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67 ans plus tard, «que la lumière soit» à Iqrit et Biram, en Galilée

Le nettoyage ethnique, contrairement à ce que pourrait croire un vain peuple, n’est pas un boulot de tout repos, il faut s’accrocher. Les plus acharnés et les plus fanatiques, face à des habitants qui “ne lâchent rien”, ne sont pas à l’abri de sévères déceptions.

Témoin ce qui se passe dans le village arabe chrétien de Iqrit, en Galilée, où des ouvriers s’affairent actuellement pour préparer la connexion l’église au réseau électrique.

Les habitants de Iqrit et de Biram, deux villages arabes chrétiens du nord de la Galilée, furent chassés de chez eux en novembre 1948, pendant la guerre qui allait déboucher sur la proclamation de l’indépendance d’Israël, et jamais ils ne furent autorisés à y retourner. On les avait pourtant assurés qu’ils pourraient rentrer chez eux après quinze jours, “dès que la situation serait stabilisée et la sécurité rétablie”. Mais cela ne s’est jamais produit.

L'église d'Iqrit. 67 ans plus tard, on prépare sa connexion au réseau électrique

L’église d’Iqrit. 67 ans plus tard, on prépare sa connexion au réseau électrique

Ils avaient tenté de se défendre devant les tribunaux israéliens, et un jugement avait été prononcé en leur faveur en 1951, ce qui n’avait pas empêché l’armée israélienne – les trop fameuses et si mal nommées “Forces de Défense d’Israël” – de dynamiter toutes les maisons et les autres bâtiments en 1953. Seules les églises sont restées debout. Les cimetières, bien “peuplés” ont également été épargnés.

Les terres du village avaient alors été transférées à l’administration foncière israélienne. Depuis lors, une partie de ces terres est utilisée par l’armée israélienne et des implantations juives voisines.

Le président de la communauté de Iqrit, Nemi Ashkar, explique qu’une longue bataille s’est alors engagée entre les anciens habitants d’Iqrit, puis leurs descendants, et le gouvernement. Et en juillet dernier, au terme de trois années d’audiences faisant elles-mêmes suite à des dizaines d’années de procédure pendant lesquelles les habitants n’ont jamais abandonné l’espoir de revenir un jour s’installer à Iqrit, la Haute Cour de Justice israélienne a ordonné que l’église du village disparu soit raccordée au réseau électrique [1].

Après le judiciaire, le parcours administratif du combattant n’a pas davantage été simple pour la communauté d’Iqrit : pour obtenir le raccordement de l’église au réseau électrique, il leur fallait obtenir l’approbation de l’Autorité des Antiquités, de l’Administration foncière, du Ministère de l’Intérieur et de l’opération téléphonique Bezeq [2], a expliqué Nemi Ashkar, à Noa Shpigel du quotidien Haaretz.

Les anciens résidents de Iqrit et de Biram, et leurs descendants, ont organisé des cérémonies religieuses et des manifestations sociales dans les églises des deux villages depuis des décennies. Les anciens habitants espèrent que le fait de disposer d’électricité pourra favoriser le retour de familles, explique Nemi Ashkar. Et même si cela ne fonctionne pas encore, ils sont fermement décidés à célébrer Noël dans l’église de leur village martyr.

Ces dernières années, les seconde et troisième générations des descendants des habitants initiaux (de 1948) se sont montrées de plus en plus concernées par le devenir des deux villages, et un groupe d’une quinzaine de jeunes gens a même construit sans autorisation un “avant-poste” parmi les ruines. Quelques unes de leurs activités ont d’ailleurs donné lieu à des confrontations avec les agents de l’administration foncière.

En 1995, le gouvernement avait adopté les recommandations d’un comité ministériel présidé par le Ministre de la Justice de l’époque, David Libai, qui avait recommandé que les résident d’Iqrit soient autorisés à retourner s’occuper de leurs champs. Un comité composé de directeurs généraux avait alors commencé à mettre au point des plans pour déterminer comment autoriser les villageois à retourner dans leur village détruit, sans que cela puisse constituer un précédent que les réfugiés palestiniens auraient pu invoquer. On en était là lorsque le Premier ministre Yitzhak Rabin fut assassiné [3]. Le gouvernement changea, et les réfugiés sont demeurés des réfugiés. Ils portent le deuil de Yitzhak Rabin jusqu’à ce jour.

Depuis lors, les désaccords entre le gouvernement israéliens et les villageois se sont focalisés autour des conditions de leur retour et sur les limites des terres qui seraient reconnues comme appartenant aux deux villages. Récemment, les villageois et leurs descendants ont soumis des schémas directeurs pour les villages. Ils ont été en contact avec le cabinet du Premier ministre, mais aucune décision n’est intervenue, aucun accord n’a été atteint qui pourrait servir de base à une conclusions de ce dossier.

La compagnie nationale d’électricité assure qu’elle “agit pour faire avancer les travaux afin de connecter l’église au réseau électrique”. Israël est un État de droit, pas vrai ?


[1] c’est infiniment plus simple pour les “avant postes” que des colons juifs installent illégalement en Cisjordanie (au regard de la loi israéliennes, tandis qu’au regard du droit international toutes les colonies israéliennes sont illégales) et auxquelles l’armée d’occupation veille souvent à faire apporter les services de base, dont l’électricité. – NDLR
[2] Bezeq est l’opérateur de télécommunications national israélien, qui détient un monopole sur la téléphonie filaire et sur les infrastructures d’accès à Internet.- NDLR
[3] le 4 novembre 1995 par un Juif extrémiste d’extrême droite, violemment opposé à “l’initiative de paix” et particulièrement à la signature des accords d’Oslo. – NDLR

Source : Haaretz

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