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Les agendas officiels d’Erdan démontrent qu’Israël utilise ses services secrets contre des militants de BDS

Il existe en Israël une loi qui permet à des citoyens israéliens, ou à des organisations non gouvernementales (ONG) d’obtenir communication d’un certain nombre de documents officiels. C’est souvent long, compliqué, et il y a de nombreuses limitations à ce droit – au nom bien entendu de la “sécurité de l’État” qui plus que n’importe où ailleurs sur la planète sert de justifications pour à peu près tout – mais ils est indéniable qu’il y a là un instrument de transparence de la vie publique supérieur à ce qui existe dans bien d’autre pays, y compris dans cette Europe qui se prétend tellement ouverte et démocratique. Et cet outil, il y a des Israéliens qui l’utilisent activement.

C’est ainsi que l’ONG Hatzlaha, une organisation promouvant “une société et une économie équitables”, a demandé et obtenu, dans le cadre de cette loi sur la “liberté de l’information”, communication des agendas de tous les ministres, sous-ministres et directeurs généraux de ministères, et donc notamment du “Ministre des Affaires Stratégiques”, le tristement célèbre Gilad Erdan, dont la principale occupation est de stimuler et d’organiser la lutte contre la campagne mondiale “Boycott, Désinvestissement, Sanctions” (BDS), et qui dispose pour ce faire de budgets considérables et de tous les moyens de la puissance étatique. Sans exception.

Les agendas de Gilad Erdan pour 2018 permettent en effet d’établir que pour lutter contre BDS il fait appel à l’aide du Mossad. Dans ces agendas on trouve en effet – relève Noa Landau dans le quotidien Haaretz – mention de plusieurs rencontres entre le ministre anti-BDS et le patron du Mossad, Yossi Cohen ayant pour objet “la lutte contre le boycott”. 

«Les responsables du ministère des Affaires stratégiques sont fiers de leur travail avec les agences de sécurité de l’État, mais cachent le contenu et l’ampleur de ces activités au motif que, si elles étaient révélées, cela saperait les efforts clandestins déployés contre BDS et ses dirigeants. Les responsables du bureau d’Erdan ont déclaré que la réunion avec Cohen était simplement un “examen”, mais des sources proches des activités du ministère ont déclaré à Haaretz que le ministère coopère effectivement avec le Mossad», écrit Noa Landau.

Les agendas de Erdan indiquent aussi qu’il a tenu des réunions avec le patron du “Conseil National de Sécurité” et celui de la branche “renseignement” de cet organe de l’État israélien, ainsi qu’avec de nombreux dirigeants d’organisations de la diaspora juive, dont par exemple le American Jewish Committee, B’nai B’rith, le American Jewish Congress, le U.S. Reform Movement, le CRIF (France),… On trouve aussi mention de différents conversations téléphoniques entre le chef de cabinet de Erdan avec des dirigeants étrangers et des diplomates, ainsi que de réunions avec des leaders du mouvement des colons de Cisjordanie occupée, et notamment ceux de la zone de Hébron (le “Hebron Hills Regional Council”).

Ses agendas montrent aussi qu’en 2018 Erdan a consacré beaucoup de temps et d’efforts à mettre sur pied une structure juridique dite “d’intérêt public”, qui s’appelait au départ Kella Shlomo, mais dont le nom a ensuite été changé en Concert. Son objectif est de faire secrètement avancer des «activités de sensibilisation de masse» dans le cadre de «la lutte contre la campagne de délégitimation» d’Israël à l’échelle mondiale. Cette société, qui a reçu 128 millions de shekels (environ 36 millions de dollars US) de fonds publics et devait également collecter 128 millions de shekels de contributions privées, n’est pas soumise à la loi sur la liberté de l’information. C’est donc un des moyens déployés par le gouvernement israélien pour faire obstacle à la transparence que par ailleurs la loi lui impose théoriquement.

Au début de 2018, Haaretz avait publié la liste des actionnaires et des administrateurs de cette société, qui comprend l’ancien directeur général du ministère des Affaires stratégiques, Yossi Kuperwasser; l’ancien ambassadeur auprès de l’ONU, Dore Gold, ancien conseiller du Premier ministre Benjamin Netanyahou; l’ancien ambassadeur d’Israël aux Nations Unies, Ron Prosor; l’homme d’affaires Micah Avni; Amos Yadlin, qui dirige l’Institut d’études sur la sécurité nationale de l’Université de Tel Aviv; Miri Eisin, conseillère du Premier ministre auprès de la presse étrangère pendant la Seconde guerre du Liban; l’ancien président du Conseil national de sécurité, Yaakov Amidror; et Sagi Balasha, ancien PDG du Conseil israélo-américain. 

Selon une décision du gouvernement, les fonds ont été alloués à la réalisation d’une partie des activités du ministère des Affaires Stratégiques liées à la lutte contre “la délégitimation et au boycott de l’État d’Israël”. Il était prévu que la société lèverait la partie privée de son financement à l’initiative de “sources philanthropiques” (à savoir en général quelques milliardaires juifs étatsuniens) ou d’organisations pro-israéliennes. Un comité directeur devait être nommé pour l’initiative, composé de représentants du gouvernement et des autres partenaires financiers.

Selon un document du ministère révélé par le site web The Seventh Eye, l’organisation devait mener des activités de sensibilisation de masse «en rendant les idées nouvelles accessibles aux décideurs et aux donateurs du monde juif, et en développant de nouvelles idées» et en développant «des outils pour lutter contre la délégitimation d’Israël». Il ne semble pas que jusqu’ici ce soit un franc succès, notamment aux États-Unis, où le soutien de l’opinion publique – y compris au sein de la communauté juive – faiblit de façon constante.

L.D.

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