Dans l'actu

2011, l’année où le Liban accordera certains droits civiques élémentaires aux Palestiniens ?

L’été dernier, au Liban, l ‘UNRWA (United Nations Relief and Works Agency) pour les réfugiés palestiniens au Proche-Orient, a mené une étude portant sur 2.600 ménages de réfugiés palestiniens.
Les résultats déprimants de cette étude n’ont rien d’encourageant.

Aussi mauvais, sinon pires, que ceux qui se rapportent à Gaza, les chiffres font état d’une inquiétante bombe à retardement au niveau social, moral, politique et ce, peut-être même au sens littéral du terme.

Au niveau graphique, les données illustrent la nécessité urgente d’une aide, d’une défense et de pressions politiques immédiates de la part des gouvernements libanais et de la planète entière, ainsi que de la société civile, afin d’encourager le Parlement libanais à décréter l’application sous mandat international des droits de l’homme élémentaires pour les réfugiés palestiniens.

Tant la communauté internationale que le Liban ont créé et perpétué la tragédie de mort par enlisement à laquelle on assiste actuellement dans les camps situés au Liban. La bonne nouvelle, c’est qu’il serait toutefois possible de mettre un terme assez rapidement à ce cauchemar si on pouvait les (c’est-à-dire. la communauté internationale et le Liban) motiver à développer une volonté politique en ce sens.

Une démographie en hausse débordante

La moitié de la population a moins de 25 ans. Deux tiers des Palestiniens vivent entassés dans des camps dont la superficie n’a guère augmenté au cours des six dernières décennies, alors que leur population a plus que quadruplé.
Un tiers des Palestiniens vivent dans des communautés situées surtout à proximité de l’un ou l’autre des 12 camps.

Près de 7 % sont extrêmement pauvres, ce qui veut dire qu’ils ne peuvent subvenir à leurs besoins élémentaires quotidiens en nourriture. Ce pourcentage est cinq fois supérieur à celui des Libanais les plus pauvres.

Près de 67 % des réfugiés palestiniens au Liban sont pauvres et ne peuvent assumer leurs besoins alimentaires et autres. C’est deux fois plus que les Libanais pauvres et c’est l’un des pourcentages les plus élevés au monde.

La montée en flèche du chômage

Près de 56 % des Palestiniens sont sans emploi. Deux tiers des Palestiniens employés dans des occupations élémentaires (i.e. vendeurs de rue, ouvriers de la construction ou journaliers agricoles) sont pauvres.

La majeure partie des problèmes des réfugiés palestiniens au Liban proviennent du fait que le gouvernement libanais refuse de leur accorder les droits internationalement reconnus et dont bénéficient tous les réfugiés de la planète. Ces droits incluent le droit de travailler et de posséder une maison, c’est-à-dire deux des droits dont la privation frappe le plus sévèrement les Palestiniens au Liban.

L’éducation en chute libre

De même, moins de la moitié des adolescents en âge de fréquenter le secondaire supérieur (entre 16 et 18 ans) sont inscrits dans des écoles ou des centres de formation professionnelle. 8 % de la population des réfugiés palestiniens en âge (de 7 à 15 ans) de fréquenter l’école n’est inscrite dans aucune école, en ce début de l’an 2011. 6 % seulement des réfugiés palestiniens au Liban sont détenteurs de diplômes universitaires, alors que, dans la diaspora, ce chiffre est souvent de 80, voire 90 %.

Naguère, l’une des caractéristiques des réfugiés palestiniens était un solide contexte éducationnel. Aujourd’hui, ce motif de fierté a disparu, dans les camps libanais. Des taux élevés de décrochage et des qualifications insuffisantes combinées à de multiples barrières fixées par le gouvernement libanais limitent sévèrement la capacité des réfugiés à dénicher ne serait-ce que d’ingrats boulots dans l’« économie informelle » ou dans le « marché du travail au noir ».

L’insécurité alimentaire en hausse

63 % des Palestiniens du Liban sont confrontés à l’insécurité alimentaire et 15 % des Palestiniens connaissent une grave insécurité alimentaire et ont instamment besoin d’aide, sur ce plan.

Environ 25 % des ménages réfugiés consomment des quantités inappropriées de fruits, de légumes et de viande et un tiers de la population ne peut faire face à ses besoins  en micronutriments.

Selon les auteurs de l’étude de l’UNWRA, les déficiences en micronutriments provoquent des blocages de croissance et des retards dans le développement cognitif et psychomoteur des enfants.

Des habitudes diététiques peu saines sont courantes, chez les réfugiés palestiniens au Liban. 57 % ont des habitudes diététiques peu saines, y compris une consommation excessives de bonbons. 68 % consomment des boissons sucrées, ce qui accroît directement le fardeau des maladies chroniques.

La détérioration de la santé

Les maladies chroniques affectent près d’un tiers des réfugiés palestiniens au Liban. Tous les ménages palestiniens dont le chef de famille est malade vivent dans l’extrême pauvreté. 21 % des réfugiés palestiniens au Liban affirment qu’ils souffrent de dépression, d’anxiété ou d’angoisses.

90 % de la population n’a pas d’assurance médicale mais l’UNRWA qui, une fois de plus, est menacée de dissolution par le lobby israélien au Congrès américain, fait de son mieux pour fournir des soins médicaux de première et de seconde lignes.

100 % de l’eau potable des camps et des communautés palestiniennes est polluée.

