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À Gaza, 1,7 million de Palestiniens se sentent les cibles humaines des bombes israéliennes

Amira Hass

« Les FDI ne sont pas parvenues ni ne se sont souciées de débusquer les lanceurs de roquettes mêmes et c’est ainsi qu’ils s’en prennent à des cibles civiles, n’hésitant pas à tuer de nombreux civils et enfants. » Telle est la principale conclusion des résidents de Gaza, qui prétendent également que les attaques actuelles sont moins contenues que celles de l’opération « Pilier défensif ».
Lors de ces deux dernières journées, où les frappes aériennes ont été très nombreuses sur la bande de Gaza, Israël a tué au moins 51 Palestiniens (on était mercredi soir) [NDLR – Au moment de mettre cet article en ligne, plus de 100 Palestiniens ont été tués.].

Le nombre élevé de pertes civiles et l’intensité des attaques ont dans l’intervalle fait un sort à toute critique prétendant que le Hamas active l’escalade. Il semble que même ceux qui n’ont rien de partisans du Hamas comprennent la position de l’organisation et, à ce point, les attaques israéliennes ont favorisé l’unité parmi les Palestiniens. Le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré lors d’une réunion d’urgence de la direction palestinienne que ce n’était « pas une guerre contre une ou l’autre faction, mais plutôt contre le peuple palestinien tout entier » et que c’était la continuation de l’attaque contre les infrastructures civiles palestiniennes à Hébron et qui se poursuivait ensuite à Jérusalem.

« Ce n’est pas une punition collective, c’est la destruction de familles entières », a déclaré Abbas qui, au cours des dernières semaines, a été accusé de n’avoir pas voulu condamner la vague d’oppression israélienne dans le Moyen-Orient.

Sans sirènes, abris ou systèmes de Dôme de fer (Iron Dome)[1], et avec des coupures de courant générales en gros toutes les huit heures, chacun des 1,7 million de résidents de Gaza a le sentiment d’être une cible humaine pour les bombes et roquettes des FDI [NDLR – l’armée israélienne]. Aucune maison, aucune rue ne sont sûres et nul ne sait où la prochaine frappe va tomber. La plupart des résidents de Gaza ont été dans l’impossibilité de dormir, dans la nuit de lundi à mardi en raison de la fréquence des attaques. Pendant la journée, le trafic est peu dense, et les gens ne quittent leur habitations que pour des affaires urgentes – pas même pour le repas de l’iftar qui rompt le jeune quotidien du ramadan. Les universités ont annulé le cours de mercredi et de jeudi. Le plus dur de tout, c’est de gérer les craintes des enfants, puisqu’il est impossible de les tenir à l’écart des images de maisons détruites et d’enfants morts, ensevelis parmi les ruines.

Bien que les FDI aient prévenu des familles des attaques imminentes contre leurs maisons ce mardi, les avertissements n’ont pas été formulés quoi qu’il en soit pour ce mardi soir, ni pour mercredi. Tel fut le cas de la maison de l’agent du Djihad islamique, Haffz Hamad, qui y a trouvé la mort en même temps que sa mère, 65 ans, et deux autres frère et sœur. Cinq autres membres de la famille ont été blessés.

Des Palestiniens suivent ce qui, aux dires de la police, était une frappe aérienne israélienne sur une maison de Gaza City. 9 juillet 2014. / Photo : Reuters

Des Palestiniens suivent ce qui, aux dires de la police, était une frappe aérienne israélienne sur une maison de Gaza City. 9 juillet 2014. / Photo : Reuters

Mardi, la famille Kaware de Khan Younis, dont un membre est un agent du Hamas, a reçu un tel avertissement par téléphone, quatre-vingts minutes avant qu’une petite roquette ne frappe la citerne sur le toit. Les membres de la famille qui ont fui la maison ont décidé de se rassembler autour d’elle et, après que la roquette eut frappé, ont décidé de grimper sur le toit en compagnie des voisins, croyant que les FDI n’oseraient pas attaquer la maison. Ils se trompaient. À 15 heures, un F16 a fait feu sur la maison, tuant huit personnes, dont six enfants. 28 autres personnes ont été blessées.

Selon un communiqué de presse de B’Tselem, attaquer les maisons des agents militants d’une organisation est une violation des lois humanitaires, stipulant que seuls les éléments qui contribuent directement aux efforts militaires sont des cibles légitimes. L’interprétation de cette loi par les FDI, en ce sens qu’elle leur permet de frapper sciemment des civils aussi, est illégale, affirme le groupe des droits de l’homme qui a également déclaré que, apparemment, les FDI avaient modifié leurs règles d’engagement.

Une notification publiée par les FDI mardi déclarait que, « parmi les structures visées figuraient les maisons de quatre agents de l’organisation terroriste Hamas qui sont impliqués dans des activités terroristes et participent à des tirs d’armes à longue portée sur le territoire israélien ». Cette déclaration des FDI en elle-même indique que les attaques visaient des habitations civiles. Plus tard, selon B’Tselem, les FDI ont publié une version différente de la déclaration, « qui comprenait une tentative rétroactive de faire concorder les actions avec les lois internationales et qui prétendait que les habitations en question appartenaient à ‘de hauts responsables et servaient de centres de commandement’ ». B’Tselem a affirmé que les FDI ne peuvent remplir leurs obligations en fournissant des avertissements préalables et que le matériel optique sophistiqué en sa possession peut permettre aux commandants de savoir si les membres de la famille ont quitté ou regagné le maison en question.

Selon des rapports de journalistes israéliens, le Hamas a soit instruit ou conseillé aux résidents de ne pas quitter leurs maisons. Les résidents de Gaza ont déclaré qu’ils n’avaient jamais reçu de telles instructions et qu’il s’agit d’une sorte de « guerre psychologique » menée contre eux par les médias israéliens. Ils croient que certaines personnes ont décidé spontanément de ne pas quitter leurs maisons dans l’espoir que les FDI ne les attaqueraient pas, ou qu’ils ont décidé de ne pas s’en aller parce qu’elles croyaient que, confrontées à une telle action humiliante que celle de se voir enjoindre l’ordre de s’en aller, elles ne devaient pas se plier à ces ordres émanant des FDI.


Publié sur Haaretz le 10 juillet 2014.
Traduction : JM Flémal.

amira hassAmira Hass est une journaliste israélienne, travaillant pour le journal Haaretz.
Elle a été pendant de longues années l’unique journaliste à vivre à Gaza, et a notamment écrit « Boire la mer à Gaza » (Editions La Fabrique)

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