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Accroissement de l’approvisionnement en eau potable de Gaza en vue ? On va même fabriquer du Coca-Cola [MàJ]

L’agence de presse palestinienne Ma’an fait état d’un communiqué de “l’Administration de coordination et de liaison” (CLA) israélienne diffusé dimanche dernier, dans lequel une augmentation de l’approvisionnement en eau potable de la Bande de Gaza est annoncé.

La CLA indique que la construction d’un nouveau réseervoir vient d’être achevée, qui permettra d’augmenter les fournitures d’eau potable d’Israël à Gaza, en le connectant au réseau de distribution dans le kibboutz Nahal Oz, situé à proximité de la frontière entre Gaza et Israël.

On 19 July 2014 in the State of Palestine, passing the rubble of homes destroyed in an Israeli air strike, a girl uses a hand truck to transport jerrycans filled with water, in the town of Rafah in southern Gaza. By 19 July, the number of children killed in the recent escalation of violence between Israel and Gaza, which began on 8 July, had reportedly reached at least 70. Over 50,000 people had been displaced.

A Rafah (sud de la Bande de Gaza), une enfant palestinienne se fraye un passage à travers les ruines de maisons détruites par un raid aérien de l’aviation israélienne, en traînant un chariot chargé de bidons d’eau (juillet 2014)

Selon le COGAT (Coordination of Government Activities in the Territories), le réservoir a une contenance d’environ 5.000 m³, ce qui permettra une augmentation de la quantité d’eau transférée d’Israël vers Gaza de 1,5 à 3 millions de mètres cubes par an, qui s’ajouteront aux fournitures de l’ordre de 5 millions de mètres cubes actuelles.

Cela devrait permettre l’accès à l’eau potable pour 200.000 habitants de l’enclave de Gaza qui en sont privés.

UN PROJET DE DÉVELOPPEMENT ASSEZ SURRÉALISTE

Israël semble soudain très désireux d’exhiber sa bonne volonté pour la reconstruction de Gaza.

Image de propagande diffusée par le COGAT israélien via son compte Twitter

Image de propagande diffusée par le COGAT israélien via son compte Twitter

Il y a quelques jours, Avigdor Lieberman avait, avec ce sens de l’humour qui n’appartient qu’à lui, affirmé qu’Israël ferait de gros efforts en ce sens… à condition que le Hamas dépose les armes. On se doute que cette proposition a été reçue avec enthou­siasme…

Mais cela ne décourage apparemment pas les Israéliens de poursuivre leur offensive de propagande : mercredi (2/11), le COGAT (Coordination of Government Activities in the Territories) a fièrement annoncé qu’il avait apporté sa totale coopération au transfert à Gaza des équipements nécessaires à la construction d’une usine… de Coca-Cola. Celle-ci devrait, selon le COGAT, fournir des emplois à 1.000 habitants de Gaza.

On peut donc en déduire qu’il ne s’agit pas d’une petite usine. Et inévitablement surgit la question : avec quelle eau le breuvage sucré sera-t-il fabriqué ?

Le Coca-Cola est constitué à 89% d’eau (source). Sachant que les ressources en eau sont déjà très insuffisantes pour les besoins courants, et que 50% des nappes souterraines sont impropres à la consommation, ce n’est pas le réservoir dont il est question par ailleurs dans cet article qui paraît susceptible de résoudre le casse-tête.

Pour mémoire, l’UNRWA estime qu’en 2020 les ressources disponibles ne seront plus suffisantes pour assurer la survie de la population de la Bande de Gaza, qui sera donc devenue “inhabitable”.

Il est communément admis que le siège de Gaza par Israël est dans sa dixième année, mais en fait les restrictions graves sur la liberté de mouvement des habitants et la destruction méthodique de l’économie s’inscrivent dans un processus beaucoup plus ancien, remontant à plus de 20 ans.

Il est aussi important de noter que la crise de l’eau potable, à laquelle Israël se vante aujourd’hui de chercher à apporter un embryon de solution, a dans une très large mesure pour origine les agressions sauvages à répétition de l’armée d’occupation contre la population de Gaza. Israël a systématiquement bloqué tous les projets de construction d’installations d’assainissement des eaux de surface. Et lorsque après des années d’inaction et de négligence, une nouvelle installation de traitement des eaux a enfin été construite grâce à l’aide internationale, pour un montant de 100 millions de dollars, il s’est avéré impossible de l’utiliser en raison de la pénurie d’énergie électrique, qui elle aussi trouve son origine dans les bombardements israéliens et dans le rationnement de l’approvisionnement en fuel.

Enfin, il est important de noter que si l’amélioration de l’approvisionnement en eau de la population ne peut être accueillie que favorablement (pour peu que les intentions affichées soient suivies d’effets), cette amélioration est organisée de manière telle qu’Israël garde le contrôle absolu de l’approvisionnement. Autrement dit, cette augmentation des fournitures en eau potable (dont une partie au moins sera très probablement de l’eau volée par l’occupant dans le sous-col de la Cisjordanie occupée qu’Israël se préparé à vendre [1] aux Palestiniens de Gaza) est aussi une arme de plus dans les mains de l’occupant, un instrument de chantage auquel il n’aura – prenons-en le pari – aucun scrupule à avoir recours à sa guise, tout comme son armée pénètre presque quotidiennement à sa guise dans la Bande de Gaza au moindre prétexte ou sans prétexte du tout.


[1] La propagande israélienne formule toujours les informations relatives à l’approvisionnement de Gaza de manière telle qu’on puisse imaginer que l’énergie électrique, les produits pétroliers, les vivres, etc… sont fournis au titre de l’aide humanitaire, à titre gratuit. Il n’en est évidemment rien : tout ce qu’Israël fournit l’est contre paiement, y compris les stocks alimentaires à la veille d’être périmés ou que des marchands ne parviennent pas à fourguer ailleurs et dont ils se débarrassent sur le marché de Gaza.

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