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Les accidents du travail tuent plus de Palestiniens que les attentats et les guerres ne tuent d’Israéliens

Au cours des cinq dernières années, le nombre de travailleurs du secteur de la construction israélien victimes d’accidents du travail mortels a atteint 184, ce qui – souligne Haaretz dans son éditorial de mercredi – est largement plus que le nombre d’Israéliens qui ont perdu la vie à la suite «d’attaques terroristes» ou de «guerres» [1]

Le mois dernier, au cours d’une seule semaine, cinq ouvriers de la construction ont fait une chute mortelle sur un chantier. Mais ces accidents n’ont suscité que très peu d’intérêt : pas la moindre image dans les médias, les noms de ces victimes n’ont habituellement pas été publiés, aucun membre de leur famille n’a été interviewé.

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Yunes al-Harush, 30 ans, originaire de la petite ville de Yatta, en Cisjordanie, qui lundi est tombé d’une hauteur de  20 mètres sur un chantier du site de Givat Olga n’a suscité la curiosité de personne, il est demeuré transparent. Il n’est pas devenu un héros, à peine une victime.

Pourtant, une commission de la Knesset – le parlement israélien – s’est penché sur la situation dans le secteur de la construction, et sur le nombre intolérable de morts dans cette industrie. Le chiffre de 184 victimes des issu de ses travaux, signale Haaretz, pour qui ce “massacre” est révélateur d’un certain nombre de traits peu glorieux de la société israélienne.

Le quotidien parle de «mépris pour la mort de personnes qui construisent le pays, parce que la plupart d’entre eux sont des Arabes et des migrants et non des Juifs».

Il souligne aussi que ceux qui sont chargés de faire respecter la réglementation sur les 12.000 chantiers de construction sont assez démunis, avec un effectif de 17 inspecteurs sous-payés qui doivent se partager 5 véhicules, et face à une industrie où l’argent coule à flots mais où beaucoup d’ouvriers ne disposent ni d’un casque ni d’un harnais de sécurité.

Les chances qu’un ouvrier du bâtiment soit victime d’un accident mortel en Grande-Bretagne sont sept fois inférieures à ce qu’elle sont en Israël.

Selon Haaretz, le secteur de la construction en Israël est une jungle. Quand un ouvrier est tué à la suite de négligence, les chances que quelqu’un en paie le prix sont proches de zéro. A la suite des 184 morts déjà évoqués, il n’y a eu de poursuites que dans 11 cas, qui tous se sont soldés par des marchés conclus entre la Justice et les personnes poursuivies, qui ont subi des sanctions se résumant à quelques milliers de shekels d’amende ou quelques mois de “travaux d’intérêt général”. Au cours des dernières décennies, pas un seul entrepreneur n’a jamais passé un seul jour en prison à la suite de la mort d’un travailleur sur un de ses chantiers. Un prix ridicule en regard de la mort d’un homme qui ne faisait rien d’autre qu’essayer de gagner de quoi permettre à sa famille de survivre.

L’occupation de la Palestine c’est aussi cette exploitation indigne d’un pays qui aime tant se poser en sentinelle de la «civilisation occidentale». Toutefois, Haaretz fait état d’une prise de conscience récente, et encore très insuffisante. On n’ose trop y croire en l’absence d’évolution majeure du contexte politique et économique.

L.D.


[1]  les deux termes utilisés ici sont ceux choisis par Haaretz, et ils appartiennent au vocabulaire israélien courant. Ils doivent être accueillis avec réserves. Les «attaques terroristes» peuvent être vues, d’un point de vue palestinien, comme des actes de résistance contre une occupation interminable et sans autre perspective que se propre continuation, et on peut difficilement qualifier de «guerres» les offensives d’une des armées les mieux équipées du monde qui font principalement des victimes civiles et qui n’affrontent aucune force comparable. Le concept de «guerre» implique au moins que des forces comparables soient en présence, ce qui n’a jamais été le cas pour Israël depuis 1973.

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