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Déclaration d’Al-Awda : Les réfugiés palestiniens au Liban en lutte pour la justice

Al-Awda, la Coalition pour le droit au retour en Palestine, est unie à notre peuple, les réfugiés palestiniens au Liban engagés dans des actions de protestation et de grève pour leurs droits humains, sociaux et civiques. De même que les réfugiés palestiniens luttent pour le droit au retour qu’on leur refuse depuis 71 ans, ils sont aussi confrontés à la discrimination, à l’exclusion et à la marginalisation dans leurs pays d’accueil. C’est particulièrement le cas au Liban, qui héberge plus de 500 000 réfugiés palestiniens, juste de l’autre côté de la frontière de leur patrie, la Palestine, où ils ont longtemps été confrontés à des conditions de siège et d’exclusion.

Manifestation dans le camp d’Ain Helweh (Photo : Collectif Palestine Vaincra)

Les réfugiés palestiniens au Liban se voient refuser l’accès à plus de 70 professions réglementées, dont la médecine, les services publics, la pêche et l’agriculture. Ils ne peuvent acheter de propriété et, de plus, la pauvreté et les privations dans les camps palestiniens ont empiré, forçant une fois de plus de nombreux jeunes Palestiniens à
l’exil afin de chercher la sécurité et un gagne-pain en Europe et ailleurs. Très récemment, des protestations, généralement dirigées par les jeunes Palestiniens, ont éclaté dans tout le pays en un «soulèvement des camps », suite aux ordonnances d’application de la nouvelle législation libanaise du travail annoncée par le ministre
Kamil Abu Sleiman.

Abu Sleiman, qui a ordonné aux autorités de rechercher et de fermer des magasins, boutiques, usines et ateliers dans le but d’empêcher l’emploi de « travailleurs étrangers illégaux », représente le parti de droite des Forces libanaises, bien connu pour ses incitations contre les réfugiés palestiniens et syriens au Liban. L’histoire des
Forces libanaises commence par une milice d’extrême droite dirigée par des seigneurs de guerre, dont le plus célèbre fut Samir Geagea. La milice des Forces libanaises et les forces alliées ont un long passé de génocide à l’encontre des Palestiniens et de massacres de communautés alliées au mouvement libanais de libération nationale. Durant toute cette période de son histoire, la milice a reçu des formations, entraînements et armes de la part des sionistes.

Par conséquent, ce n’est pas une surprise si l’application de la législation du travail annoncée par Abu Sleiman requiert des «travailleurs étrangers » qu’ils obtiennent des permis de travail coûteux à l’issue de longues démarches bureaucratiques et qu’ils
cotisent au système libanais de sécurité sociale – dont ils ne profitent pas ni ne pourront pas profiter, puisque les réfugiés palestiniens sont exclus des services libanais d’éducation et de soins de santé et qu’ils doivent en lieu et place faire appel aux services de l’UNRWA.

Ces mesures signifient également que les petits commerces et entreprises palestiniens pourraient être forcés de fermer, dans le même temps que les travailleurs palestiniens continueront à être exclus des rares emplois, très souvent sous-payés, qu’ils sont en
mesure de décrocher.

Il conviendrait de noter que le ciblage des « travailleurs étrangers illégaux » vise également à exclure les réfugiés syriens. Les luttes des réfugiés palestiniens et syriens pour des droits sociaux et économiques fondamentaux au Liban se déroulent au moment précis où ces mêmes réfugiés sont attaqués à plusieurs niveaux, y compris et
particulièrement par les mesures racistes et en effet mortelles des Etats-Unis et de l’Union européenne ; cela va d’une tentative de modifier le statut sans équivoque des réfugiés palestiniens dans la législation internationale à une imposition de la «Forteresse Europe» qui se traduit par la mort de milliers de personnes dans les eaux méditerranéennes.

Les réfugiés palestiniens luttent pour leur droit à retourner chez eux et pour la libération de la Palestine. La cause fondamentale de leurs privations est le projet colonial israélien d’implantation et d’occupation sioniste de la Palestine, qui les a dépossédés de leurs terres et foyers ancestraux. Depuis des décennies, les camps de
réfugiés au Liban sont connus comme le cœur de la révolution palestinienne. Toutefois, les décennies qui ont suivi la signature des accords d’Oslo en 1993 ont été particulièrement dévastatrices pour ces Palestiniens du fait que leur droit au retour et même leur existence et gagne-pain dans les camps ont été marginalisés et oubliés, et ce, même par la direction palestinienne officielle.

Aujourd’hui, l’attaque contre le droit au retour s’intensifie. L’UNRWA est confrontée à une réduction considérable de son financement, suite à une campagne dirigée par les Etats-Unis et faisant partie du projet du fameux « deal du siècle » de Trump, ce qui marginalisera plus encore les réfugiés palestiniens et les plongera dans les privations et le désespoir. Depuis Oslo jusqu’aux modèles actuels de « paix
économique » et de normalisation, la dépossession future des réfugiés palestiniens occupe le centre de toute nouvelle attaque contre la Palestine. Cette tentative visant à appauvrir plus encore les réfugiés palestiniens au Liban ne peut être séparée de l’attaque plus large contre les droits fondamentaux des Palestiniens partout où ils se
trouvent.

De la même façon, que ce soit lors de ces grèves et protestations dans les camps du Liban, ou à la Grande Marche du Retour à Gaza ou encore au sein des mouvements partout dans la diaspora, les réfugiés palestiniens font savoir clairement que leur droit au retour à leurs terres et foyers en Palestine occupée ne peut leur être refusé et ne le sera pas non plus.

Les organisations des jeunes Palestiniens ont exprimé un certain nombre de revendications et ils ont promis de poursuivre leurs actions de protestation tant qu’on n’y aura pas répondu. Ces revendications sont les suivantes :

– L’octroi d’un statut légal clair aux réfugiés palestiniens, avec des droits civiques, économiques et sociaux ;

-Un amendement de la législation libanaise du travail qui annulera l’obligation du permis de travail pour les réfugiés palestiniens et mettra un terme à leur exclusion des professionsréglementées ;

-La fin de la discrimination actuelle à l’encontre des réfugiés palestiniens dans toute une série de domaines, accompagnée de l’obtention du droit de propriété.

Ils ont conclu leur déclaration par un appel à l’action et par une déclaration de principe que nous, à Al-Awda, réaffirmons aujourd’hui :

« Nous demandons à notre peuple en Palestine occupée, dans les nations arabes, en Europe, aux Etats-Unis et dans le monde entier de nous soutenir dans nos revendications en organisant des événements et des mobilisations. En tant que Palestiniens, nous réaffirmons notre droit au retour en Palestine, dans toute la Palestine, et rejetons la réinstallation et toutes les conspirations visant à éliminer notre cause palestinienne. »

Nous invitons instamment tout le monde à entreprendre des actions pour soutenir les réfugiés palestiniens au Liban dans leurs protestations.

Voici quelques actions que vous pouvez entreprendre :

1.Organisez des protestations publiques et des manifestations sur les places publiques, dans les parcs et devant les ambassades du Liban afin de réclamer justice pour les réfugiés palestiniens.

2.Contactez les ambassades du Liban pour leur dire que vous soutenez les réfugiés palestiniens et syriens ainsi que la suppression des législations du travail iniques au Liban, législations qui sanctionnent les gens marginalisés.


Publié le 25/7/2019 sur Al Awda
Traduction : Jean-Marie Flémal

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