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À «pas de géant», l’ANC réduit les liens de l’Afrique du Sud avec Israël

Ali Abunimah

Le Congrès national africain (ANC) au pouvoir a appliqué sa décision de réduire au strict minimum les liens diplomatiques de l’Afrique du Sud avec Israël.

« Afin de donner une expression pratique à notre soutien au peuple opprimé de Palestine, l’ANC a résolu unanimement d’inciter le gouvernement [sud-africain] à déclasser immédiatement et inconditionnellement l’ambassade de l’Afrique du Sud en Israël en un bureau de liaison », peut-on lire dans la décision adoptée cette semaine lors du congrès national du parti.

 Le groupe de campagne BDS Afrique du Sud a qualifié la décision de « pas de géant dans la bonne direction » et de « gain massif pour le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) contre Israël ».

« L’ANC, le plus ancien mouvement africain de libération, qui a bénéficié des boycotts et sanctions contre l’Afrique du Sud de l’apartheid, a montré la direction à prendre et nous veillerons à ce que d’autres nous suivent », a ajouté BDS Afrique du Sud.

Du fait que l’Afrique du Sud est un poids lourd politique du continent, la démarche de l’ANC peut être particulièrement significative en ce moment où l’on voit Israël mener une campagne de sensibilisation et de propagande pour améliorer ses liens avec d’autres pays de l’Afrique.

La conférence de l’ANC a élu comme nouveau dirigeant le vétéran de l’anti-apartheid et vice-président de l’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, qui sera également le candidat du parti aux élections présidentielles nationales de 2019.

Ramaphosa faisait partie de la bonne douzaine de dirigeants sud-africains qui, plus tôt cette année, avaient participé à un jeûne de solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens.

Une contribution pratique à la paix

La South African Jewish Board of Deputies, le principal groupe de lobbying du pays, en faveur d’Israël, a déclaré qu’elle se sentait « trahie » par la décision, suggérant qu’elle résultait d’une conspiration au sein de laquelle le processus politique de l’ANC avait été « détourné » par des gens « obsédés par le désir de saper la viabilité d’Israël et de nuire à la communauté juive locale ».

La South African Jewish Board of Deputies avait toujours entretenu de bonnes relations avec l’ancien gouvernement suprémaciste blanc du pays, qu’elle soutenait, comme l’explique en détail Sasha Polakow-Suransky dans son livre The Unspoken Alliance (L’alliance tacite), qui traite des liens étroits entre Israël et le régime de l’apartheid.

Ses prétentions à s’exprimer au nom de tous les Juifs sud-africains ont été démenties par le fait que de nombreux Juifs sud-africains ont fourni d’importantes contributions à la lutte de libération, de même qu’aujourd’hui, ils expriment leur solidarité avec les droits palestiniens.

Jeudi, les Juifs sud-africains pour une Palestine libre ont favorablement accueilli la décision de l’ANC de réduire les liens avec Israël.

« Cette mesure de l’ANC applique des pressions sur le gouvernement israélien afin qu’il mette un terme à ses violations des lois internationales », a déclaré le groupe de solidarité dans un message sur Facebook. « En tant que membres de la communauté juive, nous croyons que c’est l’une des choses les plus pratiques que l’Afrique du Sud peut faire pour contribuer à une juste paix en Palestine-Israël. »

La résolution de l’ANC doit encore être appliquée par le gouvernement.

Action

Un peu plus tôt, ce mois-ci, l’Afrique du Sud a réitéré son soutien à une solution à deux États, au moment où elle a rejeté la reconnaissance par le président américain Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël.

La décision de l’ANC ne réclame qu’un déclassement de l’ambassade de l’Afrique du Sud à Tel-Aviv, et ne fait nullement état de l’ambassade d’Israël à Pretoria.

Mais quand, en juillet dernier, l’appel au déclassement a été confirmé par la conférence politique de l’ANC, Faiez Jacobs, secrétaire de la section de l’ANC pour Western Cape, a anticipé en disant que, si l’Afrique du Sud réduit ses liens, Israël est susceptible de faire de même.

En Afrique du Sud, il y a une large identification à la lutte palestinienne.

Les Sud-Africains manifestent au Cap contre l’attaque israélienne contre Gaza en 2014. Le mouvement pour les droits palestiniens continue à gagner en force en Afrique du Sud et dans le monde entier. Photo : Mike Hutchings Reuters.

Plus tôt, ce mois-ci, l’Université de technologie Tshwane a annoncé qu’elle respecterait l’appel au boycott des institutions israéliennes complices dans la violation et le déni des droits palestiniens.

La décision de l’ANC peut être un signe de ce qu’une large solidarité s’est finalement traduite par un passage à l’action du gouvernement.

Jeudi, l’Afrique du Sud faisait partie des 128 pays qui ont voté en faveur d’un résolution de l’Assemblée générale des Nations unies condamnant la décision américaine à propos de Jérusalem – en dépit des menaces hautes et claires formulées par l’administration Trump. Trente-cinq pays se sont abstenus, alors que neuf seulement, dont Israël et les États-Unis, se sont opposés à la résolution.

La session d’urgence de l’Assemblée générale a été invitée à envisager la résolution après son rejet par le Conseil de sécurité, ce lundi, en raison du veto des États-Unis. Les 14 autres États du Conseil ont soutenu la résolution.


Publié le 21/12/2017 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

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