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L’ambassadeur israélien à Washington, propagandiste de bas étage d’un État-voyou

L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Ron Dermer, a décidé de faire cette année des cadeaux de Nouvel-An composés de produits des colonies israéliennes «de Judée, de Samarie et du plateau du Golan» [1].

On sait que, de manière à la fois constante depuis 1967 et purement contemplative, les États-Unis, quel que soit le Président en place, condamnent la colonisation des territoires palestiniens occupés, et qu’en particulier Barack Obama les considère comme un obstacle à tout accord de paix. C’est donc une fois de plus une provocation du gouvernement israélien vis-à-vis de son protecteur états-unien, dont la complaisance ne lui a il est vrai jamais fait défaut.

L'ambassadeur Ron Dermer s'imagine que le chantage à l'antisémitisme fonctionne encore…

L’ambassadeur Ron Dermer s’imagine que le chantage à l’antisémitisme fonctionne encore…

«Cette année, j’ai décidé d’envoyer un cadeau pour le Nouvel-An qui aide aussi à combattre BDS», a écrit l’ambassadeur sur son compte Twitter officiel. «J’ai décidé de faire un cadeau qui contribue à combattre les derniers efforts des ennemis d’Israël pour détruire le seul et unique État juif. Cet effort porte le nom de mouvement BDS».

«Les principales forces à l’œuvre derrière ce mouvement sont des fanatiques qui cherchent activement à éliminer Israël», écrit-il encore. «Malheureusement, ils sont occasionnellement rejoints par ceux qui croient naïvement qu’en faisant la promotion de BDS ils contribuent à faire avancer la paix entre Israéliens et Palestiniens».

Dermer ajoute que «indépendamment de pourquoi ils soutiennent BDS, les fanatiques et les fous sont simplement en train de répandre un nouvel antisémitisme. Jadis, les Juifs ont été stigmatisés et jugés différemment des autres peuples. Aujourd’hui, l’État juif est stigmatisé et jugé différemment des autres peuples.»

Évidemment, l’ambassadeur israélien à Washington ne pouvait se dispenser d’un petit couplet réservé à l’Union Européenne, et à sa récente décision concernant l’étiquetage des produits des colonies en territoire palestinien occupé (y compris Jérusalem-Est et le plateau du  Golan, dont l’annexion par Israël est récusée par tous les autres pays au monde).

Il ressort la dernière fable à la mode dans les sphères gouvernementales et diplomatiques israéliennes, selon laquelle parmi les 200 différends territoriaux dans le monde l’U.E. a choisi de ne s’en prendre aux produits «fabriqués par des Juifs» (ce qu’ils ne sont pas, puisque si des entreprises israéliennes s’installent en territoire palestinien occupé c’est avant tout pour exploiter une main-d’œuvre arabe bon marché et privée de l’essentiel des droits reconnus aux travailleurs israéliens [2]).

Par ailleurs, l’ambassadeur semble ne jamais avoir entendu parler, par exemple, des sanctions économiques autrement sévères que de simple étiquettes prises à l’encontre de la Russie à propos de l’Ukraine…

Il conclut sa missive en décrivant Israël comme «un phare de liberté, de tolérance et de décence» que tous les méchants du monde, forcément antisémites, tentent de faire passer «pour un état paria». Pour prouver qu’Israël n’est pas un «État paria» l’ambassadeur distribue donc des cadeaux des produits de ces colonies, démontrant ainsi qu’en fait, plus qu’un État-paria, Israël est un État-voyou.

L.D.


[1] “Judée et Samarie” : appellations sionistes et bibliques des deux régions composant la Cisjordanie (“West Bank”, en anglais)
[2] La propagande israélienne ne se prive d’ailleurs pas de faire valoir qu’en boycottant les produits israéliens le consommateur européen pénalise les travailleurs palestiniens. Notre récapitulatif sur les actions de boycott dans le cadre de BDS fait justice de cette argumentation qui est une sorte de chef-d’œuvre d’hypocrisie propagandiste.

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