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Ayelet Shaked, la ministre israélienne de l’annexion

Le portefeuille de la ministre de la Justice Ayelet Shaked lui confère automatiquement un siège au cabinet de la sécurité. Mais, plus important encore pour Shaked que le pouvoir de la loi, elle est responsable de tous ces colons qui votent pour son parti, Habayit Hayehudi (Le Foyer juif), influencent ses classements internes et veulent légaliser l’inégalité entre les citoyens israéliens de première classe et les sujets palestiniens de quatrième catégorie (entre eux, il y a les Arabes israéliens et les résidents de Jérusalem-Est, qui ne sont pas des citoyens).

Shaked a annoncé lundi qu’elle travaillait en compagnie du procureur général Avichai Mendelblit à un plan prévoyant d’appliquer la législation israélienne en Cisjordanie. Elle a ajouté qu’une commission – devant encore être désignée – allait examiner chaque loi passant à la Knesset et décider si chacune devait être appliquée immédiatement aux colonies, ou par ordonnance militaire.

La proposition de Shaked vient après des efforts répétés de légaliser des projets de loi favorables à l’annexion. Les projets soumis par Orit Strock, Yariv Levin, Zeev Elkin et Shaked elle-même au sein du précédent gouvernement, dans un effort d’appliquer de futures lois à la Cisjordanie, ont suscité l’opposition du procureur général de l’époque, le général Yehuda Weinstein, et ont finalement été écartés, bien qu’ils eussent été approuvés par la Commission ministérielle de législation.

De même, au sein de la précédente Knesset, le parti Habayit Hayehudi avait encouragé une initiative en vue d’appliquer la législation du travail à la Cisjordanie, afin d’aider les femmes enceintes dans les colonies. Mais il avait fait marche arrière quand il était devenu évident que la législation allait également améliorer les droits palestiniens et imposer de la sorte un fardeau économique supplémentaire aux employeurs des colonies.

Ce n’est pas incidemment qu’Israël a évité le processus prôné par Shaked. À ce jour, la législation israélienne s’applique aux colons sur une base personnelle et sous la loi qui étend les réglementations d’exception, alors que tout ce qui est appliqué sur une base régionale l’est sous ordonnance du commandant militaire régional. Il existe déjà des lois israéliennes « importées » vers les territoires et qui avantagent les colons, et la proposition de Shaked fera encore empirer la situation du fait que les lois seront appliquées de façon plus systématique.

On s’attend à ce que la proposition aggrave l’apartheid imposé effectivement par le code juridique israélien entre le Jourdain et la Méditerreanée. Elle fera également du tort à Israël dans l’arène internationale. La proposition équivaut à une annexion de facto et elle officialise la discrimination dans les territoires. Cela risque de faire dégringoler le monde sur Israël et c’est la raison pour laquelle même les opposants les plus décidés au retrait, comme les anciens Premiers ministres Menachem Begin et Yitzhak Shamir, avaient évité une telle démarche.

Mendelblit doit refuser de soutenir ce contournement juridique tenté par Shaked et, de son côté, le Premier ministre Benjamin Netanyahou – qui a dit à plusieurs reprises qu’il était prêt « à négocier avec les Palestiniens sans conditions préalables »(*) – doit protéger les intérêts de l’État d’Israël, qui vont être bafoués par les intérêts du Grand Israël messianique.(**)


Éditorial de Haaretz, 2 mai 2016
Traduction : Jean-Marie Flémal

NDLR :
(*) Lisez à ce sujet l’article d’Alain Gresh : «  Sans conditions préalables…« 
(**) Une annexion de la Cisjordanie mettrait évidemment fin à la mystification de la soi-disant “solution à deux États” qui sert à maintenir l’illusion d’un “processus de paix” à l’abri de laquelle depuis plus de 20 ans la colonisation se poursuit jour après jour.
Pour les Palestiniens, l’enjeu deviendrait la lutte pour l’égalité des droits dans un État binational, dans lequel seule une expulsion massive ou un génocide (que la communauté internationale ne pourrait plus feindre d’ignorer) serait susceptible de les empêcher d’être tôt ou tard majoritaires. En toute hypothèse, c’en serait fini du projet historique du sionisme – LD/MDL.

 

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