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A Tel Aviv l’apartheid israélien est à l’œuvre, aux dépens des enfants, dès le jardin d’enfant

A Tel Aviv, avec la bénédiction de la municipalité, les enfants des demandeurs d’asile africains et les enfants du quartier chic de Tzahala ne peuvent pas jouer pas ensemble.

Dans Haaretz, Orly Vilnai témoigne de son incrédulité quand une habitante du nord de Tel Aviv lui a parlé de la ségrégation opérée entre tout jeunes enfants : «Nous pensions qu’elle imaginait des choses quand elle a dit qu’il y avait des écoles maternelles séparées pour les enfants noirs et blancs dans le quartier de Tzahala à Tel Aviv. Mais elle insistait. Nous sommes donc allés jusqu’au complexe préscolaire de Tzahala et nous avons continué à aller et venir entre les salles de classe alors que les preuves s’accumulaient progressivement : une école maternelle était remplie d’enfants blancs; l’autre avec des enfants noirs. En Israël, 2018».

On serait tenté d’ajouter : oui, en 2018, il y a encore des Israéliens, des gens informés, qui ne se rendent pas compte à quel point la société dans laquelle ils vivent est profondément raciste…

Orly Vilnai poursuit : «Quand vous voyez réellement la ségrégation qui se pratique dans le nord de Tel-Aviv, vous comprenez soudainement l’argument avancé par Sheffi Paz – l’un des leaders les plus bruyants du mouvement de protestation contre les demandeurs d’asile vivant dans le sud de Tel Aviv. Pendant des années, elle a crié que personne n’accepterait que son quartier soit “submergé” d’étrangers – et voici que les Tel-Aviviens du Nord font exactement ce qu’elle proclamait».

Pourtant, le chemin de l’enfer de l’apartheid est, selon elle, pavé de bonne intentions : «La municipalité de Tel Aviv avait raison, au départ, de prendre la décision de “disperser” les enfants des demandeurs d’asile et de ne pas les maintenir concentrés dans le sud de la ville. Au cours de l’année scolaire en cours, le nombre d’enfants d’étrangers d’âge préscolaire a doublé et l’on pensait que s’il y avait des mères de demandeurs d’asile travaillant dans le nord de Tel-Aviv, il conviendrait également que leurs enfants s’y rendent. La municipalité fournit également le transport pour les enfants de et vers le jardin d’enfants.

Mais si l’emplacement a changé la ségrégation a été complètement préservée. Il n’y a pas de contact entre les enfants des étrangers et les enfants de ce quartier chic. Ils ne jouent pas ensemble et ne font pas d’activités ensemble. Rien du tout. Noirs d’un côté et blancs de l’autre.»

Orly Vilnai reproduit également un entretien téléphonique avec un fonctionnaire de la municipalité de Tel Aviv, qui assure que ce système d’éducation totalement séparée correspond à “une analyse anthropologique”. Le racisme ordinaire n’est pas opposé d’une dose de vocabulaire pseudo-savant, c’est pratique pour se cacher.

Le fonctionnaire : “C’est parce que dans le sud de la ville il y a un manque d’espace et il y a beaucoup d’enfants et d’espace, donc ils sont transportés chaque jour, et ce sont des établissements préscolaires par définition pour les étrangers”

Q : “Pourquoi ne sont-ils pas mélangés avec les autres enfants ?”

Le fonctionnaire : “Parce qu’en principe ils sont des invités. La municipalité attribue les enfants en fonction de leur lieu de résidence, ce qui signifie que les enfants qui vivent dans ce quartier sont affectés à une école dans ce quartier avec des enfants qui sont leurs voisins, qui vivent près d’eux, donc ils formeront leur cercle d’amis dans le quartier”.

Q : “C’est triste”.

Le fonctionnaire : “Ce n’est pas triste du tout, ne vous inquiétez pas. Ils reçoivent la meilleure éducation possible. Considérant à quel point leur culture est différente et leurs normes et niveau de vie – vous savez, avec ce à quoi ils sont habitués – il n’y a pas de comparaison. Je suis allé en Afrique, je peux vous dire la différence !”.

Q : “Est-ce que les parents n’ont pas demandé que les enfants soient ensemble ?

Le fonctionnaire : “Je ne pourrais pas vous le dire. Il y a des politiciens quelque part là-haut qui ont décidé. 10% des enfants de la ville viennent de familles d’étrangers et un cadre approprié doit être trouvé. S’ils disaient : “Allons vivre tous en harmonie” et mettons les enfants de Tzahala ensemble avec les enfants des étrangers, je crois que la plupart des parents auraient fui”.

Et l’auteur de se demander “quel avantage y a-t-il pour les enfants de grandir dans un environnement totalement homogène ? Pour que la seule personne noire qu’ils voient jamais soit le nettoyeur de rue ? Et combien de temps les enfants continueront-ils à être élevés dans l’exclusion, la haine et le racisme ?

On peut lui suggérer une réponse simple : aussi longtemps que durera le sionisme.

L.D.           

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