laxiste ceux de Beitar et bon nombre de supporters d’extrême droite du Sporting à se rassembler ou à manifester librement en ville.

Et c’est la Plate-forme Charleroi-Palestine qu’ils osent qualifier d’organisation « hostile et non démocratique » ! Quand les politiques abdiquent devant la flicaille, on peut s’attendre à tout.

Il y a là une atteinte à la liberté d’expression et à la liberté de réunion d’autant plus intolérable que l’arrêté de police contient à l’égard de la Plate-forme Charleroi-Palestine, et des défenseurs des droits des Palestiniens d’une manière plus générale, des allégations qui sont véritablement insultantes.

En effet, le seul fait d’arborer un drapeau palestinien, ou quelque autre signe « laissant sous-entendre une quelconque allégeance (sic !) à l’Etat palestinien » est décrit par l’arrêté signé par l’échevine Julie Patte au nom du bourgmestre comme « une atteinte grave à l’ordre public« .

Et la Plate-forme Charleroi-Palestine (et avec elle, on le suppose, les organisations qui la composent, comme la FGTB, le MOC, Vie Féminine, Entraide et Fraternité,…) est qualifiée de « hostile et non démocratique« .

Pas un mot, en revanche, à propos des fascistes et des casseurs du Beitar, qui – il faut le supposer – sont, eux, de parfaits démocrates, si peu hostiles qu’ils n’ont été inquiétés par la police que… à leur retour à l’aéroport de Tel Aviv.

Cet arrêté de police, qu’aujourd’hui encore les autorités communales défendent bec et ongles (quoiqu’en privé certain(e)s aient amis un certain embarras), est à ce point ahurissant et scandaleux, que la Ligue des Droits de l’Homme n’a pas hésité un instant à nous apporter son soutien quand nous le lui avons communiqué pour avis.

Ce n’est pas la première fois que les autorités politiques de la Ville de Charleroi avalisent de la sorte les fantasmes de certains membres de sa police, qui peuvent apparemment leur faire signer n’importe quoi. Autre exemple : la police de Charleroi oblige sous la menace, de manière parfaitement illégale, un membre de la Plate-forme à effacer des photos d’une action BDS.

Il suffit de prononcer le mot « sécurité« , et d’ajouter éventuellement « OCAM » pour que les neurones de certains élus partent immédiatement en vacances. Cela suffit !

L’arrêté de police du 15 juillet étant non seulement insultant et stupide, mais en plus juridiquement aberrant, plusieurs membres de la Plate-forme Charleroi-Palestine, ont décidé de déposer un recours devant le Conseil d’État afin d’en réclamer l’annulation.

C’est une démarche coûteuse et qui prendra du temps, pour un effet en définitive symbolique.

Mais c’est la seule voie juridique que la loi laisse ouverte aux citoyens qui entendent défendre leurs droits et ceux des autres membres de la communauté à laquelle ils appartiennent. Démocratiquement, n’en déplaise aux bourgmestre et échevins carolos.