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Après le Mur, des portes électroniques autour du camp de Ain El-Helweh au Liban

Des portes de sécurité électroniques ont été installées par l’armée libanaise le 12 juin 2018, aux quatre entrées du camp d’Ein El-Hilweh : Al-Ta’mir, Darb al-Sim, al-Hesbah et à l’hôpital public et à l’entrée du camp d’al-Miyya-Mieh.

Après la prière, le soir où ces portes de sécurité ont été installées, une marche a été organisée à partir des mosquées des camps d’Ein el-Hilweh et d’al-Miyah-Mieh en réponse à la décision de l’armée libanaise. 

Ces mesures affectent négativement les conditions de vie des résidents des camps et les allées et venues dans la ville de Saida en général, puisque le camp constitue en fait un faubourg de cette ville.

Ces mesures de sécurité sévères imposées par l’armée ont rapidement abouti à une congestion aux check-points et elles entravent grandement les déplacements des civils vers leur travail, leurs cours ou leurs occupations habituelles et elles retardent également l’arrivée des patients dans les hôpitaux.

Les Palestiniens au Liban ont demandé qu’on allège ces mesures de sécurité aux entrées des camps d’Ein el-Hilweh et d’al-Miyya.

Dans leur déclaration, les comités palestiniens ont demandé en effet aux autorités libanaises de supprimer ces portes électroniques et ont insisté en disant que l’importante coordination sécuritaire entre les autorités palestiniennes et libanaises constituait une garantie de sécurité à l’intérieur et dans la périphérie des camps palestiniens au Liban.

Ils ont également fait remarquer qu’il était possible à l’armée de prendre de nombreuses mesures sans pour autant entraver les allées et venues des civils et, en même temps, obtenir de meilleurs résultats dans le maintien de la sécurité et de la stabilité.

Le contexte

Le camp de réfugiés palestiniens d’Ein El-Hilweh (EHC), situé à 3 kilomètres au sud-est de Saïda, a été installé près de la ville de Saïda en 1948 par le Comité international de la Croix-Rouge afin de loger les réfugiés en provenance du nord de la Palestine 1. Il est devenu le plus grand camp du Liban, tant par sa population (80 000 personnes, estime-t-on, dans le camp et aux alentours immédiats) que par sa superficie (1,5 kilomètre carré).

L’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) a débuté ses opérations dans le camp en 1952. Toutefois, l’office ne gère pas ni n’administre le camp, il se contente de lui fournir les services essentiels.

Les résidents du camp connaissent de hauts taux de pauvreté et de chômage et ils restent grandement dépendants des services de l’UNRWA et de diverses ONG pour le logement, les soins de santé et l’enseignement. Ils disposent de peu de sources indépendantes de revenu, en partie en raison des restrictions concernant le travail et la propriété privée. Les habitants d’Ein El-Hilweh travaillent surtout en tant qu’ouvriers temporaires sur les sites en construction, dans les vergers ou les ateliers de broderie, ou encore dans le nettoyage. Le taux d’échec ou d’abandon des études est très élevé dans les écoles du fait que les écoliers sont souvent obligés de quitter l’école afin d’apporter un soutien à leur famille. L’afflux de nombreux réfugiés palestiniens de Syrie dans un espace urbain surpeuplé a accru considérablement la charge des infrastructures et services déjà dépassés et inefficients dans le camp. Il a également accentué la concurrence autour des maigres ressources, emplois et assistance, ce qui accroît en outre le risque de tensions communautaires. Cette situation a débouché sur un environnement propice frictions et aux confrontations, qui se caractérise par une absence de lois et de fréquents débordements dans de brefs éclats de violence armée.

En novembre 2016, les autorités libanaises avaient entamé la construction d’un mur d’isolement avec tours de garde afin de séparer le camp des zones avoisinantes et raison de l’augmentation des problèmes sécuritaires, puisqu’il était rapporté que des fugitifs et des extrémistes utilisaient également le camp pour se cacher de l’armée libanaise. Dès le début, le projet rencontra de la résistance de la part de nombre de résidents du camp, qui le qualifièrent de« mur de séparation raciste » ou de « mur de la honte » et déclarèrent qu’il était semblable en tous points aux mesures du gouvernement israélien. Les portes électroniques sont les dernières d’une série de mesures destinées à accroître la sécurité à Ein El-Hilweh et elles ont suscité l’indignation des factions et résidents palestiniens.

Ces portes électroniques sont censées être installées aux entrées du camp de réfugiés, afin de screener toute personne qui se rend dans le camp ou qui en sort. L’armée libanaise a déclaré que ces nouvelles portes n’affecteraient pas négativement la vie dans le camp. Mais, en fait, elles accroîtront encore les frictions entre les Palestiniens et l’armée. Les réfugiés palestiniens vivant dans les camps doivent désormais se soumettre quotidiennement à des inspections menées par les forces sécuritaires libanaises.


Source : Briefing on latest security measures in the Ein El-Hilweh Palestine refugee camp in Lebanon

Traduction : Jean-Marie Flémal

 

 

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Notes   [ + ]

1. « South Lebanon: Ein El-Hilweh Camp Profile 2017 » (Sud-Liban : Profil du camp d’EEH, 2017). ReliefWeb. Consulté le 18 juin