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La grève de la faim des prisonniers entre dans sa 4ème semaine. Les Palestiniens recommandent une intensification des actions de soutien

Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network

Au moment où les prisonniers palestiniens entrent dans leur quatrième semaine de grève de la faim, le comité national de soutien de la grève a sorti une déclaration recommandant d’organiser des actions sérieuses et plus intenses en soutien de leurs protestations, entre autres, via des grèves, un boycott total des marchandises israéliennes ou encore des actes de désobéissance civile. Ce lundi 8 mai marque le 22e jour de la grève de la faim ouverte lancée le 17 avril par quelque 1500 prisonniers palestiniens des geôles israéliennes.

Au camp de réfugiés d’Aida, une peinture murale soutient la grève. (Photo : via Decolonize this Place)

Les grévistes ont toute une série de revendications, dont la fin du refus des visites familiales, des soins de santé et traitements médicaux décents, l’accès à l’enseignement supérieur et la fin de l’enfermement en isolement et de la détention administrative (incarcération sans accusation ni procès). Ils ont été confrontés à une sévère répression de la part de l’administration carcérale israélienne : refus des visites de leur avocat ou de leur famille, confiscation d’effets personnels, transferts abusifs fréquents ou enfermement en isolement. Les dirigeants de la grève, dont Marwan Barghouthi, Karim Younis et Kamil Abu Hanish, ont été particulièrement ciblés par cette mesure d’isolement ; d’importants dirigeants palestiniens qui se sont joints à la grève, dont le secrétaire général du FPLP Ahmad Sa’adat, le dirigeant emprisonné du Hamas Abbas el-Sayyed et le plus ancien prisonnier palestinien Nael Barghouthi, ont eux aussi été placés en isolement et transférés à diverses reprises.

Les grévistes sont menacés d’être alimentés de force du fait, en particulier, que la presse israélienne a publié des informations disant que le ministre d’extrême droite de la Sécurité interne, Gilad Erdan, encourage vivement une répression sévère et demande qu’on fasse venir des médecins de l’étranger afin d’alimenter de force les grévistes de la faim palestiniens. « Cette tendance porte en elle la préparation d’un crime ciblé contre les prisonniers, avec des intentions d’homicide. Il est clair que nous sommes dans la phase suivante, maintenant, celle de la répression, de la violence et des tentatives de briser la grève en menaçant la vie des prisonniers. Les préparatifs en cours indiquent qu’une décision a été prise contre les prisonniers : leur mort des mains d’une bande de fascistes de Tel-Aviv. C’est ce qui fait de cette confrontation un moment extraordinaire », ont écrit des prisonniers dans une déclaration demandant que se manifeste l’indignation et que soient entreprises des actions dénonçant ces menaces d’alimentation forcée.

Les transferts abusifs se sont poursuivis en tant que moyens de pression sur les prisonniers : le dirigeant du Front démocratique, Wajdi Jawdat, a été transféré d’un cachot d’isolement de la prison d’Ayalon vers un autre cachot d’isolement de la prison de Beersheba. C’est le troisième transfert de Jawdat, le représentant des prisonniers du FDLP dans les geôles israéliennes.

Le dimanche 7 mai, l’avocat palestinien Khaled Mahajna a pu rendre une visite de nature juridique à deux grévistes de la faim de la prison du désert du Néguev, Ibrahim Abu Srour et Nael Hussein. C’est la première fois que ces prisonniers ou grévistes de la faim recevaient une visite depuis le 17 avril. Mahajna a déclaré que l’état de santé des grévistes se détériorait gravement et que la plupart étaient couchés toute la journée et qu’il leur était très difficile de se tenir debout. Abu Srour a expliqué qu’il s’était évanoui la semaine précédente et qu’il continuait à avoir mal au dos, mais qu’on ne lui avait donné aucune traitement médical ; il a ajouté qu’on lui avait proposé un traitement, mais uniquement s’il cessait sa grève de la faim. Les prisonniers ont également rapporté de fréquentes intrusions et inspections nocturnes et des offres délibérées de nourriture de la part des gardes israéliens. Les grévistes de la faim de la prison du Néguev ont également reçu une amende de 450 NIS chacun (130 USD) pour ne s’être pas levés au moment de l’appel ; toutefois, ils ont également dit à Mahajna que leur moral était bon et qu’ils étaient déterminés à poursuivre leur grève jusqu’au moment où leurs revendications seraient satisfaites.

Légende photo : L’archevêque Atallah Hanna.

Atallah Hanna

Des personnages de premier plan ont continué à annoncer leur grève de la faim en guise de soutien des prisonniers. Ainsi, l’archevêque Atallah Hanna, de l’Église orthodoxe grecque, a annoncé le 7 mai qu’il allait débuter sa propre grève de la faim ce lundi afin de soutenir les revendications des prisonniers et il a insisté sur le fait que « la cause des prisonniers était celle du peuple palestinien tout entier ». L’annonce de Hanna est venue peu de temps après la nouvelle disant que l’icône de la résistance palestinienne Leila Khaled et le patriarche catholique Gregory III Lahham allaient eux aussi entamer une grève de la faim en soutien des prisonniers.

