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Après avoir jadis pillé le gaz naturel égyptien, Israël va en plus encaisser des milliards de dollars d’indemnités

Pendant de nombreuses années, sous le régime de Hosni Moubarak, l’Égypte a fourni à Israël du gaz naturel à des conditions scandaleusement désavantageuses pour elle. Lors de sa chute, Moubarak fut emprisonné en raison de forts soupçons de corruption et de détournements de deniers publics, et il fut en particulier interrogé à propos des conditions dans lesquelles avait été conclu un accord gazier avec Israël. Cet accord était une annexe de l’accord de paix conclu entre l’Égypte et Israël. Il s’agissait donc essentiellement d’un accord de nature politique.

L’ancien ministre égyptien de l’énergie, Sameh Fahmy et cinq autres hauts responsables égyptiens déchus firent l’objet d’une enquête au même propos.

Dans une déclaration, le Ministère Public égyptien avait affirmé que l’accord gazier avait permis à Israël – qui achetait à l’époque à l’Égypte 40% de ses besoins en gaz naturel – de bénéficier de prix anormalement bas, non conformes aux conditions du marché, et que cela avait représenté pour l’Égypte une perte de l’ordre de 714 millions de dollars US (le contrat porte au total sur environ 20 milliards de dollars US). 

On sait que, postérieurement au renversement de Moubarak, d’importantes découvertes de gisement de gaz ont eu lieu en Méditerranée, et qu’Israël entend évidemment en tirer le maximum de profit, y compris au détriment des intérêts de pays voisins et bien entendu des Palestiniens (à qui à tout le moins une partie des gisements, situés au large de la Bande de Gaza, doit revenir).

On a appris récemment que deux compagnie israéliennes devraient empocher la bagatelle de 3 milliards de dollars US… au titre de compensation pour des pertes qu’elles ont subies en 2012, lorsque l’Égypte a soudainement résilié les accords de fourniture de gaz avec Israël.

Selon Reuters, c’est un tribunal arbitral suisse qui – confirmant une précédente décision arbitrale prononcée en France en 2015 – a condamné deux compagnies égyptiennes à payer près de 2 milliards de dollars de dommages et intérêts à “Israël Electric Corporation” (IEC), qui est la propriété de l’État israélien (c’est la compagnie qui a fortement restreint récemment les fournitures d’électricité à la Bande de Gaza).

L’accord entre l’Égypte et Israël était initialement avoir une durée de 20 ans, mais il avait été rompu en 2012 d’une part pour les raisons évoquées plus haut, et d’autre part en raison de nombreuses attaques visant le gazoduc reliant les deux pays à travers le Sinaï, zone qui jusqu’à ce jour connaît une grande instabilité.

IEC a réclamé une indemnisation, car la rupture du contrat de fourniture avec l’Égypte l’avait contraint à utiliser du fuel pour produire de l’électricité, jusqu’à ce qu’Israël trouve d’autres sources d’approvisionnement en gaz. Avant la rupture de contrat, le gaz égyptien fournissait à Israël 43% de ses besoins de gaz pour la production d’électricité.

L’Égypte a aussi accepté d’indemniser la compagnie EMG (détenue par des investisseurs égyptiens et la compagnie à capitaux israéliens Ampal), qui avait construit et exploitait le gazoduc. Dans un premier temps ce sont des sociétés égyptiennes qui réclamaient à EMG des centaines de millions de dollars de dommages, affirmant que du gaz qui avait été fourni n’avait jamais été payé. Mais après une contre-attaque de EMG, ce sont finalement les fournisseur égyptiens qui vont débourser ±1 milliard de dollars au profit de EMG, pour rupture de contrat.

Maigre consolation : EMG réclamait 3,56 milliards de dollars, mais n’a pas obtenu ce montant pharaonique. C’est quand même une bonne nouvelle pour Ampal, qui détient 12% du capital de EMG et dont c’est le principal actif. Ampal, dont le siège est situé aux États-Unis, avait été mise en liquidation à la suite de la rupture du contrat par l’Égypte, et ses créanciers qui avaient souscrit des obligations émises par Ampal risquaient de perdre définitivement 221 millions de dollars, les banques en étant pour 70 millions de dollars supplémentaires.

Le peuple égyptien, qui connaît des conditions d’existence de plus en plus difficiles, sera certainement très heureux d’apprendre que les capitalistes israéliens qui pillaient les ressources naturelles de leur pays sous l’ancien régime vont encore se goinfrer de quelques milliards de dollars.

L.D.


Source principale : Haaretz

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