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Avec le Brexit, Israël va perdre quelques alliés zélés au Parlement européen

David Cronin

A ce stade, il serait stupide de faire des prédictions quant aux conséquences ultimes qu’aura le “brexit”. Il est cependant probable que la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne fera perdre à Israël quelques uns de ses plus zélés propagandistes à Bruxelles.

Parmi ceux-ci figurent des membres du parti Conservateur britannique qui siègent au Parlement euro­péen. Geoffrey Van Orden, un élu de l’est de l’Angleterre, par exemple, excuse les agressions israéliennes avec toute la morgue que l’on peut attendre de l’officier en retraite qu’il est. Il y a peu, il accusait les Palestiniens d’être “violemment envieux et frustrés” face aux “succès” israéliens.

Van Orden entretient des contacts réguliers avec le lobby israélien. Il a ainsi admis être consulté par Alex Benjamin, un des principaux défenseurs d’Israël à Bruxelles, à propos de la manière dont le lobby doit s’organiser. Benjamin, qui dirige le “Europe Israel Public Affairs group” fut chargé des relations avec la presse pour le compte de la coalition de partis à laquelle Van Orden appartient, baptisée “European Conservatives and Reformists” (Les Conservateurs et réformistes européens). Il s’agit de la troisième plus importante alliance de partis au sein du Parlement européen, et on y trouve aussi bien les Conservateurs britanniques que le “Parti populaire” danois, d’extrême-droite, et un certain nombre de chrétiens sionistes.

Bas Belder, un politicien hollandais fait partie de ces derniers. Issu d’un milieu calviniste, il considère les agissements d’Israël comme faisant partie de la réalisation d’une prophétie biblique. Belder affirme qu’il “ne se passe pas un jour” sans qu’il pense à Israël qu’il voit comme “sa seconde patrie”.

Belder pourrait avoir violé les règles du Parlement européen

On ne peut reprocher à Belder de cacher son jeu…

Des informations de presse indiquent que Belder a pris part à un certain nombre de voyages organisés par des organisations pro-Israël au cours de ces dernières années.

Or, en vertu d’un “code de conduite”, les membres du Parlement européen sont tenus de déclarer tous les voyages qu’ils effectuent aux frais de groupes de pression. Sur le site web du Parlement on ne trouve aucune trace de tels déplacements effectués par Belder, et ce depuis septembre 2014. J’ai interrogé Belder sur les raisons pour lesquelles il n’a pas rendus publics les détails des conditions dans lesquelles il s’est rendu au Moyen-Orient. Il n’a pas répondu.

Belder s’est félicité de la façon dont les députés de droite ont utilisé leur «poids politique» pour que les documents qui critiquent Israël soient édulcorés. En 2015, il a écrit un article pour The Jerusalem Post au sujet de son rôle dans le torpillage d’une tentative de faire adopter au Parlement européen un appel pour la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens et pour l’étiquetage des marchandises des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.

Lâches

Une partie du travail en faveur d’Israël des “European Conservative and Reformists” est pris en charge par Elise Coolegem, conseillère du groupe pour ce qui concerne la politique moyen-orientale. L’an dernier, elle a co-signé avec Belder une tribune dont le contenu recyclait le discours du gouvernement [israélien] contre le Hamas et le Hezbollah.

Coolegem a des liens solides avec Israël.  Avant son emploi actuel, elle a été stagiaire auprès de l’ambassade de l’UE à Tel Aviv et à l’Institut international pour la lutte contre le terrorisme, un «groupe de réflexion» dans la ville voisine de Herzliya. Cet institut s’évertue à cacher l’oppression d’Israël contre les Palestiniens sous un vernis de sérieux intellectuel. Parmi les faucons qui dirigent ses activités figure un ancien chef du Mossad, l’agence israélienne d’espionnage et d’assassinat.

L’ambassade d’Israël à Bruxelles englobe toute une division qui s’occupe du Parlement européen. Coolegem est connue pour avoir avec les diplomates israéliens et les lobbyistes qui gravitent autour des contacts étroits.

J’ai adressé un courrier électronique à Coolegem pour lui demander des détails sur ses relations de travail avec Israël et savoir si elle a été payée par l’État d’Israël. Au lieu de répondre à mes questions, elle les a transmises à Jan Krelina, un porte-parole du groupe des “European Conservatives and Reformists”, qui m’a répondu que les règles en vigueur au Parlement européen interdisent d’être payé par des “tierces parties” et assure que “tous nos employés respectent strictement ces règles”. 

Krelina affirme aussi que “le travail de notre équipe requiert des contacts professionnels” avec “diverses missions diplomatiques”.  C’est l »évidence, mais il y a une grande différence entre “des contacts professionnels” et “se prosterner”. Or, c’est ainsi que les activités de Coolegem peuvent être considérées, tout comme d’ailleurs celles des parlementaires qu’elle fait bénéficier de ses conseils.

Le terme qui convient pour quelqu’un qui défend un tyran brutal est “lâche”. Les “European Conservatives and Reformists” sont des lâches abjects, déterminés à user de leur “poids politique” pour défendre le tyran brutal qu’est notoirement Israël.


Cet article de David Cronin a été publié par Electronic Intifada le 29 juin 2017.  Traduction : Luc Delval

Sur un sujet voisin, voir aussi notamment :  “Les lobbies pro-israéliens infiltrent des agents d’influence au cœur du Parlement Européen” (décembre 2015) et Le lobby israélien, l’Union Européenne et “l’industrie de l’islamophobie (mai 2016), ainsi que de nombreux articles qui évoquent l’implication de l’UE dans la perpétuation de l’occupation.

Vous trouverez d’autres articles de David Cronin ou parlant de lui sur ce site ICI.

David Cronin est l’auteur de Europe’s Alliance With Israel: Aiding the Occupation (Pluto Press, 2011 – L’Alliance de l’Europe avec Israël contribue à l’occupation). Il a écrit des articles pour de nombreuses publications, dont The Guardian, The Wall Street Journal Europe, European Voice, the Inter Press Service, The Irish Times and The Sunday Tribune. En tant qu’activiste politique, il a tenté d’appliquer un état d’ »arrestation citoyenne » à Tony Blair,  et Avigdor Lieberman pour crimes contre l’humanité.

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