Leila Khaled

Huit mères palestiniennes d’enfants détenus et en grève de la faim poursuivent une grève de la faim en public, de même que bon nombre de prisonniers libérés ; à Naplouse, cinq activistes, dont Zaher al-Shishtiri, un dirigeant du Front populaire de libération de la Palestine, ont annoncé une grève de la faim en public le dimanche 7 mai. Ces actions ont leur répercussion au niveau international, avec des grèves de la faim organisées à Turin, Bologne, en France, à Maastricht, Manchester, Édimbourg et dans d’autres villes aussi.

Organisation de la jeunesse palestinienne à Beddawi

Au Liban, six jeunes réfugiés palestiniens du camp de Beddawi, membres de l’Organisation de la jeunesse palestinienne, ont annoncé qu’ils entamaient une grève de la faim en soutien des détenus palestiniens des prisons israéliennes : Mohammed Taha Abu Bakr, Ibrahim Muhawesh, Khaled al-Shibli, Khalil Musa, Bara Abu Siraj et Ahmad Yassin.

Les protestations se poursuivent en Palestine et dans le monde afin de soutenir les prisonniers. Le lundi 8 mai, des événements internationaux sont prévus à Londres, Santiago et Olympia afin de soutenir les prisonniers, après une série d’actions de protestation à Quito, Munich, Amsterdam, Cagliari et Seattle le dimanche 7 mai, en soutien à la grève.

Le Comité national de soutien à la bataille de la liberté et de la dignité a sorti une déclaration le dimanche 7 mai en Palestine, recommandant l’escalade dans les efforts de soutien aux prisonniers. Voici une traduction (du texte anglais, NdT) de cette déclaration :

Aucune voix n’est plus forte que la voix de la révolte des prisonniers

Déclaration du Comité national de soutien à la bataille de la liberté et de la dignité

À vous, les enfants des masses courageuses de notre peuple ; à vous, les gens déterminés de la terre pure de Palestine…

La bataille pour la liberté et la dignité continuera et s’intensifiera face à l’État fasciste d’occupation qui a engagé tous ses moyens et recruté tous ses organes et institutions pour affronter cette bataille de la liberté et de la dignité dans une tentative de briser la volonté des prisonniers et, au-delà de ces derniers, la force et la volonté de notre héroïque peuple palestinien.

Nous insistons sur le fait que nous sommes unis derrière nos héros, engagés dans cette bataille des prisons qui entre dans son 21e jour. Nous disons au pouvoir occupant et aux criminels qui dirigent les prisons que nous serons une force pour la victoire de nos prisonniers afin qu’ils obtiennent leurs droits légitimes, lesquels les mèneront à leur juste et honorable liberté.

En ce moment crucial pour cettre grève, il n’y a pas de place pour l’hésitation. Il est nécessaire dès maintenant d’entreprendre des démarches décisives à tous les niveaux et de faire montre de toutes nos capacités au servive de cette bataille, si bien que nous adoptons la Déclaration du Mouvement des prisonniers et, par conséquent, appelons à entreprendre les démarches suivantes :

1) S’engager dans la désobéissance civile à grande échelle, y compris la fermeture des routes de contournement face à l’armée d’occupation et aux colons, et, à partir de tous les villages, camps et villes, converger vers le point le plus proche de ces routes de contournement et marcher pour leur fermeture jusqu’au moment où elle seront complètement fermées.

2) Nous demandons que l’Autorité palestinienne annonce la fin immédiate, claire et non équivoque de toutes formes de coordination avec l’État occupant, y compris la coordination sécuritaire, civile et économique, à l’exception des cas humanitaires.

3) Nous appelons le gouvernement palestinien à suspendre les élections au conseil des municipalités locales et de diriger tous ses efforts vers le soutien de la grève. Considérant le fait que nous sommes confrontés à des appels pour mobiliser toutes nos énergies au service de l’objectif de la victoire, nous appelons les responsables des blocs électoraux à organiser un grand meeting demain afin de discuter cette décision et de garantir un moyen de réalisation qui permettra de concrétiser cet objectif.

4) Nous appelons les courageux travailleurs de la Palestine, qui subissent des conditions de vie qui font partie de notre situation sous l’occupation, à cesser de travailler au sein de l’État occupant et des colonies.

5) Nous appelons à la mobilisation dans les centres des villes et à partir des tentes de sit-in installées au quartier général du Comité international de la Croix-Rouge, ce lundi 8 mai 2017.

6) Nous appelons à un sit-in en face du quartier général des Nations unies à l’intérieur de l’État de Palestine, et en face des autres corps internationaux, le mardi 9 mai 2017.

7) Nous demandons un boycott total et absolu des marchandises israéliennes, en les empêchant d’entrer sur les marchés, en guise de réponse directe à leur entrée. Nous appelons les jeunes et les masses à appliquer cette résolution en la complétant par la destruction de ces marchandises le mercredi 10 mai 2017, date qui constituera le délai final pour vider les étagères des boutiques et magasins de ces produits toxiques.

8) Nous appelons à une grève commerciale générale le jeudi 11 mai 2017 jusque midi (12:00 h), après quoi débuteront les marches de la colère qui prendront la direction des points de confrontation avec l’occupation.

Gloire éternelle aux martyrs !
Liberté pour les prisonniers de la liberté !

Honte à ceux qui ont échoué dans l’accomplissement de leur devoir national !


Publié le 8 mai 2017 sur Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network

Solidarité avec les grévistes de la faim au 3e rassemblement à Bruxelles, le vendredi 5 mai.

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