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BDS : des super-marchés de la ville natale de Rachel Corrie boycottent les produits israéliens

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Rachel Corrie

La direction des magasins « Olympia Food« , implantés dans l’État de Washington (nord-ouest), a décidé il y a quelques jours de ne plus vendre aucun produit alimentaire provenant d’Israël, annonce Haaretz. Le fait que ces magasins aient leur siège dans la ville où vivait Rachel Corrie n’y est pas étranger.

Comme le note Haaretz, le public étatsunien est, d’une façon générale, plus favorable à Israël que ne le sont les opinions publiques dans les pays européens. Les organisations qui composent le lobby juif [1] américain dépensent énormément d’énergie et d’argent pour arriver à ce résultat, avec l’aide de média tout acquis à leur cause. Le développement du mouvement « Boycott, Divestment and Sanctions » ne s’en trouve évidemment pas facilité outre-Atlantique.

Pour la direction du groupe “Olympia Food”, une coopérative, la décision n’était donc pas facile à prendre.

« Les membres du conseil ont rencontré un groupe assez large – environ 40 personnes – qui leur a présenté le projet de boycottage et a répondu à nos questions », a expliqué Rob Richards, un membre du conseil, à Haaretz. « Quelques membres du conseil étaient préoccupés par les conséquences financières sur l’organisation, mais c’est minime. Pour moi personnellement il ya un impératif moral qui va au-delà des préoccupations financières. Nous avons donc décidé d’adopter le boycott et donc il est entré en vigueur le lendemain. »

Interrogé pour savoir si le boycott vise tous les produits fabriqués en Israël, ou seulement ceux qui le sont dans les colonies, M. Richards a expliqué  : « Pour autant que je sache, cela concerne tous les produits israéliens. Nous avons exempté “Peace Oil” car c’est un produit fabriqué en commun par les paysans pales­tiniens. Tout produit qui est fabriqué par des sociétés qui visent à améliorer les conditions des Palestiniens seront exemptés ».

Cette décision, a encore expliqué M. Richards a suscité peu d’opposition :  « nous avons deux membres du conseil qui appartiennent à la communauté juive et qui étaient favorables au boycott. C’est une ville assez progressiste. Je sais que ce n’est pas le cas de l’ensemble de la communauté juive. »

Ce n’est pas un hasard si Olympia est la ville natale de Rachel Corrie, jeune activiste de 23 ans qui au cours d’une mission de l’International Solidarity Movement dans la Bande de Gaza a été écrasée (plus que probablement de manière délibérée), le 16 mars 2003, par un bulldozer de l’armée israélienne alors qu’elle tentait d’empêcher la démolition d’une maison palestinienne.

Le mois dernier, les étudiants l’Evergreen State College d’Olympia, où elle a étudié, ont adopté deux résolutions qui appelaient la Fondation du Collège à retirer ses fonds des sociétés qui profitent de l’occupation illégale par Israël de la Palestine, et à interdire l’utilisation d’équipement de marque Caterpillar (la marque favorite de l’armée d’occupation) sur le campus.

Haaretz note que la campagne BDS se développe considérablement aux États-Unis depuis quelques temps. Ainsi, il y a quelques jours, des membres du mouvement “Jewish Voice for Peace” ont assisté à l’assemblée annuelle du fonds de pension TIAA-CREF (qui s’adresse particulièrement aux universitaires, aux professions médicales, aux enseignants, aux chercheurs et aux milieux culturels et qui affirme avoir une vision à long terme dans la gestion des actifs qui lui sont confiés) afin d’y déposer des milliers de signatures recueillies au bas d’une pétition réclamant que le fonds retire ses capitaux de Caterpillar, Elbit [2], Motorola et d’autres sociétés qui « tirent profit de la violation du droit international par les démolitions de maisons, la destruction des moyens de subsistance [des Pales­tiniens] comme des vergers, la construction de route de transit que seuls les Israéliens peuvent utiliser, le meurtre de civils par des drones, et beaucoup d’autres injustices ».

Et comme le dit Haaretz, « dans certains endroits, le courant dominant de la communauté juive a réagi vigoureusement contre les tentatives de boycott, mais de nombreux partisans d’Israël craignent que la bataille soit déjà perdue sur les campus universitaires ». Là-même où était né le puissant mouvement d’opinion qui amena un jour le gouvernement des États-Unis à se retirer du Vietnam, où il n’avait pourtant cessé de prétendre pendant des années qu’étaient en jeu des intérêts vitaux américains qu’il n’était question d’abandonner à aucun prix…


[1] expression qui parfois choque en Europe, mais qui est utilisée sans fausse pudeur aux États-Unis, y compris par ceux qui en font partie.

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