Dans l'actu

Appel à la Fédération Internationale des Acteurs (FIA) : ne vous rendez pas à Tel-Aviv !

Chers membres et équipe de la Féderation Internationale des Acteurs (FIA),

Comme nous apprécions grandement le travail de la fédération syndicale internationale, nous vous demandons de reconsidérer le lieu de la prochaine rencontre européenne prévue à Tel-Aviv. Nous pensons qu’il est très important que les syndicats de travailleurs culturels s’organisent au niveau international, et il est également important que de tels partenariats puissent avoir lieu de la manière la plus démocratique et éthique possible.

Même si la FIA ne soutient pas la campagne BDS, la décision d’aller à Tel-Aviv va directement à l’encontre de la volonté de nombreux syndicalistes qui soutiennent BDS (campagne de boycott, désinvestissement et sanctions qui demande à Israël de respecter les droits humains et le droit international). La campagne BDS appelle à la solidarité par des actions non violentes contre les violations du droit international et les violations graves des droits de l’homme contre la population palestinienne. Le choix de tenir la prochaine réunion en Israël est une déclaration contre la décision de vos propres membres qui soutiennent BDS. La FIA a déclaré qu’elle connaissait BDS et le soutien de certains de ses membres. Cela signifie qu’ils les excluent délibérément de la prochaine réunion.

Deuxièmement, selon les représentants des syndicats présents, l’équipe de la FIA n’a autorisé aucune participation ou consultation sur la décision de se rendre à Tel-Aviv. La décision, bien préparée dans les coulisses, a été présentée comme un fait accompli lors de la réunion de la FIA à Hambourg. Cette approche va à l’encontre des principes fondamentaux de transparence et de démocratie, qui sont essentiels pour l’organisation d’une fédération syndicale.

Notez que cette discussion ne porte pas sur l’intégrité du SHAHAM, « l’association des acteurs israéliens » accueillante ou de leurs membres, mais sur la décision d’organiser une réunion européenne en Israël, un pays qui n’appartient même pas à l‘UE.
Si la FIA estime qu’il est important de soutenir le SHAHAM dans ses éventuelles activités de critique de son gouvernement, pourquoi ne pas lui donner une tribune lors d’une réunion en Europe pour expliquer comment il organise son travail et comment le gouvernement tente d’interférer ? Cela donnerait à la FIA et à ses membres l’occasion d’exprimer également leurs critiques à l’égard de la politique du gouvernement israélien. 1

Troisièmement, de nombreuses déclarations des partenaires syndicaux de la FIA appellent à la solidarité syndicale avec les Palestiniens tels que l’UNI, la Fédération internationale des syndicats 2 et la fédération syndicale ETUN. Bien que la FIA puisse décider indépendamment de son fonctionnement, nous tenons à souligner que sa décision va à l’encontre de l’esprit du fonctionnement de ses partenaires syndicaux et nous nous opposons également de ce point de vue au fait que cette importante décision n’a pas été discutée de manière appropriée, mais a plutôt été imposée à ses membres.

Quatrièmement, la FIA a déclaré qu’elle s’était toujours rendue dans des régions controversées, comme en Afrique du Sud lors de l’apartheid. Nous ne voyons pas clairement comment cela justifierait un voyage en Israël lorsque des personnes sont fusillées et mutilées, voire tuées chaque semaine à Gaza (ce qui, selon une enquête officielle de l’ONU, constitue des crimes de guerre), alors que plus de 500 prisonniers politiques sont détenus pour une durée indéterminée en détention administrative.

Si trois des représentants actuels et anciens de l’ONU pour les droits de l’homme dans les territoires palestiniens ont déclaré qu’Israël est un Etat d’apartheid, comment la FIA peut-elle justifier de s’y rendre sans même débattre de la tenue ou non d’une réunion ? Une comparaison d’Israël avec la Hongrie et la Pologne, comme le fait l’équipe de la FIA dans sa piètre justification, montre un déni de la gravité des crimes commis en Israël et dans les Territoires occupés.
Nous vous demandons donc de repenser l’organisation d’un congrès dans ce pays. 

Cet appel est lancé par : BACBI / Palestina Solidariteit / Association belgo-palestinienne / Artistes contre le Mur / Plateforme Charleroi-Palestine / ACOD-Cultuur.

Vous pouvez signer l’appel ICI

 

 

Print Friendly, PDF & Email

Notes   [ + ]

1. Comme nous le savons, la politique israélienne a aussi une très mauvaise réputation culturelle. Des centres culturels palestiniens sont en train d’être détruits : le centre culturel Said Al Mishal à Gaza, par exemple. Des musiciens palestiniens ont joué lors d’un Concours Eurovision de la chanson alternatif organisé parmi les ruines en mai 2019. En Israël même, les artistes sont soumis à diverses mesures de censure (la « loi de loyauté »). Mais les artistes israéliens résistent à cette politique : une dizaine d’acteurs ont refusé de jouer à Ariel, une colonie illégale en territoire palestinien, et le plus important metteur en scène israélien Itay Tiran a récemment qualifié la campagne BDS d’action très justifiée. Le 21 juin 2019, quelques dizaines de personnes du monde du théâtre ont tenu une « conférence d’urgence » à Tel Aviv pour discuter de l’autocensure qui prévaut dans le monde de l’art après les harcèlements continus de Miri Regev, ministre de la Culture.
2. L’UNI condamne l’occupation de la Palestine et, conformément à la résolution 12 du Congrès de l’UNI au Cap et à la résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU, l’UNI continue d’appeler à agir pour mettre fin au soutien économique aux colonies illégales, qui constituent un obstacle à la paix et mettent la solution à deux Etats hors de portée. L’UNI appliquera activement cette décision dans les secteurs concernés de l’UNI. En outre, l’UNI : – Appelle les gouvernements à prendre des mesures pour renouveler les négociations de paix basées sur les résolutions de l’ONU. – Poursuivra la formation et le soutien à l’organisation des travailleurs palestiniens dans les secteurs de l’UNI tels que les TIC et les finances