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Bande de Gaza : l’impact à long terme des hostilités de 2014 sur les femmes et les filles

L’OCHA (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs de l’ONU) a publié une série de données chiffrées relatives à l’impact à long terme des agressions israéliennes contre la population de la Bande de Gaza pour les femmes et les filles.

Nombre de femmes et de filles tuées à Gaza durant les hostilités de 2014, par gouvernorat

299 femmes, dont au moins 26 étaient enceintes, et 197 filles ont été tuées lors des hostilités de l’été 2014 dans la bande de Gaza, et plus de 2.000 femmes et des centaines de filles ont été blessées (Global Protection Cluster – Ministère de la Santé).

Au moins 790 femmes sont devenues veuves, suite aux hostilités de 2014 (Ministère des Affaires féminines, 2015).

Durant le second semestre de 2014, le nombre de cas enregistrés de mortalité maternelle et néonatale a doublé, comparé au premier semestre de l’année (UNFPA et UNRWA).

Environ 24.300 filles et 22.900 femmes dont les habitations ont été détruites ou gravement endommagées pendant les hostilités, restent déplacées dans des conditions précaires (IDP Registration Survey – Examen du registre des personnes déplacées intérieurement, 4e trimestre 2015).

Plus de 8% des ménages à Gaza sont dirigés par des femmes (PCBS, 2015).

28,6% des femmes de moins de 50 ans à Gaza ont été mariées avant l’âge de 18 ans, et 2,6% avant l’âge de 15 ans (PCBS, 2014).

Plus de 70 % des ménages à Gaza reçoivent de l’eau courante durant 6 à 8 heures par inter­valles de deux à quatre jours, et la population toute entière souffre de coupures de courant entre 12 et 16 heures par jour.

Environ 20% des femmes en âge de travailler à Gaza font partie de la force de travail ; c’est l’un des taux les plus bas du monde (PCBS, 2015).

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Chômage, par genre et par statut, au 3e trimestre 2015  – Jeunes femmes (15-29 ans) à Gaza – Femmes célibataires (Gaza) – Femmes non réfugiées (Gaza) – Femmes (Gaza) – Femmes réfugiées (Gaza) – Femmes (Cisjordanie) – Hommes (Gaza)

Le taux de chômage chez les femmes à Gaza durant le 3e trimestre de 2015 dépassait 63% (37% chez les hommes) et représente le double du taux équivalent en 2007 (30%), c’est-à-dire avant l’instauration du blocus (PCBS, 2015).

Les femmes et les filles de la bande de Gaza ont été affectées hors proportion par les hostilités de l’été 2014, et dans divers aspects de leur existence. Cela a exacerbé les précarités pré-existantes dues au long blocus israélien et à la discrimination envers les femmes dans la société palestinienne.

La situation des veuves, des femmes réfugiées de l’intérieur, des femmes et des filles handicapées, des adolescentes et des femmes du milieu agricole est particulièrement inquiétante.

Les conditions de vie des filles et des femmes déplacées, actuellement logées par des familles d’accueil, dans des appartements loués, des logements préfabriqués, des tentes et des abris de fortune, voire dans les décombres de leurs anciennes habitations, soulèvent des inquiétudes à divers égards quant à leur protection.

Parmi ces motifs, le manque d’intimité et l’exposition croissante à la violence et au harcèlement à caractère sexuel. La rétention habituelle des droits de propriété par les hommes, y compris les droits sur les habitations et les terres détruites ou endommagées durant la guerre, empêche les femmes déplacées d’accéder à l’aide juridique ou sous forme d’hébergement proposée par les acteurs humanitaires.

La détérioration générale de l’accès des personnes aux services élémentaires, et tout particulièrement à l’eau et à l’électricité, suite aux dégâts subis par les infrastructures, ont réduit à néant la capacité des femmes et des filles à s’engager dans des activités génératrices de revenu ou à consacrer du temps à leurs propres besoins.

C’est directement lié à la répartition coutumière du travail dans la société palestinienne, où les femmes et les filles assument la responsabilité première du fonctionnement et de l’entretien des ménages, qui ont fini par consommer plus de temps. C’est également lié à la limitation des opportunités proposées aux femmes sur le marché de l’emploi. Cette division du travail continue à s’appliquer aux femmes mariées souffrant d’un handicap, ce qui, finalement, durcit encore leur situation.

Les dégâts extensifs aux terres de culture et d’élevage au cours des hostilités ont eu un impact important sur les opportunités d’emploi proposées aux femmes. C’est dû à l’important pourcentage de femmes au travail employées dans le secteur agricole, y compris l’emploi informel que représentent la garde des troupeaux, la préparation de la nourriture et le jardinage.

Chomage

Evolution du chômage, par genre, dans la Bande de Gaza, et comparaison avec la Cisjordanie : l’impact du blocus apparaît clairement après 2007, encore accentué après 2014 par l’agression israélienne

En outre, en raison des barrières structurelles, seul un pourcentage négligeable des femmes impliquées dans l’agriculture sont propriétaires de leurs terres, ce qui, partant, accroît encore le risque d’exclusion d l’aide relative à l’agriculture.

Les conditions de vie précaires et la surpopulation, particulièrement parmi les IDP (Personnes déplacées de l’intérieur), de même que la perte des actifs de production, se soldent souvent par l’adoption de mécanismes de survie négatifs, tel le retrait des enfants de l’école et le mariage précoce des filles. Cette dernière pratique réduit le fardeau économique des familles avec des filles et il est souvent perçu comme une « mesure de protection » des filles, une fois qu’elles sont mariées, mais cela limite considérablement leurs possibilités de développement personnel.

Afin de répondre de façon adéquate aux besoin des femmes et des filles dans le contexte de l’après-guerre à Gaza, et de contribuer à l’élimination de toutes formes de discrimination envers les femmes et au respect entier des droits des enfants tel que le requièrent les lois internationales, les acteurs humanitaires doivent comprendre pleinement les menaces et défis spécifiques qui concernent ces groupes. Il est impératif que ces acteurs s’en prennent aux barrières structurelles qui limitent l’accès des filles et des femmes à l’aide, entre autres, et qu’ils le fassent en garantissant l’équité dans la distribution de l’aide humanitaire, en collectant les données ventilées par sexe et par âge, et en consultant les membres des communautés affectées.


Le document [PDF] en anglais est disponible sur OCHA (Bureau des Nations unies de la coordination des affaires humanitaires), décembre 2015.
Traduction : Jean-Marie Flémal

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