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ARTE a vraiment exagéré dans son soutien au cinéma israélien, et doit faire marche arrière

Selon le site “Un écho d’Israël” – dont on devine aisément qu’il n’est pas précisément dédié à la défense des droits des Palestiniens – la chaîne de télé franco-allemande ARTE aurait décidé de cesser d’investir dans la production de films israéliens pour au moins deux ans.

ARTE a en effet, comme on dit, fait très fort, trop fort, dans ce domaine au cours des années écoulées : selon “Un écho d’Israël”, plus d’une vingtaine de films israéliens attendent d’être diffusés par ARTE. Sur 50 films étrangers auxquels la chaîne franco-allemande a apporté un appui financier, non moins de 25 sont israéliens.

De fait, la programmation d’ARTE – pas seulement dans le domaine cinématographique – participe activement, et même lourdement, à la propagande sioniste, non évidemment sans exploiter avec acharnement la ficelle – le câble, faudrait-il dire – du “devoir de mémoire”, presque exclusivement invoqué à propos de la destruction des juifs d’Europe par les nazis, appelée “Shoah”.

Des heures et des heures d’antenne sont consacrées à des émissions visant le plus souvent à entretenir à l’infini le sentiment de culpabilité que les Européens – et parmi eux plus particulièrement les Français – sont en quelque sorte mis en demeure de ressentir pour l’éternité. Culpabilité qui est supposée, bien entendu, anihilier toute velléité de critique vis-à-vis d’Israël, surtout dans les rangs des hommes politiques, des journalistes et des intellectuels en général.

UN CHANTAGE DEVENU TROP VOYANT

Mais, à la longue, cet espèce de chantage est devenu plutôt voyant, et il a des effets inverses à ceux qui étaient recherchés. Même le philosophe médiatique réactionnaire Alain Finkielkraut, un des agents les plus acharnés de cette propagande, est obligé de le constater.

Dans la préface d’un livre qui reproduit d’émissions de radio au cours desquelles il a lui-même participé au ressassement inlassable dont il mesure soudain les effets secondaires dus à une erreur de dosage, il écrit :

« […] voici que surgit, pour cette civilisation, un problème inattendu : non pas l’oubli du crime, mais l’oubli de tout le reste; non pas la négligence, mais l’obnubilation; non plus “Hitler, connais pas !” mais, comme disait déjà Léo Strauss, une systématique reductio ad hitlerum. Hitler hante notre actualité et du passé désormais personne d’autre, ou presque, ne surnage.

Hans Jonas était encore optimiste quand il écrivait : “Nous sommes confrontés par les grands malfaiteurs de notre siècle à la perspective intolérable de voir la bonne renommée et infamie finir ex aequo dans l’immortalité”. Aujourd’hui, le malfaiteur suprême est en passe de siéger seul sur le trône de la mémoire.

(…) Dans cette société de l’accusation perpétuelle et de l’expiation tapageuse qui arraisonne à tours de bras les fameuses heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire, je me prends parfois à rêver d’une mémoire pédestre, modeste, discrète, silencieuse ou qui ne fasse pas d’autre bruit que celui des pages qu’on tourne dans le colloque singulier de la lecture. »

Le tapage dont il est lui-même un des principaux artisans, soudain, dérange M. Finkielkraut, il trouble ses lectures studieuses, et il aspire au retour du silence dès lors qu’avec ses amis il ne jouit plus du monopole de son organisation, et qu’une part croissante du public aperçoit la grossièreté des procédés par lesquels ils ont longtemps muselé quiconque n’entrait pas dans leur jeu.

Finkielkraut était, au début de novembre, l’invité d’une émission de France 2, “Semaine critique” [1], où il venait vendre le livre dont question plus haut [2]. L’ancien premier ministre “socialiste” Michel Rocard s’y trouvait également, ayant lui aussi commis récemment un ouvrage.

A propos du livre de Finkielkraut, qu’il n’avait pas encore lu, a-t-il précisé, Michel Rocard (80 ans) a tenu des propos extrêmement révélateurs de la chape de plomb morale qui pèse encore sur la génération politique à laquelle il appartient, et à coup sûr sur une grande partie de la suivante.

