L'actu

Une campagne mondiale anti-BDS

Une offensive générale – que l’on devine pilotée à distance par Israël et ses satellites idéologiques – est en cours dans la plupart des pays occidentaux contre la campagne BDS, et par ricochet contre la liberté d’expression dont usent les militants qui la font vivre et se développer. À moins bien sûr que la liberté d’expression ne soit la cible principale et la campagne BDS un prétexte…

Elle prend plusieurs formes : une offensive sur le front de la “hasbara” (d’où notamment la multiplication de sites web anti-BDS et une activité tellurique repose en grande partie sur des “trolls” rémunérés qui patrouillent sur les réseaux sociaux), une offensive politique pour obtenir des gouvernements des mesures de censure ou apparentées (voir ci-dessous), et une offensive prenant la forme d’attaques informatiques illégales (en général sous la forme de “DDoS” (pour Distributed Denial of Service)[1] dont plusieurs sites BDS (dont BDSmovement.net et d’autres en France et en Italie) paraissent avoir été victimes au début de mars 2016.

Israël et ses thuriféraires développent en permanence – avec en toile de fond la menace de l’accusation d’antisémitisme, si pratique et donc si tentante – une rhétorique pour le moins contradictoire, paradoxale, bipolaire, oscillant en permanence au gré des intérêts du moment entre l’idée que la campagne BDS est puissante et dangereuse pour Israël et l’idée qu’elle est ringarde, vouée à l’échec, sans effets (sauf pour ce qui est de nuire aux travailleurs palestiniens, pour lesquelles les propagandistes sionistes se font un sang d’encre) et à tout prendre négligeable.

A les en croire :

  1. la campagne BDS est un “danger existentiel” pour Israël, le but de ses promoteurs étant rien moins que l’anéantissement de “la seule démocratie du Moyen-Orient”, et il faut donc l’enrayer au plus vite, mais…
  2. … cette campagne court d’échec en déconvenues, n’a aucun impact réel sur Israël, et donc au final on s’en fiche…
  3. …mais BDS est la preuve d’une résurgence catastrophique de l’antisémitisme dans le monde entier, et donc nous voilà une fois de plus à la veille d’un “deuxième Holocauste”…
  4. … mais qu’est-ce qu’une campagne comme BDS en regard de la puissance d’Israël, qui se classe au huitième rang des puissances mondiales [2] en termes d’influence économique, politique, d’alliances et par la puissance de ses armées…
  5. … mais BDS est en permanence au centre des préoccupations des dirigeants israéliens, de leurs innombrables relais dans les pays occidentaux, et ils mobilisent des millions de dollars pour lutter contre la campagne, forment des agents d’influence rémunérés pour contrer son influence, noyautent méthodiquement les campus universitaires et last but not least poussent les gouvernement “amis” à faire adopter des lois qui violent les valeurs démocratiques essentielles en portant atteinte à la liberté d’expression dans le seul but de protéger le régime d’apartheid israélien.

Bien malin qui peut faire le tri.

Les atteintes les plus récentes à la liberté de s’exprimer et d’agir contre le régime colonialiste d’apartheid ont été enregistrées [3]

