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Au sud-Liban, les bombes à sous-munitions d’Israël tuent et mutilent toujours

Luc Delval

Chaque jour, durant sa guerre d’agression de juillet et août 2006 Israël a largué quelque 3.000 bombes, roquettes et obus d’artillerie sur le Liban, et même 6.000 à la fin de la guerre. Une partie de cette impressionnante pluie de bombes comprenait des bombes à sous-munitions : la bombe mère se fragmente en de nombreuses petites bombes – de 88 à 654, selon le type – de la taille d’une grenade à main.

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Israël a largué 90 % de ces bombes à sous-munitions au cours des 72 heures qui ont précédé le couvre-feu du 14 août 2006. Le coordinateur humanitaire des Nations unies, Jan Egeland, a qualifié cette façon d’agir de « complètement immorale ». Au total, selon Handicap International, quelque 4 millions de sous-munitions seraient tombées sur le Liban .

On estime que de 15 à 40 % des sous-munitions larguées sont restées au sol sans exploser. Cela signifie qu’un million de grenades au moins jonchent les environs des villages et les champs du Liban. En fait, elles se sont muées en autant de petites mines terrestres, mortellement dangereuses pour toute personne qui poserait le pied dessus ou les ramasserait. Le Mine Action Coordinating Centre au Sud-Liban a identifié 839 endroits où Israël a largué ce genre de sous-munitions. Malgré des appels répétés, entre autres d’Amnesty International, l’armée israélienne n’a jamais transmis d’informations complètes et exactes sur les territoires qu’elle avait parsemés de bombes à sous-munitions.(1)

Cinq ans après la guerre, ces « cadeaux d’adieu » d’Israël ont fait près de 400 victimes, dont 50 morts.

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Près de 100 pays ont signé un traité pour éliminer les bombes à sous-munitions, mais les principaux producteurs (USA, Russie, Chine et Israël) restent à l’écart…
1) un conteneur lâché par avions (typiquement 454 kg)…
2) …s’ouvre et répand environ 200 sous-munitions d’environ 20cm chacune…
3) …qui planent grâce à un forme de parachute et couvrent donc une vaste surface. Lors de l’explosion, elles se fragmentent en petits éclats de métal qui cause des blessures très graves ou la mort. Un grand nombre n’explose pas tout de suite et représentent un danger pendant des années, principalement pour les civils et les enfants

 

La plupart des victimes sont des civils. Surtout des enfants qui confondent ces objets brillants avec des jouets. Mais les fonds pour l’assistance ne suffisent pas. Maha Choumane Jebahi, de la Lebanese Handicap Welfare Association, explique que de nombreuses victimes attendent des prothèses. « Comment expliquer à quelqu’un qu’on peut lui fournir une aide psychologique mais qu’on ne peut pas lui donner une jambe ? », dit-elle.

En avril 2010, 52 % des 45 km² touchés ont été dépollués, mais il reste encore des centaines de milliers de bombes qui menacent en permanence la vie de la population civile au Sud-Liban.(2)

Une équipe féminine de déminage

Mohammad Hajj-Moussa, victime d’une bombe à sous-munitions, sort de son lit dans le camp de réfugiés palestiniens à Tyr, dans le sud du Liban, le 29 mars 2010 (AFP)

Mohammad Hajj-Moussa, victime d’une bombe à sous-munitions, sort de son lit dans le camp de réfugiés palestiniens à Tyr, dans le sud du Liban, le 29 mars 2010.  Mohammed Hajj-Moussa, un jeune réfugié palestinien du camp d’Al Bass à Tyr, a perdu ses deux jambes le 11 août 2006. Alors qu’il était à moto, derrière son père qui devait livrer de la nourriture dans une localité voisine, une bombe à sous-munitions a explosé à leur passage. « On m’a retrouvé dans un ruisseau quatre heures après l’explosion », se rappelle Mohammad. « J’ai repris conscience au moment où ils me retiraient de l’eau, et j’avais compris : mes jambes avaient été broyées par l’explosion. » (AFP)

Elles étaient enseignantes, infirmières ou ménagères avant. Maintenant, elles ont été formées pour rechercher des mines. L’équipe féminine travaille en tandem avec d’autres équipes de chercheurs, tous coordonnés par l’armée libanaise, afin de débarrasser les campagnes de ces mines qui peuvent exploser à tout moment. Quel que soit le sexe des équipes, les risques sont toujours les mêmes : un geste imprudent, et on peut perdre un bras, une jambe. Le jour précédent l’enregistrement du reportage ci-dessous (vidéo), un chercheur d’une autre équipe de déminage a été blessé, rappelant à tous les dangers de la tâche. Chacun a son groupe sanguin brodé sur sa veste et ceci, bien sûr, à raison.

