Dans l'actu

Aucun des lauréats des Oscars 2016 n’a accepté l’invitation dorée d’Israël

Il y a un an, Israël offrait de luxueux séjours personnalisés, tous frais payés, d’une valeur de 55.000 dollars US [*], à Leonardo DiCaprio, Matt Damon et d’autres stars de Hollywood, lauréates de la cérémonie 2016 des Oscars. Mais aucune d’elle n’a accepté l’invitation !

«Il est clair que l’objectif qui visait à se servir des acteurs pour blanchir Israël a échoué», se réjouit Yousef Munayyer, de la Campagne américaine pour les droits des Palestiniens. Le ministère israélien du Tourisme, sollicité par l’AFP, n’a pas souhaité faire de commentaire.

Avant la cérémonie des Oscars 2016, le ministère israélien du Tourisme avait annoncé qu’il offrirait des voyages avec vol en première classe et suites de luxe aux cinq nommés dans les cinq principales catégories et au présentateur de la cérémonie, Chris Rock.

Les responsables israéliens expliquaient alors vouloir montrer le “vrai Israël, au-delà du conflit israélo-palestinien. Chaque star qui vient en visite chez nous peut mettre en ligne un selfie et c’est une énorme valeur ajoutée pour nous”, affirmait à l’époque le directeur général du ministère, Amir Halevi.

Aussitôt, des militants basés aux États-Unis avaient répondu par un encart dans le Los Angeles Times et sur les réseaux sociaux, appelant les acteurs à laisser tomber le voyage. Depuis, M. Munayyer et les autres ont scruté attentivement médias et réseaux sociaux pour voir si l’un d’eux irait quand même. «Pour le moment, nous n’avons rien vu», dit-il.

Mark Rylance, Oscar du meilleur second rôle pour “Bridge of Spies” de Steven Spielberg et connu de longue date pour ses critiques à l’encontre de la politique israélienne, a confirmé à l’AFP qu’il ne ferait pas le voyage.

Pour la porte-parole de Jewish Voice for Peace, Granate Sosnoff, la campagne a «perturbé la normalité de la marque Israël». «Elle a rappelé aux élites de Hollywood qu’il y a un coût social à payer si l’on s’associe à une occupation militaire».

«Pas envie d’être utilisé»

Pour Dan Rothem, chercheur spécialisé dans les relations israélo-américaines, Israël cherche à s’entourer de stars «pour briser l’impression qu’il serait boycotté ou isolé». Mais la semaine dernière, seuls cinq des onze joueurs professionnels de football invités par l’État hébreu après le Superbowl ont fait le déplacement.

Michael Bennett, des Seahawks de Seattle, avait indiqué n’avoir «pas envie d’être utilisé» par Israël. «Quand j’irai en Israël – et ce n’est pas prévu – je ne verrai pas qu’Israël, mais aussi la Cisjordanie et la bande de Gaza. Comme ça, je pourrai voir comment vivent les Palestiniens, qui considèrent cette terre comme leur patrie depuis des millénaires», avait-il affirmé dans un communiqué.

En février, la vedette culte du cinéma d’action Chuck Norris s’est rendu en Israël et a rencontré le premier ministre Benyamin Nétanyahou.

Mais Chuck Norris, qui a par le passé appuyé des politiciens républicains comme Mike Huckabee et plus récemment Donald Trump (il avait prévenu : une victoire de Hillary Clinton “détruirait ce qu’il reste des États-Unis”) et Benjamin Netanyahou, est bien connu pour ses penchants de droite extrême, or selon M. Rothem Israël cherche plutôt à attirer des personnalités américaines “de gauche, démocrates comme la majorité de Hollywood, plutôt qu’un homme de droite et un fervent républicain” comme Chuck Norris.

Car la popularité d’Israël auprès des démocrates s’est dégradée aux États-Unis. Selon le centre de recherche Pew, le pourcentage d’entre eux soutenant les Palestiniens plus qu’Israël a presque doublé depuis 2014. Et en 2016, 40% soutenaient les Palestiniens contre 33% Israël.

«La gauche et la droite américaines voient désormais Israël sous un prisme différent», estime Dan Rothem.


[*] le voyage faisait partie d’un ensemble hétéroclite de cadeaux d’une valeur globale de ±200.000 $, où le bizarre le disputait au mauvais goût assumé : un sextoy vibrant, un vaporisateur de marijuana, une installation de “spa” (bain relaxant) à domicile, un objet non identifié baptisé “Vampire Breast Lift”, “et d’autres objets dont l’extravagance confine à l’obscénité” selon un chroniqueur hollywoodien.

Print Friendly, PDF & Email