    • aux États-Unis : près de la moitié des état qui composent les États-Unis ont adopté des mesures anti-BDS, ou envisagent de le faire.  Il s’agit le plus souvent de lois votées par le parlement de l’état interdisant à celui-ci de passer des marchés avec des “entités” qui boycottent Israël, s’expriment en faveur de BDS, ou de les subventionner (notamment les universités) etc… Beaucoup ont étendu l’interdiction de boycott aux entreprises israéliennes installées dans “les territoires contrôlés par Israël”, ce qui est donc une reconnaissance de la légitimité de la colonisation des territoires palestiniens, totalement en contradiction avec la position constante des États-Unis depuis 1967 (au moins en théorie).
    • en Grande-Bretagne : les organismes financés par des fonds publics (pouvoirs publics, système de santé,…) ne pourront pas exclure les produits israéliens ou des colonies israéliennes de leurs achats.Cameron_BDS
    • au Canada, le Premier ministre Justin Trudeau a apporté son soutien au texte proposé par les Conservateurs visant à condamner «toute tentative» de promouvoir le boycott contre Israël, à l’intérieur et à l’extérieur du Canada. Le projet, adopté par 229 voix contre 51, appelle le gouvernement à sévir contre les organisations, groupes ou individus canadiens soutenant la campagne BDS. Selon le texte, celle-ci promeut «la diabolisation et la délégitimation» d’Israël.
    • en France : pas de loi spécifiquement anti-BDS, mais une utilisation particulièrement vicieuse d’une législation à vocation théoriquement anti-discriminations datant de 1881, sur base de circulaires adressées aux Parquets par les anciens Ministres de la Justice (de Nicolas Sarkozy) Alliot-Marie et Mercier en 2010 et 2012.
      L’ancienne ministre Christiane Taubira – qui sait ce que racisme veut dire, pour en avoir été si souvent la cible – avait admis (voir la vidéo ci-dessous) que le boycott n’était, dans son essence, en rien raciste ou antisémite, elle disait avoir beaucoup réfléchi, pas mal consulté… Ce qui est sûr c’est qu’elle n’a rien fait avant de démissionner pour d’autres “divergences politiques majeures”.
      Quelques semaines avant de lui succéder, Jean-Jacques Urvoas, à ce moment Président de la Commission des Lois de l’Assemblée Nationale et réputé proche de Valls, intervenait auprès d’elle pour que les circulaires Alliot-Marie et Mercier évoquées plus haut soient remises en question.
      Ce qu’il s’est empressé de ne pas faire en prenant ses nouvelles fonctions au sein d’un gouvernement où il est vrai il ne doit pas y avoir tellement d’espace d’expression pour qui n’est pas un inconditionnel absolu d’Israël.

      Il est important de souligner qu’en dépit de ce qu’on lit et entend partout dans les médias dominants, le boycott d’Israël n’a en aucune manière été déclaré illégal en France. Ce que la Cour de Cassation a déclaré – au prix d’une acrobatie juridique assez ébouriffante – contraire à la loi, c’est l’appel au boycott.  Le consommateur ne sera donc pas sommé de déposer chaque semaine au commissariat de son quartier les preuves qu’il a bien acheté des produits israéliens, même si on peut soupçonner Manuel Valls d’en rêver.

Quant à l’Union Européenne, elle est déchirée entre son discours favorable à la défense des “Droits de l’Homme” – seule manière à sa portée de continuer à revendiquer une part de la légitimité qui lui est de plus en plus contestée par les peuples des États membres  – et son soutien indéfectible à Israël, qui se manifeste de nombreuses manières (aucune réaction sérieuse face à la violation constante et ancienne de l’accord d’association, aucune réaction concrète quand Israël détruit systématiquement des infrastructures financées par les contribuables européens, privilèges accordés en matière de financement de la recherche y compris dans les domaines les plus contestables, etc…). Accompagner Israël dans son glissement progressif vers une société fasciste d’apartheid, tout en se posant en défenseur des droits humains, tel est le dilemme…

Cela a conduit, par exemple, la vice-présidente de la Commission Européenne Federica Mogherini à affirmer, en septembre 2016 dans sa réponse à une question parlementaire, à la fois que “l’UE rejette la tentative de la campagne BDS visant à isoler Israël et est opposée à tout boycott d’Israël” et que «l’UE maintient fermement sa position en ce qui concerne la protection de la liberté d’expression et d’association, conformément à la Chartes des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne, qui est applicable sur le territoire des États membres de l’UE, y compris en ce qui concerne les actions BDS menées sur ce territoire».

Et Federica Mogherini de rappeler que la jurisprudence constante de la Cour Européenne des Droits de l’Homme [4], est que “la liberté d’expression vaut non seulement pour les informations ou les idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent”.

L.D.                 

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[1] Plus de détail techniques : https://www.ovh.com/fr/anti-ddos/principe-anti-ddos.xml
[2] selon un classement de ‘’US News & World Report’’ cité par JSS News.
[3] cette liste sera le cas échéant complétée…pour autant qu’on puisse suivre
[4] La Cour européenne des droits de l’homme n’est pas une institution de l’Union Européenne (28 États membres), mais bien du Conseil de l’Europe (47 États membres)

Dernière mise à jour de cette page : 1er novembre 2016

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