Depuis le mois de mai, l’équipe a trouvé 38 mini-bombes dans le secteur où elle travaille et 2 sur la route menant au site et que des voitures empruntent quotidiennement. Le jour du reportage, les femmes ont nettoyé 330 m² et elles ont trouvé et détruit une mini-bombe. Elles travaillaient dans une température de 40°C, tout en portant un lourd équipement de sécurité !

Zein Lamas a 33 ans et est mère de deux enfants. Elle supervise l’équipe et est l’une des premières à avoir été engagées par la NPA (Norwegian People’s Aid, une ONG norvégienne).

« Je travaille avec la NPA depuis 8 ans. Lorsqu’un appel au recrutement a été lancé, j’ai réagi tout de suite, j’ai posé ma candidature. Bien sûr, lorsque j’ai entendu parler des bombes, du nombre de victimes, des amputations, j’ai eu peur. Mais quand j’ai commencé à travailler, c’était différent. Surtout quand tu es prudent, et que tu suis en permanence les consignes. La première des choses à retenir c’est « sécurité, sécurité, sécurité ! ».Tu dois être éveillée et concentrée, lorsque tu es dans le champ et tu dois examiner le sol lentement. C’est mon rôle de rappeler constamment aux femmes de faire attention. »

« Au début, les hommes étaient surpris de nous voir dans les champs, portant les mêmes équipements de protection qu’eux et opérant la destruction de bombes tout comme eux. Mais nous travaillons bien en tant qu’équipe féminine. Nous partageons des choses que nous ne pourrions faire de la même façon avec nos collègues masculins. Nous sommes bonnes dans ce que nous faisons et nous montrons que les femmes peuvent faire n’importe quel type de travail. »

« Nous, les femmes, sommes plus patientes que les hommes ; c’est pourquoi nous sommes compétentes pour ce boulot. Nous travaillons plus lentement et peut-être avons-nous aussi un peu plus peur que les hommes. »
« J’étais professeur d’anglais, auparavant. Je voulais changer. Et ceci est vraiment un réel changement par rapport à l’enseignement. Bien sûr, ma famille était inquiète, mais maintenant ils me demandent chaque jour combien de de mini-bombes j’ai trouvées. »

« Nous sentons que nous faisons quelque chose pour le Liban. Grâce à notre travail, les enfants peuvent jouer en sécurité dans les champs et les paysans peuvent retourner dans leurs champs pour gagner l’argent destiné à leur famille. »

Asaad Abeer est palestinienne, du camp de réfugiés d’Al Bass, à Tyr

« J’étais au chômage lorsque j’ai appris que le NPA recrutait des femmes pour une équipe de déminage et je me suis présentée sans rien dire à personne, même pas à mon mari. Au début, il était très inquiet, parce que le travail est très risqué. J’ai cinq filles, la plus âgée est fiancée. Elles comprennent que je travaille durement. Elles s’inquiètent pour moi. Hier, une bombe a explosé à proximité d’un homme de DCA (une autre ONG qui s’occupe du déminage). Mon mari et mes enfants étaient très effrayés, hier soir. Ils  continuent de me dire de faire attention ou de quitter le boulot. Au début, j’avais peur, mais maintenant, non. J’aime mon travail.»

« Nous entrons dans le champ avec un casque et une veste blindée. Tu dois continuellement observer la distance pendant que tu cherches. Tu dois te souvenir des instructions de sécurité et tu dois te concentrer. La visière du casque doit être tout le temps baissée. Mais lorsque je trouve une bombe et que je peux la neutraliser, je suis très heureuse. C’est un sentiment indescriptible. Je me sens comme si j’avais sauvé une vie et je commence à chanter et à danser. » (3)

L.D.


(1) http://www.intal.be/nl/article/bombes-fragmentation-au-liban-flahaut-veut-mettre-en-avant-l39idee-du-quotpollueur-payeurqu-2
(2) http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=8476
(3) http://www.guardian.co.uk/world/2011/aug/12/lebanon-women-clear-cluster-bomb (la page n’est plus accessible)

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