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Aujourd’hui, l’UE finance le ministère israélien de la guerre

David Cronin

L’Union européenne finance des institutions israéliennes qui couvrent des démolitions de maisons et autres crimes à l’encontre du peuple palestinien. (Photo : Abedalrahman Hassan APA images)

En 2017, on a entendu Benjamin Netanyahou se plaindre des « conditions politiques aberrantes » imposées par l’Union européenne à ses relations avec Israël. Selon les critères du Premier ministre, les conditions sont devenues moins « aberrantes » depuis lors, puisque, sans faire de bruit, l’UE a accru le soutien financier qu’elle accorde aux organes du gouvernement israélien directement responsables de l’oppression des Palestiniens.

Pour la première fois, le ministère israélien de la Défense a commencé à tirer parti des liquidités de l’Union européenne.  

Il fait partie des bénéficiaires du nouveau projet de recherche (9 millions de USD) sur l’utilisation de drones en cas de « catastrophe ». Baptisé « Respondrone », le projet sera financé dans le cadre du programme scientifique Horizon 2020 de l’UE.

Les « conditions politiques » déplorées par Netanyahou concernaient le respect des droits humains fondamentaux. En soutenant financièrement le ministère israélien de la Défense, l’UE accorde une aide directe à un violeur des droits de l’homme de tout premier plan.

Si l’on utilisait la langue française de façon plus adéquate, on appellerait en fait ce ministère de la Défense le ministère des Crimes de guerre et de l’Occupation.

Sa mission consiste à renforcer l’armée israélienne. Autrement dit, le ministère se consacre à rendre une armée extrêmement agressive encore plus destructrice.

Au début de ce millénaire, non contente d’occuper la Cisjordanie et Gaza, l’armée israélienne a également bombardé le Liban, la Syrie, l’Irak et le Soudan – c’est-à-dire à une époque où l’on suppose que l’UE a commencé à faire valoir ces fameuses conditions « aberrantes ». Israël a également massacré des militants humanitaires turcs alors qu’ils étaient dans des eaux internationales.

Subventionner le ministère qui supervise cette armée équivaut à approuver ses crimes.

Le projet « Respondrone » a démarré en mai. Le mois suivant, l’ambassade des Etats-Unis à Tel-Aviv organisait une cérémonie en vue d’arroser les 820 millions de USD au moins que les chercheurs israéliens ont obtenus d’Horizon 2020.

Bizarrement, le matériel publié par le site de l’ambassade à propos de cet événement ne dit pas que, désormais, l’UE finance elle aussi le ministère israélien de la Défense.

Réticences

De même, les représentants de l’UE ont été réticents à propos du soutien qu’ils accordent au ministère israélien dans le cadre de la « sécurité publique ».

Ce ministère assure des formations à la police et aux services carcéraux d’Israël. Ces toutes dernières semaines, la police israélienne a effectué des raids quotidiens dans le village cisjordanien d’Issawiyeh, a participé à la démolition de bâtiments palestiniens à Jérusalem-Est et a expulsé une famille vivant à proximité de la Vieille Ville de Jérusalem afin que son habitation puisse être cédée à des colons juifs.

Pendant ce temps, les services carcéraux gèrent des sites et installations où la torture est une réalité quotidienne.

Nassar Taqatqa est le dernier prisonnier palestinien à avoir perdu la vie dans un tel site. Toute enquête sur les conditions de sa mort est impossible, du fait que les autorités israéliennes refusent de restituer sa dépouille.

Si elle le voulait, l’UE pourrait exercer des pressions sur Israël en vue de cesser de cadenasser une enquête de toute urgence nécessaire. Il est prévu que le ministère israélien de la Sécurité publique participe à un projet financé par l’UE, d’un montant de près de 8 millions de USD et censé débuter le mois prochain.

Baptisé « Roxanne », le projet doit examiner comment les progrès technologiques peuvent contribuer à identifier les membres de réseaux criminels. Parmi ses autres participants figureront la police de l’Irlande du Nord et de l’Irlande du Sud, de la Grèce et de la République tchèque, ainsi qu’Interpol, l’organisation chargée de faire respecter les lois internationales.

A tout le moins, l’UE devrait expliquer à Israël qu’il ne sera pas le bienvenu dans ce projet tant qu’il refusera de livrer la dépouille de Nassar Taqatqa. Mais le ministère israélien de la sécurité publique ne devrait pas avoir la possibilité de participer à des projets de lutte contre le crime financés par l’UE, quand on sait qu’il fournit un back-up bureaucratique à des crimes de guerre telles des démolitions de maisons et des razzias contre une population sous occupation. 

L‘ambassade de l’Union européenne à Tel-Aviv s’enorgueillit d’encourager l’innovation dans les « start-ups » israéliennes. L’ambassade se garde bien d’attirer l’attention sur la façon dont quelques-unes de ces sociétés entretiennent des liens étroits avec l’armée israélienne.

Des industries locales, vraiment ?

Par exemple, l’UE a accordé une subvention à TuneFork, une firme installée à Jérusalem. L’objectif digne d’éloges de cette société est d’aider les gens ayant des difficultés auditives à pouvoir profiter autant que faire se peut de la musique distribuée sur Internet.

Rien à redire à cela : le CEO de TuneFork, Tomer Shor, a peaufiné son savoir-faire d’innovateur auprès de la branche du développement technologique de l’armée israélienne, Unit 8200, pour la citer nommément.

L’UE ne se contente pas d’aider les industries locales. Israel Aerospace Industries, un fabricant de drones utilisés pendant les offensives israéliennes contre Gaza, participe pour l’instant à – au moins – trois projets financés par l’UE. Parmi ces projets, « Respondrome » déjà mentionné, qui implique également le ministère israélien de la Défense, et un projet séparé censé accroître l’efficacité des « drones prévus pour le marché de masse ».

Elbit Systems, un autre leader israélien dans la fabrication d’avions de combat, fait partie d’un consortium concerné par un projet de 10 millions de USD destiné à « sécuriser le réseau européen de distribution de gaz ».

Parmi les universités israéliennes qui ont tiré profit d’Horizon 2020 comme d’une vache à lait, figure Technion, installé dans la ville de Haïfa. Une brochure de promotion publiée par Technion se vante de ses « liens exceptionnellement étroits » avec l’armée israélienne et de ce qu’elle est la « seule source en Israël produisant des ingénieurs en aérospatiale » – un euphémisme pour désigner les fabricants d’armes de demain.

Les représentants de l’UE savent pertinemment bien que le soutien qu’ils apportent à Israël est répugnant, mais ils refuseront de l’admettre. S’ils le faisaient, cela détériorerait l’ambiance de toutes ces coteries où ils sirotent du champagne et débitent des tas de platitudes sur « l’innovation ».


Publié le   sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

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