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A Gaza, des dizaines de milliers de civils survivent dans des conditions précaires depuis l’agression de 2014

Quelque 75.000 Palestiniens de Gaza, dont la moitié sont des enfants, demeurent des “personnes déplacées” après que leur habitation ait été détruite durant l’attaque israélienne de juillet et août 2014, selon un nouveau rapport des Nations-Unies.

Près de 500.000 personnes – plus qu’un quart de la population de Gaza, qui totalement 1,8 million d’habitants – ont été “déplacées” durant le massacre, qui avait fait plus de 2.200 victimes palestiniennes, dont 550 enfants. Approximativement 100.000 demeuraient sans abri au moment où un cessez-le-feu était interveni, le 26 août 2014.

On estime à 18.000 le nombre d’habitations rendues inhabitables pendant l’agression israélienne qui s’était poursuivie pendant 51 jours, et seulement 3.000 ont été reconstruites. La plupart de ceux qui sont toujours des “personnes déplacées” se trouvent dans un endroit qu’ils louent, et qui est souvent inadapté.

Étant donné la pénurie de logements à louer sur le marché à Gaza“, lit-on dans le rapport des Nations-Unies, la population a été contrainte de trouver “des arrangements alternatifs”, et plus ou moins durables, ce qui signifie qu’ils ont trouvé abri “dans des magasins, des logements inachevés,  des appartements insalubres chez des voisins ou des membres de leur famille”.

A child is seen in her destroyed house in Khuza's, family are trying to go back to live in their houses A child is seen in her ravaged house in Khuza'a, in the south of the Gaza Strip. Families are trying to go back to live in their houses. The Gaza Strip, December 2014.

Un enfant dans les ruines de la maison familiale, dans laquelle les habitants survivent tant bien que mal (Federico Scoppa)

Près de la moitié de ceux qui vivent dans de telles conditions expriment la crainte d’être éventuellement obligés de quitter leur abri actuel. Près d’un quart des “personnes déplacées” déclarent vivre dans les restes de leur habitation endommagée. Beaucoup moins nombreux sont ceux qui ont été relogés dans des unités préfabriquées provenant de l’aide humanitaire. Le mois dernier, un bébé est mort de froid dans un de ces logements précaires.

Les Nations-Unies notent qu’en moyenne les “personnes déplacées” ont déménagé 2,4 fois au cours des 18 dernier mois.

L’agression israélienne et les problèmes de logement qui en ont découlé ont un impact particulièrement sévère sur les femmes et les enfants. La plupart des ménages qui comprennent un membre féminin affirment que l’assaut israélien de 2014 a conduit à une augmentation des violences faites aux femmes, et plus de 30% des “femmes déplacées” vivent dans des conditions de logement défaillantes du point de vue de la sécurité, de la dignité et/ou du respect de l’intimité, ce qui inclut la vie sous tente, dans des abris de fortune, dans des maisons en ruines, ou en plein air.

Plus de 1.500 enfants sont devenus orphelins, on estime à 27.000 le nombre d’enfants dont la maison a été entièrement détruite, et 44.000 enfants ont été déplacés au moment de la réalisation de l’étude”, indique le rapport de l’ONU.

Plus de la moitié des ménages ayant fait l’objet de l’étude présentent une augmentation de la détresse psychologique chez les enfants, mais seulement 6% d’entre eux ont bénéficié d’une aide psychologique.

La quasi-totalité de ceux qui ont été interrogés par les auteurs de l’étude ont indiqué que le manque d’argent les empêche de reconstruite leur maison. Les trois quarts indiquent que le manque de matériaux de construction est également une raison.

Deux mois après le cessez-le-feu d’août 2014, des donateurs étrangers s’étaient engagés à financer la reconstruction de Gaza pour un montant de 5,4 milliards de dollars U.S. Mais à l’époque, l’Autorité Palestinienne de Ramallah avait aussitôt fait savoir que près de la moitié de ce montant irait droit dans ses propres caisses, sans préciser à quoi cet argent serait affecté. Il restait donc en théorie 3,5 milliards de dollars pour Gaza.

A la fin du mois de février 2016, seulement 39% de ce montant ont été effectivement déboursés. Et la reconstruction a été fortement entravée par le refus d’Israël de permettre l’importation de beaucoup de matériaux de construction, sous prétexte que ceux-ci pourraient être utilisés par le Hamas et des groupes armés. Israël limite donc les quantités de béton, de barres d’acier, de matériel électrique, de tuyaux, et de bois de plus d’un centimètre d’épaisseur qui peuvent entrer à Gaza.

L’UNWRA, l’agence des Nations-Unies pour les réfugiés, se plaint que ses agents doivent se plier à “des procédures d’approbation longues et complexes” pour pouvoir obtenir des matériaux indispensables à l’effort de reconstruction.

L’ONU a négocié le Mécanisme de reconstruction de Gaza, un système compliqué et secret convenu par Israël et l’Autorité palestinienne de Ramallah pour régir la reconstruction des maisons et autres infrastructures à Gaza. Ce mécanisme prévoit que l’ONU surveille et recueille des informations privées sur les ménages palestiniens, qui sont ensuite transmises à Israël, qui exerce un droit de veto pour décider quelles familles reçoivent une aide pour reconstruire leur maison. Un expert des Nations-Unies a mis en garde contre le fait qu’Israël constitue ainsi une base de données très détaillée concernant les Palestiniens de Gaza, qui pourrait être utilisée pour identifier des cibles lors d’une prochaine agression militaire.

Pour autant, l’efficacité n’est pas au rendez-vous : dans son rapport l’ONU note qu’au rythme actuel il faudra encore des années avant d’arriver à faire face aux besoins massifs de reconstruction et de réparations, tandis que la pauvreté et le chômage continuent de progresser, et avec eux la frustration que la population éprouve depuis des années déjà.

La Banque Mondiale rapportait l’an dernier que le chômage à Gaza atteignait 43%, la situation étant encore pire pour les jeunes, dont plus de 60% étaient sans travail à la fin de 2014. Le blocus imposé par Israël depuis 2007 a provoqué un effondrement de 50% du Produit Intérieur Brut (PIB), estimait la Banque Mondiale.


Source : Electronic Intifada – Tens of thousands still displaced in Gaza par Maureen Clare Murphy

 

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