Les conditions de logement sont déplorables

66 % des habitations souffrent de l’humidité et de fuites, ce qui se traduit souvent par des maladies psychologiques et chroniques. 8 % des ménages vivent dans des abris dont le toit et/ou les murs sont fait de tôle ondulée, de bois ou de matériaux à base d’amiante. 8 % vivent dans des conditions de surpeuplement (plus de trois personnes par pièce), alors qu’il n’est pas rare de rencontrer sept personnes vivant dans la même pièce.

Aucun groupe et parti politique du Liban n’a jamais inclus le moindre réfugié palestinien dans sa direction. Les meilleurs des Palestiniens sont ceux qui luttent pour survivre dans les camps et ce sont leurs jeunes gens qui, sans doute, reprendront la lutte des Palestiniens pour la survie et pour le retour en Palestine et la feront passer au niveau supérieur si nécessaire.

Une solution en 2011 de la part de la communauté internationale ?

Il ne faudrait au Parlement libanais que deux heures à peine pour sceller la moitié du problème et pour abolir la loi raciste de 2001 qui interdit aux Palestiniens de posséder une maison. Malheureusement, son auteur, l’actuel ministre du Travail, n’a pas du tout changé d’avis une décennie plus tard.
En effet, il vient de soumettre au parlement un projet de loi censé punir les chrétiens qui vendraient au Liban la moindre propriété à des musulmans au cours des 15 années à venir. Le châtiment serait de dix années de prison et une amende double du prix de vente.  des 18 sectes.

Il faudrait en gros le même temps au Parlement pour déclarer que les Palestiniens devraient avoir le plein droit à l’emploi

Ceci n’est pas la blague du 17 août 2010, qui consistait à  supprimer le paiement du permis de travail. Ce geste n’a pas aidé ni n’aidera jamais un seul réfugié à trouver du travail, alors que tous les autres étrangers ont ce droit.

De plus en plus, les analystes politiques concluent que les hommes politiques libanais sont tout bonnement incapables – vu le sectarisme virulent sévissant dans le pays et les souvenirs de la guerre civile et en dépit des douces paroles occasionnelles concernant la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1949, partiellement issue de la plume d’un Libanais – d’accorder aux Palestiniens les droits civiques élémentaires pourtant reconnus internationalement. Et ce, en dépit du fait que ceux qui sont venus au Liban voici 63 ans ont été forcés de s’y rendre en raison de l’épuration ethnique orchestrée par les sionistes.

La responsabilité de la communauté internationale

Par ailleurs, cela ne prendrait au président Obama, au président Ahmadinejad, à l’Union européenne ou à n’importe quel nombre d’autres chefs d’État des principales puissances, que le temps requis pour adresser le message adéquat aux trois hommes politiques clés du Liban pour les prier de corriger cette injustice vieille de 63 ans.

L’ONU et la communauté internationale doivent demander poliment que le Liban mette un terme à cette discrimination inacceptable à l’encontre de ses frères et sœurs, puisqu’elle n’est plus tolérable sur le plan international.

Ils doivent expliquer clairement que toute aide étrangère au Liban sera suspendue tant que le Parlement n’aura pas respecté les obligations humanitaires, mandatées au niveau international, envers les réfugiés palestiniens.

Les actuelles bases chrétienne, sunnite et chiite que l’on retrouve derrière le trio de direction du Parlement se bousculeraient sans doute mutuellement pour respecter ce remarquable engagement international en souffrance depuis si longtemps.

Si la communauté internationale cessait de détourner le regard et conférait en fait l’une ou l’autre signification aux 100 et quelques résolutions de l’ONU concernant la Palestine et aux plus de 500 déclarations de conférence du demi-siècle écoulé traitant des réfugiés palestiniens, les six décennies de honte qui marquent le Liban seraient effacées.

Plus important encore, la concrétisation du droit au retour en Palestine et le départ des réfugiés du Liban s’en trouveraient avancés, puisque les réfugiés parqués au Liban gagneraient ainsi une certaine force économique en vue d’obtenir leur droit inaliénable et de prendre la responsabilité de rentrer en Palestine.

Tout le monde gagnerait, dans une telle formule, et le Liban, et l’humanité, si elle pouvait exister.

Espérons que tous les hommes politiques et partis du Liban, ainsi que la communauté internationale, fassent en sorte que 2011 ne soit pas uniquement l’année du lapin, mais également l’année où les réfugiés palestiniens du Liban se verront assurer les droits élémentaires, mandatés internationalement, de travailler et de posséder une maison.


Cet article est un extrait de celui qu’a écrit Franklin Lamb ce 7 janvier 2011 sur les sites d’Al Manar-TV et Counterpunch. Traduction de l’anglais par Jean-Marie Flémal

Franklin_LambFranklin Lamb, diplômé de la Boston University et de la London School of Economics, est un fin  connaisseur du Liban. Il a publié plusieurs livres sur l’invasion israélienne de 1982 et l’occupation.
Il est aussi l’auteur du livre « The Price We Pay : A Quarter Century of Israel’s Use of American Weapons against Lebanon (1978 – 2006) » [« Le prix que nous payons : Un quart de siècle d’utilisation d’armes américaines par Israël contre le Liban »] et d’un ouvrage sur le Hezbollah : « Hezbollah : A Brief Guide for Beginners »[« Le Hezbollah : Guide abrégé à l’usage des débutants »).
Il a été assistant à l’ « International Law and Assistant Counsel » de la Commission parlementaire de la Justice du Congrès américain. Il fait partie de la direction de la fondation Sabra Chatila (Sabra Shatila Foundation), et est bénévole auprès de la Campagne pour les Droits civiques des Palestiniens au Liban (Palestine Civil Rights Campaign, LebanonC

Print Friendly, PDF & Email