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Tirer d’abord, discuter ensuite. Et raconter n’importe quoi…

Luc Delval

En août dernier, une unité de l’armée israélienne en patrouille à la frontière entre Israël et l’Egypte a ouvert le feu sur des « infiltrateurs« , c’est-à-dire (dans la novlangue officielle israélienne), des migrants qui franchissaient clandestinement la frontière.

Celle-ci, on le sait trop peu, est désormais fortifiée : dans leur besoin obsessionnel de fortifier le ghetto-Israël, les gouvernements israéliens successifs ont fait ériger un autre « mur de la honte » dans l’espoir d’endiguer un afflux de réfugiés venant d’Afrique. Exactement comme la Hongrie (quoique avec des moyens technologiques très supérieurs), mais sans soulever en Europe la même indignation.

Photo Eliyahu Hershkovitz

Photo Eliyahu Hershkovitz

Donc, disions-nous, des militaires israéliens ont ouvert le feu sur des migrants qui franchissaient la frontière sans autorisation, blessant trois d’entre eux, apparemment originaires du Soudan, qui furent hospitalisés en Israël.

Le quotidien Haaretz relevait à l’époque que l’armée israélienne avait successivement fourni de trois versions contradictoires de l’incident. Un moment, elle a même prétendu que c’était la police égyptienne qui avait ouvert le feu sur les migrants. Puis la version « définitive » fut que les migrants avaient été localisés par la police égyptienne, qu’ils avaient tiré sur les policiers, et que le bruit de la fusillade avait attiré l’attention des militaires israéliens. Ceux-ci ayant constaté qu’un groupe franchissait la frontière, ils avaient « appliqué la procédure standard», c’est-à-dire qu’après des tirs d’avertissement en l’air ils avaient « tiré dans les jambes » des « infiltrateurs». Le porte-parole de l’armée avait bien insisté : les procédures avaient été parfaitement respectées, c’est-à-dire qu’à priori pour l’armée israélienne tout passage clandestin de la frontière est considéré comme « un incident terroriste hostile».

Qu’importait qu’un seul homme, dans le groupe, ait été armé, qu’il n’ait à aucun moment tiré en direction des soldats et qu’il n’ait pas lui-même cherché à franchir la frontière (autrement dit, le « passeur » ne cherchait pas à passer) …

Un mois et demi plus tard, Haaretz reproduit les piteuses et laconiques explications finalement fournies par l’armée : les militaires qui ont tiré sur ces migrants « n’ont pas respecté les règles d’engagement en vigueur« . Ils ont tiré parce qu’il y avait un homme armé dans le groupe des migrants et qu’il tirait sur les policiers (ou soldats, selon les version) égyptiens. Mais l’homme n’a pas été blessé et il ne cherchait pas à franchir la frontière.

De sanctions il n’est apparemment pas question.  En résumé, la doctrine israélienne est toujours la même : tirer d’abord, discuter après, de toutes manières l’impunité est assurée à pratiquement 100%.

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