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Alain Gresh : «Il n’y a pas de lobby plus puissant aux États-Unis que le lobby israélien»

Alain Gresh, spécialiste reconnu du Moyen-Orient, signe dans le numéro de septembre du «Monde Diplomatique», dont il est un des anciens rédacteurs en chef, un article retentissant intitulé «Lobby israélien, le documentaire interdit».

Il y explique en détail dans quelles conditions le Qatar a été amené – ou plutôt contraint – d’empêcher la diffusion d’un reportage réalisé par la chaîne de télévision Al-Jazeera.

Pour réaliser ce document, un journaliste britannique d’Al-Jazeera avait infiltré, à la demande de la chaîne qatarie, le lobby pro-israélien aux États-Unis. Brillant, avenant, chaleureux et efficace, il avait gagné la confiance des principaux acteurs des groupes de pression, organisations et associations qui ont fait de la défense inconditionnelle de l’Etat hébreux leur spécialité.

Les côtoyant au quotidien, il avait filmé leurs confidences en caméra cachée. Et le résultat est, selon Alain Gresh, «explosif», notamment parce qu’il démontre que des groupes d’influence pro-israéliens aux États-Unis violent en toute connaissance de cause les lois étatsuniennes, notamment en organisant – avec le soutien actif du gouvernement israélien – l’espionnage et le fichage de citoyens des États-Unis, sur qui ils exercent un véritable chantage 1.

Le Qatar, propriétaire de la chaîne Al-Jazeera n’aurait finalement pas voulu s’aliéner le soutien des États-Unis dans le conflit qui l’oppose à l’Arabie Saoudite. Étant donnée l’influence du lobby pro-israélien dans la politique de Washington, le Qatar a jugé plus raisonnable de renoncer à diffuser ce documentaire jugé trop gênant pour les réseaux pro-israéliens.

Le 10 avril 2018, le site de la “Zionist Organization of America”  (ZOA) publiait un communiqué annonçant qu’elle et son président Morton Klein étaient « fiers et heureux d’annoncer que, grâce à leurs efforts, incluant les réunions longues, nombreuses et approfondies de M. Klein à Doha, au Qatar, avec l’émir et d’autres hauts responsables qataris, (…) le Qatar [avait] accepté de ne pas diffuser le documentaire vicieusement antisémite d’Al-Jazira réalisé par un infiltré sur le soi-disant “lobby juif américain”» 2

Alain Gresh fait partie des rares personnes qui ont pu voir les quatre épisodes de 50 minutes chacun du documentaire interdit. Dans un entretien avec RT France, il explique les circonstances et le contexte de cette censure.

Il souligne aussi que ce qui inquiète dans la ZOA et autres organisations pro-israéliennes aux États-Unis, c’est que la jeunesse étatsunienne, juive ou non, soutient de moins en moins la politique israélienne.

Alain Gresh met bien en évidence, on l’aura noté, l’usage intensif du chantage à l’accusation d’antisémitisme que font le gouvernement israélien et ses diverses extensions à travers le monde. 

Ci-dessous, un extrait du reportage de Al-Jazeera, révélé par le site de “Electronic Intifada” :

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Notes   [ + ]

1. En outre, selon la loi étatsunienne, les organisations ou les individus travaillant pour un gouvernement étranger doivent s’enregistrer en tant que tels au ministère de la Justice. Une formalité que certaines n’ont pas effectuée. Faut-il pour autant s’étonner de l’absence de poursuites à leur encontre ? – NDLR
2. Une semaine plus tard, la chaîne rétorquait : « Morton Klein qualifie à tort le sujet de la série comme étant le “lobby juif américain”, alors que l’enquête porte sur les organisations pro-israéliennes américaines (y compris la ZOA) qui s’efforcent de promouvoir les intérêts d’une puissance étrangère sur le sol américain.» Al-Jazira, fait observer Alain Gresh, avait raison : il n’y a dans le documentaire aucune référence à un « lobby juif » — même si ce terme, qui fut employé par un ancien président du Congrès juif mondial, est courant aux États-Unis. – NDLR

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