Entendant que Finkielkraut finit par s’alarmer des effets négatifs, de son point de vue, qu’entraîne l’exploitation par trop outrancière, au bénéfice d’Israël, de la mémoire de l’extermination des juifs d’Europe par les nazis, l’ancien premier ministre de Mitterrand a dit “son immense soulagement” :

« Je ne suis pas juif. Je n’ai pas l’HONNEUR d’être juif, donc je ne peux pas dire “doucement les gars, vous commencez à secréter de l’antisémitisme en en faisant trop, en ayant une espèce de culte ou de magnification de la Shoah comme créatrice à elle toute seule d’une identité collective, etc…, et les malheureux goys – les non-juifs – qui entendent cela, qui sont pleins de culpabilité d’avoir fait partie… ».

Je porte la culpabilité collective d’appartenir à un pays qui n’a pas été foutu d’empêcher cela [la “Shoah”], c’est ça que nous avons tous en tête, ET DONC NOUS NE POUVONS QUE NOUS TAIRE. Mais que VOUS vous disiez “attention les enfants, il faut une conscience historique qui équilibre le poids des différents drames, il n’y a pas tellement d’unicité [3], restons rationnels et regardons dans des comparaisons à peu près intelligentes… En effet, le nazisme, en effet le bolchévisme, peut-être les suites de la révolution culturelle en Chine [Giesbert l’interrompt pour parler de “dizaines de millions de morts”]… goulag, on ne sait pas très bien…
Il y avait une espèce de mythification de la Shoah qui commençait secrètement à créer un malaise chez les non-juifs à propos du peuple juif et qui secrétait en fait un formidable antisémitisme progressif et dangereux
».

Ainsi donc, selon Rocard,  les “goyims” ont juste le droit de la fermer et d’attendre sagement que Finkielkraut et ses amis veuillent bien se rendre compte que leur stratégie est en train de se retourner contre eux, ce qui semble être l’unique bonne raison d’attendre qu’ils reviennent (un peu) à la raison.

Et qui était Premier Ministre de la France lorsque fut signé le traité franco-allemand qui a abouti à la création de ARTE ? Michel Rocard, pardi !

ARTE, la chaîne “culturelle” franco-allemande (et un peu belge) qui, gavée de productions israéliennes, ne sait plus quoi en faire, et est bien obligée de marquer une pause. Du moins en ce qui concerne le cinéma, car pour le reste on peut, entre autres, compter sur Daniel Leconte pour poursuivre son intox islamophobe permanente, dont ne sont démasquées, au hasard, que très peu de manifestations.

Cette décision de ARTE, écrit “Un écho d’Israël”, “est un coup dur pour le secteur cinématographique israélien puisque la chaîne était le groupe étranger le plus important qui le soutenait financièrement avec plusieurs millions de shekels chaque année”.

Arte avait participé à la production de films israéliens comme Valse avec Bachir, Les méduses ou encore Liban. Actuellement, l’instrument de propagande essentiel qu’est le cinéma israélien est plus soutenu par des sociétés et des fonds étrangers que par des groupes israéliens et le ministère israélien de la Culture.

Il ne faudrait toutefois pas déduire de la décision de ARTE que la France sarkozyste relâche ses efforts en faveur de la propagande sioniste : lors des “Rencontres Internationales de la Culture, de l’Économie et des Médias” du Forum d’Avignon, la ministre israélienne de la Culture et des Sports Limor Livnat (membre du Likoud, et même de sa branche la plus réactionnaire) et le ministre français de la Culture et du tourisme sexuel en Thaïlande,  Frédéric Mitterrand, ont signé un accord de coopération visant, entre autres choses, à “intensifier la création cinématographique franco-israélienne”.

L.D.           


[1] titre largement usurpé en l’occurrence, quant on sait qu’elle est présentée par Franz-Olivier Giesbert et qu’y ont leur rond de serviette Elisabeth Levy et Caroline Fourest (absente ce soir-là).
[2] L’interminable écriture de l’extermination – Ed. Stock.  Dans ce livre, qui reproduit le texte d’entretiens entre Finkielkraut et toute une série de personnalités, diffusés sur France-Culture, cette phrase de Serge Klarsfeld : « De notre réflexion sur la Shoah, nous avons en effet, extrait ce mot d’ordre très simple, très direct : “Plus jamais ça !”, en tous cas pour le peuple juif ». Tout le sens de la démarche est dans les dernier mots, révélateurs d’un racisme qu’on ne se donne plus la peine de masquer.
[3] il s’agit de “l’unicité de la Shoah” fréquemment revendiquée par les sionistes pour interdire toute comparaison avec d’autres génocides, ou même interdire qu’on qualifie, par exemple, de génocide l’extermination des Arméniens ou d’autres, réclamant en quelque sorte l’exclusivité du mot à leur profit.

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